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Retour à Trandling - 10ème partie

Par Dodgee MIP le 27/5/2002 à 9:08:18 (#1534947)

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Sarsadhar (III). Le pont sur la Luliune.

Une note claire bondit vers le ciel, par-dessus le tumulte des armes et les cris des mourants, dépassant les gémissements et les grincements des damnés. Solitaire, elle semble planer plusieurs secondes au-dessus du champ de bataille, avant qu'un grondement ne parvienne aux combattants.

Comme un roulement de tambours au rythme des battements de leur coeur, le bruit s'amplifie en l'impact de centaines de sabots sur le sol rocailleux. Sous peu, alors que le premier accent s'estompe dans les nues, d'autres notes prennent naissance au loin, vibrantes de force et d'espoir.
Contournant le talus, les chevaliers de Lutri d√©bouchent sur la route au son des cors, leurs oriflammes color√©es une brillante antith√®se aux teintes ternes et d√©fra√ģchies des arm√©es maudites. Mont√©s sur leurs chevaux carapa√ßonn√©s de m√©tal, ils chargent le flanc des l√©gions retenues entre la colline et les bois.
Du plus profond de son apathie, l'id√©e que le cor ait sonn√© sans qu'il n'en ait donn√© l'ordre intrigue le baron. La curiosit√© c√©dant √† l'irritation, la conscience du vieil homme refait surface, pour le ramener enfin √† la r√©alit√©. D'un regard circulaire il absorbe la situation, et force lui est de reconna√ģtre qu'avec la mort de son fils, son plan minutieux aurait avort√©, ses pr√©paratifs auraient √©t√© r√©duits √† n√©ant, sans l'intervention du mercenaire... Cependant la victoire est loin d'√™tre acquise. Ignorant le poids sur son coeur, Heyron de Lutri tire sa large √©p√©e avant de plonger √† son tour dans le chaos.
La cavalerie percute avec violence les rangs des créatures exhumées, usant de son élan pour écraser les os et broyer les corps putrides. Les morts-vivants, dont l'attention est tournée ailleurs, tombent par dizaines sous la charge brutale, et en l'espace de quelques instants, coincée entre les chevaliers et la rivière, privée de toute maneuvre par sa formation serrée, l'assemblage de cadavres se désagrège.
Dans la for√™t, le d√©sordre r√®gne sans partage. Du sol jaillissent des racines tordues, des broussailles surgissent des lianes √©chevel√©es qui tissent une toile de vrilles et de ronces autour des assaillants. Le druide Thylanon et sa femme se tiennent c√īte √† c√īte, et autour d'eux des cranes, des pi√®ces d'armures s'accumulent. La terre, calme sous leurs pieds, se d√©place comme une onde en cercles concentriques, avalant les d√©chus, retournant les morts √† la gl√®be, brisant leurs os comme leurs armes avec la force d'un s√©isme.
Sur l'escarpement, galvanisés par l'apparition de leur seigneur, les hallebardiers parviennent à rallier les paysans et les brigands pour repousser les zombis. Tandis que ses hommes forcent leur avancée, le vieux guerrier dirige son cheval vers le borgne armé de deux longs poignards. Mennar Un-Oeil, finissant un squelette d'un coup de botte, se retourne pour apercevoir le baron. Il lui adresse une grimace qui chez lui pourrait passer pour un sourire, s'incline brièvement, avant de planter sa dague dans l'oeil purulent d'un dernier mort-vivant.
"- Vot' seigneurie, s'pourrait que la victoire nous soit acquise. Vot' plan, c'te sacré bon plan." Lance t'il par-dessus le vacarme. Le noble s'est rapproché, et de son bras indique le pont, plus bas, puis secoue la tête.
"- Non. Tout au plus avons-nous réussi à détruire une partie des légions, et à nous gagner quelque délai. Leurs troupes sont encore nombreuses, et déjà elles tentent à nouveau de traverser le pont. Le temps joue en leur faveur."
"- Je ne comprends pas, vot' seigneurie." Le baron tourne ses yeux vers l'ouest, et tous deux regardent le disque solaire qui effleure le sommet des arbres sur la colline.
"- Lorsque la nuit tombera, ce sera la fin."
La m√™l√©e a √©t√© tr√®s co√Ľteuse pour les archers, v√™tus d'armures l√©g√®res ou de simples vestes de cuir. Aid√©s de quelques soldats et des deux druides, ils ont contenu au prix du sang les assauts sans fin des cadavres. Leurs compagnons sur la hauteur ont fait de m√™me, tandis que les chevaliers ont encha√ģn√© maintes et maintes charges. Le pont sur la Luliune a fait l'objet de quatre combats encore, avant que le coucher du soleil ne donne d√©finitivement la victoire aux revenants. Pendant ce temps, le strat√®ge a parcouru ses troupes pour leur demander de se disperser juste avant la tomb√©e de la nuit. Il sait que l'obscurit√© ne g√™nera pas ses ennemis, tandis que les t√©n√®bres et la fatigue seront fatales √† son arm√©e. Pour √©viter cela, il doit prot√©ger leur fuite.
