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Changement... Disparition... Mort...

Par Vrittis le 19/2/2002 à 16:19:38 (#975644)

Une histoire?...

On dit qu'un humain se définit par ses peurs... on dit aussi qu'il se définit par celles qu'il parvient à surmonter, et les talents qu'il utilise pour cela... On dit aussi que se dépasser revient à mourir un peu...
Je n'ai jamais révé un seul instant arriver la ou j'en suis... et nombreux sont ceux qui manquèrent me donner raison... ceux que j'ai fuis dans une quète insensée, par peur de m'attacher, de leur survivre... pourquoi?

Je ferme les yeux, cesse de voir les flammes et les visages de mon auditoire, et je revis... je commence à parler doucement...

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La journée avait été chaude, très chaude. Dans les champs les paysans avaient abandonné le travail pour la période de l'après midi ou il faisait le plus chaud et s'étaient réfugiés sous les quelques arbres épars au bord de la route. Quelques groupes faisaient passer des gourdes remplies de cidre coupé d'eau qu'on avait laissé fraichir dans le fossé.

Pour ma part, je marchais depuis un moment déjà sous le soleil, à l'abri d'un large couvre chef de cuir mince qui avait tendance à me retomber souvent devant les yeux, trempé de sueur. Je l'aurais volontiers oté, mais le soleil était vraiment trop coriace ce jour ci. Je le gardait donc, rejetant le cuir ramolli en arrière lorsqu'il venait me frapper sur le nez. J'avançais régulièrement... et lentement.

Régulièrement les paysans sur le bord de la route me hélaient et m'incitaient à venir me reposer un peu. Je repoussais l'invitation d'un sourire et pour ne pas les vexer leur demandait leur aide:
- C'est bien la direction de Valbourg? " demandais je en m'appuyant quelques instants sur mon baton et en repoussant une fois de plus mon chapeau en arrière, l'air inquiet. Le chef du groupe prenait alors l'air avantageux de celui qui s'y connait plus que son interlocuteur, passait les pouces dans son pantalon et entonnait un refrain que je connaissais bien à présent: " Ca pour sûr, z'ètes dans la bonne direction, mais c'était pas l'chemin l'plus rapide. Z'auriez du obliquer au vieux chène du Pontponant, et prendre par la forèt de Bazile. En plus z'auriez été à l'ombre. Enfin maint'nant qu'vous ètes si avancé, vous d'vez continuer tout droit jusqu'à la fontaine, l'est encore à une-deux heures de marche, pour sûr... vous serez pas à Valbourg avant la nuit "

Je prenais alors l'air contrit auxquels il s'attendaient, et les laissait se satisfaire du fait de n'être pas les plus malheureux ici bas derrière moi. Souvent celui qui m'avait parlé, sans doute dans un élan de sympathie, m'avertissait d'un cri: " Faites z'attention, z'aiment pas trop les vagabonds du coté de Valbourg. "
Moi je les saluais de la main, et reprenait mon chemin en souriant. Les braves gens me recommandaient tous le chemin le plus court, en oubliant que je n'avais peut être pas envie d'arriver trop tôt. J'avais appris d'expérience que de nuit, l'entrée dans une ville se révelait toujours plus facile. Aussi ne me pressais je pas le long du chemin.

Au fur et à mesure que l'après midi avançait, le soleil baissant les paysans reprirent le travail et je me retrouvais seul à marcher. Lorsque j'arrivais à la fontaine, je pris la direction que l'on m'avait indiqué et avançait doucement, croisant une charette occasionellement. On me proposa deux ou trois fois de monter mais je déclinais les offres en souriant sans donner de raison. Les gens haussaient les épaules et reprenaient leur route d'un claquement de langue à l'attention de leur bète de trait.

Lorsque j'arrivais à Valbourg, la nuit était tombée depuis un moment, et déjà les étoiles scintillaient dans le ciel pur. La lune ne se lèverait pas avant un moment, et je savais que je pourrais rentrer dans la ville sans trop de problèmes.
Valbourg est de ces agglomérations qui hésite entre ville et village, coincée entre deux collines couvertes d'une forèt de résineux et qui empèche une trop grande expansion. Les maisons y sont cossues, et les quartiers pauvres réduits à leur plus simple expression. Je soupçonne les gardes de ce genre d'endroit de ne les garder que pour faire "couleur locale". Non, les véritables quartiers pauvres sont rejetés à l'exterieur de la ville, contraints de s'étendre en tentacules de masures insalubres...

