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Appel au Lointain (vieux texte d'Enthymion)

Par touanou le 12/3/2002 à 23:51:58 (#1109092)

Confusion… Je ne sais plus qui je suis, ce que j’ai été… Après avoir touché les tréfonds obscurs de l’horreur, là ou le Jakaal m’a placé ; après avoir connu l’emprisonnement de mon âme au plus profond de moi même maintes et maintes fois… je ne sais plus où j’en suis… Il me semble que je ne puis aspirer à une paix juste en cette terre, et les ténèbres m’assaillent de part en part…

Doute… Il y a longtemps, j’avais connu Eden… Une belle ville ma foi avec ses échoppes chargés de mets succulents et de moult épices en provenance d’Ekkabar, de Longuepierre, de tous les coins du monde… Et les soieries mordorées, pourpres, d’un vert luisant sous mes yeux d’enfants… Enivrants souvenirs, si mon esprit n’avait été aussi ballotté… Aurais-je cru que je pourrais rester en Eden ? Non, lorsqu’une Malédiction s’abat, elle dure longtemps… au-delà des générations…

A travers les limbes du sommeil, les vieux fantômes sont là, décharnés dans leurs linceuls, et leurs mains si floues, si irréelles caressent mon visage dans une tendresse toute maternelle ou paternelle… Leurs visages d’ombres oubliées affichent… rien, pas une expression… pas même un mouvement… Des masques de cire…

Père, Mère… Pourquoi hantez vous mon sommeil ? J’ai déjà assez à faire avec mes vieux démons ! Ils s’appellent Devils, Theodrick, Chevalier Déchu, Jaakal, et d’autres démons tout aussi mystérieux que connus… Ils s’agitent dans mon sommeil, trament les fils de mon destin en ricanant, comme s’ils tressaient la corde autour de mon cou .

Père, Mère… Il y a aussi ce dragon lumineux qui semble s’éloigner de moi… devenir un point brillant dans le firmament de mon esprit… Mais qui revient toujours, sans cesse, volant majestueusement au-dessus des démons… Il y a aussi des visages… blancs… souriants… figés… de ceux que je connais… de ceux que j’aime… C’est eux que je regarde… en essayant de ne pas me soucier de ce ricanement venu des gorges mortelles… Je les vois…
Mais pourquoi s’éloignent ils ? J’ai tant besoin d’eux… Et vous êtes venus, Père et Mère… Avec vos douces mains si diaphanes. J’ai cru en vous regardant, avec le sourire béat du rêveur, que j’étais revenu à Eden aux étroites ruelles, Eden à la grande place, Eden surplombée du majestueux château… Pourtant… la senteur n’y était pas… Que celle de la chair avilie par les années de non-existence...

Père, Mère… Êtes-vous morts ? Que voulez vous de moi ? Venez vous rire en chœur avec les démons… ? Vous êtes… si différents… La magie qui t’auréolait, Mère, a disparu et du fond de tes deux orbites, je ne sens que le froid… quelque chose de glacial qui m’enveloppe… Et vous, Père, vos mains si rugueuses d’avoir sans cesse hisser les voiles, semblent être devenus des griffes d’os tout aussi glaciales…

Pourquoi disparaissez-vous, lentement dans les ombres de la nuit, comme les démons, et les visages blancs… ? Je vois le dragon, il continue de tournoyer de plus en plus dans l’espace, pour ne plus que se fondre dans le noir. M’abandonnez vous aux Ténèbres ? Qu’est ce que cela veut dire ?

Souvenirs… Oui Eden, le guet apens… le cachot ! les hurlements et râles de prisonniers. Puis l’évasion, l’air douceâtre fouettant le visage. Le sang qui coule le long du fer de l’épée, souillant les dalles. Un refuge dans la Guilde des Marins. Un navire, chargé de présents en partance pour Goldmoon. Des jours, des semaines passés à fond de cale, puis une arrivée au port de Windhowl, à demi mort. Je me suis senti soulevé, puis soigné… durant longtemps. Trois nuits en fait. Trois Nuits, Trois Songes.