Alors que les lambeaux orangés du ciel cèdent leur place aux étoiles, les morts-vivants se sont réorganisés au pont. Profitant de ce répit, le baron a rassemblé ses volontaires sur la butte qui borde la route, en retrait de la forêt. A la lueur des torches, son regard parcourt les visages un à un: moins d'une centaine au total, mais tous familiers. Sur chacun d'eux, il est capable de mettre un nom, de se rappeler une anecdote, une histoire. Il a devant lui ses vétérans, ses amis et, pour une raison qu'il ne s'explique pas, le mercenaire Mennar Un-Oeil.
"- Mes frères d'armes, si nous sommes en ce lieu et en cette heure, c'est que le combat ne fut pas vain. Nous avons malmené les légions plus qu'aucune autre armée ne peut s'être vantée de l'avoir fait, et, aurions nous été plus nombreux, peut être ce jour aurait-il vu une issue différente." Heyron hésite à parler de sa faute, quand ses yeux rencontrent ceux du brigand. Ce dernier secoue doucement la tête, comme s'il savait ce que le noble allait dire. Le baron comprend dès lors qu'il ne gagnerait rien par ses excuses que de démoraliser ses troupes. Il se racle la gorge.
"Vous pouvez √™tre fiers de ce que vous avez accompli jusqu'√† pr√©sent." Laissant tra√ģner ses paroles quelques secondes, il cherche ses mots avant de reprendre son discours avec plus de conviction.
"La plupart des n√ītres, sous la direction du druide Thylanon, sont partis rejoindre les chariots, avec pour ordre de s'√©parpiller dans les plaines en compagnie des femmes et des enfants... Chacun de vous a d'ores et d√©j√† donn√© bien plus que tout ce que je ne pourrais jamais lui demander... En demeurant ici, vous avez choisi d'offrir aux n√ītres une chance suppl√©mentaire d'√©chapper √† un sort pire que la mort. Votre geste ne sera pas oubli√©. Que Brehan guide nos bras."
Les guerriers ont allum√© de nombreux feux afin de maintenir l'illusion d'une arm√©e retranch√©e dans les bois et sur le relief. Seul le cr√©pitement des flammes perturbe le calme de la nuit, qui ne r√©sonne d'aucun des bruits familiers de la for√™t. Subissant ce long silence contre nature, c'est presque avec soulagement que les guetteurs accueillent l'attaque, discordante en cliqu√®tements et murmures impies. Se saisissant chacun de deux torches, les hommes mettent le feu ici et l√† √† des b√Ľchers pr√©par√©s √† la h√Ęte, puis s'enfoncent dans la futaie, entra√ģnant les cadavres anim√©s √† leur poursuite.
Le second groupe au-dessus de la colline s'est vite retrouv√© encercl√©. Les soldats, malgr√© leur √©puisement, se battent avec la f√©rocit√© d'animaux acul√©s dans leur tani√®re. Le baron et le brigand sont c√īte √† c√īte, le premier, un chevalier en armure de plates dont le casque a pour motif une t√™te de sanglier, accompagn√© du second, un gredin portant une cotte de maille sous ses habits de velours vert sombre. Tous deux ex√©cutent un ballet destructeur, o√Ļ √† tour de r√īle l'un attaque les cr√©atures d'outre-tombe tandis que l'autre le d√©fend.
"- Ah - dites moi-" grince Heyron entre deux coups de sa lourde épée.
"- Oui vot' seigneurie?" lui répond Mennar, essayant de reprendre son souffle.
"- Pourquoi êtes vous r-" Le vieillard pare une hache, tandis que la pointe d'une vouge glisse sur son plastron.
"- Resté avec vous autres, les idéalistes?" Le mercenaire donne un coup de son lourd gant ferré, serrant sa dague, fêle un crane, puis coinçant la hampe sur son avant-bras, vient briser la vouge sur un autre squelette. " Disons que j'ai un compte à régler avec ces machab'- et- puis c'te belle occasion de racheter- quelques-unes unes de mes- ooompff". Heyron le pousse de coté, tout en déviant un cimeterre de sa trajectoire.
Les corps s'amoncellent autour des deux combattants.
Sur l'√©l√©vation les brasiers continuent de br√Ľler jusque dans la nuit et donnent √† la sc√®ne une clart√© fuyante, confuse. Un √† un, lentement, les d√©fenseurs tombent, pour ne laisser plus que les deux hommes, entour√©s par d'innombrables monstres d√©charn√©s aux orbites vides.
"- Vot' seigneurie?... Vous croyez qu'on les aura ret'nu assez longtemps pour-" Le brigand esquive une première lame, coince une seconde avec ses deux poignards, avant de se faire transpercer par une, puis deux lances. Immobilisé, crachant le sang, il tourne son regard vers son compagnon, pour apercevoir derrière la ligne de zombis une armure plus noire encore que l'obscurité, rehaussée de motifs argentés. Le vieux guerrier est déjà au sol. A ce moment une épée s'abat, tranchant la tête du mercenaire.
Sur la grande plaine de Sarsadhar, menant une colonne de réfugiés, le druide Thylanon se retourne vers la lueur qui est apparue à l'est. L'homme aux longues boucles grises est capable de sentir les perturbations dans l'essence de la Vie, de percevoir les blessures faites à la terre. Mais en cet instant il n'a pas besoin de remonter les lignes de force tellurique pour savoir qu'à plusieurs lieux de là, au pont sur la Luliune, la forêt toute entière est en flammes.