Je traversais ces zones rapidement pour atteindre la lisière de la ville, ne prétant pas attention à ce que j'entendais autour de moi. J'entendis un couple qui se disputait, à propos d'un enfant ou de ce qu'il avait fait. J'entendis des chuchotis dans l'ombre, des rires étouffés d'enfants, des grommellements d'ivrognes...
Lorsque j'arrivais à l'entrée principale de la ville, je dus attendre un peu que l'attention des gardes se relache. A un moment je tentais ma chance, profitant du remue-ménage causé par l'arrivée soudaine de quelques chevaux. Je passais le long des montants, dans le dos des deux gardes qui interrogeaient les cavaliers, et bientôt je foulais des pavés de pierre au lieu des allées de boue que j'avais emprunté.

L'échange se fita rapidement, à l'entrée de la maison d'un clerc de notaire quelconque, et les papiers que je lui donnait se virent bientôt remplacés dans ma poche par quelques pièces. Je n'étais pas en mesure de refuser les menus services que l'on me proposait d'accomplir, et l'homme qui m'avait demandé de remettre ces papiers m'avait proposé une somme intéressante. Même si la personne qui venait de me payer m'avait arnaquée, sans doute en considérant que je n'étais qu'une portion congrue, je ne m'en offusquais pas. Après tout j'étais habitué à ce genre d'arnaques de la part des payeurs, mes pas m'auraient guidé vers Valbourg de toute façon, et je préferais ne pas laisser voir que je savais lire et écrire, peut être même mieux que le personnage qui venait de m'escroquer.

Je repartis doucement, en rangeant mes pièces de manière à ce qu'elles ne cliquètent pas. Encore un réflexe de mon ancienne éducation... Je me dirigeais vers les portes lorsqu'au détour d'une maison je fut heurté de plein fouet par une forme sombre. Une voix féminine se fit entendre: " File moi ton or, ou tu crèves "
Un pan de tissu s'écarta quelques instants pour me laisser entrevoir la lame d'une dague, puis se rabattit à nouveau sur l'arme. Je ricanais mentalement, allongé sur le dos, et crochait son pied d'appui brutalement tout en tournant sur moi même. La fille fut déséquillibrée suffisament longtemps pour me permettre de me redresser à moitié, et je restais a demi accroupi, dans l'attente de l'assaut...
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*reste immobile quelques instants*
*tisonne le feu d'un air absent, et regarde en l'air*

Par Red Death le 19/2/2002 à 17:18:14 (#976118)

Ecoute d'un air absent, le regard dans les étoiles, l'histoire du jeune homme

Par Vrittis le 25/2/2002 à 17:45:48 (#1022391)

Tout s'était passé si vite, presque des actions simultanées, non enchainées. Je reprends le fil de mon récit...
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La fille me surprit en se laissant aller en arrière sans combattre le coup, et en roulant sur le dos. Cela lui permit de reprendre pied plus rapidement que ce à quoi je m'attendais. Elle se remit en position. Je n'attendais pas qu'elle aie le temps de dégager sa lame du tissu et me précipitais vers elle. Une erreur que je n'aurais pas faite si j'avais pris le temps de mesurer ce qu'elle valait réellement en combat...

Elle se dégagea sur le coté, sa jambe frappant mes cotes assez fort pour expulser l'air de mes poumons. Je réussissais tout de même à me saisir d'un pan de son habit et tirait violemment. Nous roulâmes tous deux à terre, mais je me retrouvais rapidement

sur elle, et d'une torsion du poignet je lui fis lacher sa dague. Je frappais la lame du pied et la brisais... avant de m'écrouler au sol, frappé au genou par un coup de talon.

Nous combatîmmes de manière brouillonne au sol, elle frappant et griffant pendant que j'essayais de l'immobiliser. Soudain nous entendîmes le bruit d'hommes d'armes qui accouraient. Aussitôt, mûs par le même désir d'éviter toute rencontre avec la garde locale, nous nous précipitâmes tous les deux vers une ruelle adjacente ou un porche providentiel nous fournit l'abri adéquat.