Une forêt majestueuse, aux arbres puissants. Tout autour de moi, je voyais les animaux, tout aussi beaux. Et des Elfes, au visage clair, en lame de rasoir, aux yeux d’opale, de rubis, d’améthyste. Leurs corps longilignes, enrobés de leurs diaphanes vêtements. Et puis, je vis ma main, fine, aux longs doigts soignés. J’étais un elfe. Puis le Néant. Juste le temps de voir une lame noire s’abattre.

Une grotte à large voûte, sertie de milles pierres. Tout autour de moi, je voyais la lave, le fer en fusion couler dans un torrent bouillonnant et bruyant. Et des Nains, au visage rugueux, ronds, aux yeux d’acier luisants pailletés de l’or des richesses d’Althéa. Leurs corps trapus, encastrés dans des vêtements de cuir épais, noirci par le feu. Et puis, je vis ma main, petite, sale, mais ô combien agile. J’étais un nain. Puis le Néant. Juste le temps de voir une lame noire s’abattre.

un lit, dans une petite pièce, recouverte de paille au sol. Tout autour de moi, je voyais des meubles de mauvaise facture, simples. Et un homme dans le lit, dormant à poings fermés, en sueur. Torse nu, il portait les stigmates de longues tortures et sur son visage se lisait la souffrance. Je me reconnus. C’était moi. Sur une petite table, était posé une chandelle, une flammèche la couronnant. Puis doucement, comme s’il y’avait un courant d’air venu de nul part, la flamme vacilla et s’éteignit… me laissant dans le noir… Une Grande lumière étincelante et aveuglante et je vis un dragon entouré d’hommes en armes, imposants, fiers, le visage marqué par une tâche dont ils étaient profondément investis. Comme si celle-ci constituait leur essence même, leur raison d’être

Le réveil fut rude. Tout s’estompa et je pus voir où j’étais. La même pièce que dans mon songe. Et puis, je vis le visage de ce vieil homme, usé par les ans, aux rides de profonde sagesse. Durant quelques jours, je fus tourmenté et finalement je fis part de mes appréhensions à ce vieil homme. Pour lui, c’était clair. J’avais eu Trois Vies. Celle d’elfe, puis de nain, puis d’humain. Et que le dragon ressemblait fort à Orback, fils de Caern Sidhe, entouré des Chevaliers Dragons, un ordre millénaire, voué à la destruction de l’Haruspice.

Il me demanda mon nom alors. J’avais été Bryn Brylhon Crindefeu en Angélus et pendant les années où je parcourus les mers. Mais ce nom était mort, tout comme l’homme qui est tombé sur le quai, agonisant… Du fond de moi même, je sentis un autre nom, le surnom donné par ma mère… Enthymion. Nom venant d’Endymion, grand père maudit par Sélène… Je ne pus donc que marmonner à trois reprises ce nouveau nom, comme s’il détenait le secret même de ce que j’étais… et le vieil homme me donna de quoi vivre, des vêtements usés, et m’accompagna à Lighthaven, là où je pourrais sans doute refaire ma vie, selon lui.

Je me souviendrais aussi de ce jour, où j’avais repris le contrôle de ma vie –quelle futilité de dire cela, mais j’y croyais-, je découvris un homme, tout aussi misérable que moi lors des premiers temps. Son visage était fort étrange, et de lui émanait quelque chose de très familier. Nous nous liâmes d’amitié. Et nous ne tardâmes pas à comprendre ce qui nous attirait mutuellement l’un vers l’autre. Nous étions demi-frères. Il s’appelle Ezekiel, et comme moi il est devenu Chevalier Dragon…