(par Galadorn)

Par Llenlleawg le 30/5/2002 à 13:51:08 (#1555198)

:chut: :lit:
Encore, encore et toujours encore.

Par Zeed Mithror le 30/5/2002 à 14:37:13 (#1555492)

Pff je viens de me rendre compte qu'on en a peru bien plus que je ne le pensais ....
Encore 9 qui ont sombré.. terrible ce forum postivore... ;)

Par Dodgee MIP le 30/5/2002 à 14:44:52 (#1555531)

En fait non... Les textes sont bien disponibles à présent, simplement de nombreux liens de l'index sont à mettre à jour...
Sinon on peut utiliser ceux de la bibliothèque qui marchent.

Par Galadorn le 30/5/2002 à 21:01:31 (#1557797)

Ah je n'avais pas remarqué que la bibliothèque avait conservé des exemplaires... Supermodo, il est vraiment trop fort :) .

Par contre, je n'arrive pas à remettre la main sur l'épisode 12??

:confus:

Par Zeed Mithror le 30/5/2002 à 21:36:27 (#1558038)

Hop le lien vers l'épisode 12 initial...

Trandling wars - épisode 12

Par Galadorn le 3/6/2002 à 20:54:11 (#1585953)

Voila, c'est mis à jour.

Begun, the Trandling wars have.

;)

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