Nous tentâmes d'étouffer nos respirations sifflantes pendant que les gardes envahissaient la rue avoisinante. Des exclamations accompagnèrent la découverte de la dague à la lame brisée. Notre seul moyen de communication était les regards noirs que nous nous lancions. Je distinguais mal dans l'ombre, mais ses yeux noirs brillaient comme des joyaux néfastes. Notre affrontement se poursuivit un long moment en silence, sans que l'un ni l'autre ne fasse le moindre geste.

Au bout d'un moment les gardes repartirent en exploration, laissant juste un veilleur pour vérifier que rien ni personne ne reviendrait chercher quelque chose ou terminer un méfait. Nous attendîmes qu'il ait le regard fixé ailleurs avant de filer, partant sans un bruit vers l'embouchure opposée de la ruelle. Nous empruntâmes un lacis de ruelles qui nous conduisit bien vite loin de l'endroit ou nous nous étions affronté pour la première fois.
Elle s'arréta sous une torchère allumée, et me fit face. Je fut frappé par l'apparence amère de son visage. Elle me regarda et je vis la déception pointer: je portais en effet des vètements piteux que n'aurait pas accepté un paysan pour travailler, et je n'avais certainement pas l'air suffisament bien nourri pour être déguisé ou quoi que ce soit. Je me lançais, à tout hasard...

- Tu devrais examiner tes proies avant de t'y attaquer, tu ne penses pas?
- Mes proies sont d'ordinaire moins resistantes... " répondit elle avec un mauvais rire "... et moins tenaces."
- Pourtant tu t'es bien débrouillée...
- ... " elle reprit un visage plus sombre et rabattit la capuche de son long manteau sur elle. Puis elle se détourna et me fit signe de la suivre.

J'hésitais un moment, puis me dit que sortir de la ville allait être plus complexe avec les gardes qui avaient été alertés par le bruit de la bagarre et qui devaient être sur le qui-vive. Je décidais de m'en remettre à ma bonne étoile et de suivre la jeune fille. Nous nous enfonçâmes dans les rues...

Par Red Death le 25/2/2002 à 20:06:11 (#1023518)

Assit sur une branche, adosser au tronc rugueux, les yeux dans les étoiles et les oreilles à l'affut de l'histoire.
Par instants il regarde le croissant de lune monter doucement dans le ciel noir où s'éparpiller des miriades d'étoiles cintillantes.
Le doux bruissement du vent accompagne comme un orchestre le conte du jeune homme faisant à cet instant le soliste

Par Vrittis le 26/2/2002 à 12:08:19 (#1027803)

Ma motivation première était de sortir sans être inquiété de Valbourg. J'aspirais à retrouver l'extérieur rapidement. Cependant je suivais toujours la fille, curieux de savoir ou nous allions. Je ne pensais pas qu'elle m'attirait dans un piège, car elle avait vu que je n'étais pas riche au point de lui apporter la somme qu'elle désirait.
Nous nous faufilâmes donc un long moment dans des ruelles sombres. Pas une seule fois notre chemin ne passa par un lieu que j'aurais trouvé dangereux ou autre. Cette fille était douée, très douée, et j'étais de plus en plus étonné par ses capacités. Je me demandais ce qu'elle faisait à brigander aussi simplement quand elle aurait pu avoir d'autres moyens de survivre...

Nous nous arrétâmes enfin devant une petite masure adossée à d'autres maisons. L'endroit ne payait pas de mine, et je dois avouer que je restais un instant interdit. La fille fit un geste d'invite et ouvrit la porte. Je la suivais de près. La pièce était plus petite que ce à quoi je m'attendais. Une table bancale faite de trois bouts de bois, une paillasse miteuse, un sol de terre battue... La fille se débarassa de son long manteau et le jeta sur la paillasse, puis profitant de la lumière qui passait par la porte elle tira une vieille lampe à pétrole de sous le lit et l'alluma. L'intérieur de la maisonette s'emplit d'une douce lueur et elle m'intimat de fermer la porte.