Chevalier Dragon… L’Ordre fondé par Orback. Quelle ne fut ma surprise de rencontrer un jeune Écuyer qui arborait fièrement l’insigne de l’Ordre. Son nom était Silthor. Encore jeune dans l’ordre, il m’indiqua aimablement à qui s’adresser. C’est ainsi que dans une des ruelles fréquentées de Lighthaven, je rencontrais Toril. Très vite, j’eus du respect pour ce qu’il était. Peut être parce que quelque part, il semblait si inaccessible que cela créait autour de lui une sorte d’aura de mysticisme… Enfin… Je fus accueilli au sein de l’Ordre quelques mois après mon arrivée sur ces terres. Et en moi, grandissait la graine de la haine de l’Haruspice, et étrangement, un grand amour pour les humains, pour ce qu’ils étaient, dans tous leurs travers, défauts et qualité.

Je n’oublie pas mon impétuosité, qui était synonyme de désir ardent de se montrer à la hauteur… Et qui me valut de nombreuses réprimandes. Enfin fut venu le jour où je devenais pleinement chevalier grâce à mon parrain Tito Oddos. Que d’aventures passées ensemble, comme l’anoblissement d’un des fondateurs de notre Ordre, Lecaesar comme Duc de Windhowl. Puis l’achat de la taverne de Windhowl sous l’impulsion de notre énergique et dragonique Légiférat, Laérêtïn, et du Mage du Duc, West le Gris. Puis beaucoup de chose… Les souvenirs affluent avec rapidité dans ma mémoire. La mort de West… Theodrick le Maudit qui infligea à Turanar un tourment de plus, les lianes Kijs. Encore Theodrick qui investit mon corps par le biais de sa dague. Et la naissance de Cyloane et de Cellegaric, par cette sombre soirée où je n’étais pas moi. Et Thoane, que ma main empêcha de réaliser son rituel de bannissement de Theodrick, l’emportant dans les limbes du Revatam. Bien des épreuves qui doucement ont fait ce que je suis…

Je me souviens aussi de Samhain et des déferlements d’hordes de squelettes sur les murs de la ville de Windhowl. Et des valeureux qui étaient là, attendant de pied ferme ces ennemis. Encore le souvenir de Turanar, maintes et maintes foi mort et pourtant combattant sans relâche les morts vivants.

Et puis, il y avait la taverne de Windhowl, que je repris à la mort de West et qui résonna longtemps des éclats de rire et des voix festives. Et il y avait aussi les Ombres, plus perfides que jamais et grâce auxquelles je fis connaissance d’Ombre Blanche, un excellent ami. Il y avait aussi Iluriel et je me revois encore portant dans les bras, tour à tour, Cellegaric, puis le corps sans vie de Cyloane. Et le visage de Ayla, son sourire ineffable.

Je me rappelle aussi de mes nombreux filleuls chez les Chevaliers Dragons, Oberon, Frodon, Enguerrand, et de nombreux autres. Et aussi de ma délicieuse femme, Archess, aux yeux étincelants et que j’avais déjà rencontré lors d’un de mes nombreux voyages. Nous nous liâmes devant Artherk.

Et puis, ce conseil royal, le premier de ma vie, où je fus chargé de mettre en place la justice royale, jour le plus brillant dans ma vie ô combien chargée. Une mission dont je voulais m’acquitter du mieux. C’est ainsi que je fis plus ample connaissance de Maeyan Stowe, d’Oracle et sans doute, d’un homme avec lequel rien ne me destinait à devenir son ami. Fils d’un devil, que j’exécrais par dessus tout, je pris conscience de lui pour la première fois… Lorsqu’il cracha à mes pieds. Et moi de réagir en lui disant bonjour… Nadnin Jagguz, devenu président des Tribunaux, une fois que j’estimais ma mission accomplie et que je la quittais, devenant par la même occasion Garde des Sceaux de Goldmoon et Lord.

Il y a nombre de gens, de visages… Aviendha, Nysalor, et tant d’autres comme Elson, qu’un mauvais destin avait frappé sa langue. Puis encore, Cyloane, qui éclaira mes jours sombres de son rire. Et les Conteurs de Songes, et leur Espoir, qui est celui d’Althéa. Un Espoir fou de vivre.

Et ces maudits devils contre lesquels je luttais… contre les poèmes sanglants de Vlad, la langue acerbe de Kro. Et la trahison de Comtesse Mortitia. Des dures épreuves. Lorsque l’on hait Haruspice, mais pas ses fidèles, on est comme écartelé, tiraillé, déchiré… Quelle douleur d’apprendre que des amis proches étaient haruspiciens. Mais le temps aidant, cela durcit ce que l’on est.

Que les souvenirs filent si vite… Que le temps passe vite… Et quel étrange destin ! Je me retrouvais subitement dans le noir, ni mort, ni éveillé. Dans un état où je crus y rester aussi bien une seconde que des millénaires. Juste à contempler le sombre, le ténébreux, le noir, l’obscur. Comme peut être un futur nouveau né. Je n’entendais rien. Je ne sentais rien. Seul, j’étais seul. Et j’avais devant moi ma vie, mes vies, l’avant, le après, le présent, l’infini… Pas de Dieu à qui implorer de l’aide. Je sentais juste la vie couler dans mes veines –en avais-je là où j’étais ?-

Puis subitement, la lumière. Comme dans mon songe. Le ciel, le soleil dont j’avais oublié l’existence, les visages sans noms où que j’avais oublié… et je n’avais ramené qu’avec moi ma folie. Peut être croyais je que je rêvais… Le retour… des souvenirs flous.

Je ferme les yeux. Le Sommeil. Tout doucement, il m’étreint. Et je revois tout, souvenir après souvenir. Puis à nouveau, le Noir, et se détachant deux formes blanchâtres se dessinent lentement mais sûrement… Père, Mère… Je les vois sourire. Mon cœur s’emplit de joie. Que votre sourire emplisse mon cœur de ce qui m’a manqué durant ces longues années de Noir ! Oui… Prendre vos mains. Elles sont désormais chaudes et accueillantes. Je sais où nous allons. Et j’irai avec vous. Partir d’ici, partir de cette Terre Élue des Dieux et futur champ de bataille d’incommensurables forces. Plus rien ne m’y attache, si vous, Père et Mère, me guidez.

Lentement le Sommeil s’évade. Machinalement, je revêts mon armure. La lune est encore haute dans le ciel, et de son croissant, semble me sourire. Aux attaches, je fixe la cape. A la ceinture, je glisse ma vieille arme usée de ne pas voir servie. Et le bouclier de père, je le décroche du mur. Il est temps d’y aller. En contrebas, dans le port, un navire est là, tout de jais. J’y descends sous le couvert de la nuit. Je passe devant la fontaine, et m’arrêtant quelques instants, je la caresse, laissant une traînée vermeille. Qu’importe, je vis désormais. Arrivé sur le quai, je regarde le navire noir. Dessus, Père et Mère m’attendent. Les ombres blafardes s’agitent. Je me retourne et regarde une dernière fois Windhowl, et dans un sourire indéfinissable, je tombe sur les genoux et embrasse le quai. Je me relève promptement, et m’embarque sur le navire. Les voiles blanches se gonflent, et le bateau lentement, s’ébranle vers Quelque Part. Je me tiens sur le ponton arrière, et je regarde Windhowl, Arakas, Goldmoon s’éloigner lentement, tandis que l’astre du jour se lève, réveillant de ses rayons les îles. Je ne peux me retenir de murmurer à plusieurs reprises un « merci », et enfin sourire. Sourire.

Par Landri MdS le 13/3/2002 à 10:09:50 (#1109972)

[je me demandais quand il ressortirai..]

Par touanou le 21/3/2002 à 0:23:47 (#1147122)

[oups doublon]

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Amicalement,
Touanou

Amicalement,
Touanou

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