Nous attendîmes une bonne partie de la nuit, ne parlant qu'à voix basse. Je ne lui demandais pas son nom, ni elle le mien, mais nous échangeâmes quelques récits. Elle parut peu impressionnée par ce que je lui racontais de mes périples... Elle me raconta qu'elle ne brigandait que lorsqu'elle avait réellement besoin d'argent. Je songeais silencieusement aux pièces dans ma poche, mais... j'étais encore suffisament jeune à l'époque et même si l'idée de lui donner ce maigre pécule me traversa l'esprit, je la repoussais rapidement. Je n'avais pas l'intention de me montrer particulièrement sympathique.
Finalement l'aube se montra, et dévoila un ciel couvert. Nous continuâmes à parler, elle l'air absent, et moi me demandant quand je pourrai franchir les portes sans attirer l'attention... Un chat miaulait à l'extérieur de la maison, tentant sans doute de quémander l'attention de quelqu'un.

Finalement je me décidais à quitter la maison. Je me levais, remerciait rapidement la fille et me dirigeait vers la porte quand elle me rattrappa par le bras. Je la regardais, indécis, et la vit porter un doigt à ses lèvres, m'intimant le silence. Ce n'est qu'à ce moment que je me rendis compte que quelque chose clochait. La ruelle à l'extérieur s'était faite brusquement silencieuse, anormalement calme.
La fille se dirigea vers la porte, et plaqua son oreille contre le bois mince. Moi je me reculais et pris position derrière la table en bois, prèt à la renverser le meuble en cas d'intrusion. La tension était à son comble, et ce fut presque avec soulagement que je m'aperçus que quelqu'un était en train de manipuler la poignée de l'extérieur.
La fille ouvrit la porte brusquement et fit basculer un homme à l'intérieur de la pièce. D'un coup de pied que je n'aurais pas mieux placé, elle lui frappa la trachée artère et le mit hors d'état de nuire. J'eus le temps de distinguer d'autres formes à l'extérieur avant qu'elle ne rabatte la porte de son mieux, le battant étant bloqué par la jambe de celui qu'elle venait d'abattre.

Elle tourna vers moi un visage rageur, les yeux brillants de colère.
- Tu sais te battre. Tu as des armes?
- Oui. Deux lames courtes.
- Passe m'en une!
Je lui jetai un des poignards que je portais, et renversais la table devant la porte. Elle s'écarta du battant à temps puisque celui ci fut soudain ouvert à la volée par un coup de pied. Puis la bagarre commença.

A mon actif, je dois dire que je ne tuais personne. Mes coups visaient à mettre hors de combat, non à prendre la vie. Ma compagne n'eut pas autant de scrupules. Sa lame volait sur les gorges, fouaillait la chair. Des sept hommes qui rentrèrent dans la maison, seul trois survécurent. Puis la fille et moi reprîmes notre course dans les ruelles, fuyant la scène du carnage. Nous avions tous deux les mains couvertes de sang, et éviter les patrouilles de gardes devait être notre principal souci...
Finalement, une courette bien dissimulée nous fournit un abri temporaire. Je m'essuyais les mains de mon mieux sur un bout d'habit que je jetais, puis je la regardais.
- Qui étaient ces hommes? et que nous voulaient ils?

Par Red Death le 26/2/2002 à 14:41:56 (#1029066)

Ecoutant toujours le recit du jeune homme, la nuit, l'ambiance et la fatigue aidant, la fumée s'élevant du feu commancait à prendre des formes.
Le visage de la jeune femme, celui du jeune homme, le combat et la fuite, en sur impression sur le ciel étoilé.
Le recit prenait vie.

Par Vrittis le 27/2/2002 à 17:21:54 (#1035670)

Elle me jeta un coup d'oeil noir, et ramassa le bout de tissu que je venais de jeter pour s'essuyer les mains à son tour. Dans mon corps l'adrénaline laissait peu à peu la place à de la colère. J'étais furieux d'avoir été embringué dans une histoire dont je ne connaissais rien, d'avoir affronté des hommes et d'avoir manqué tuer pour une cause que j'ignorais. Je saisis sa main et serrais suffisament pour qu'elle comprenne que j'entendais bien obtenir une réponse. Elle s'arréta immédiatement de bouger et me parla d'un ton glacial. " Lache moi ".

Géné d'avoir perdu un moment le contrôle, j'obéissais. Elle me dévisagea un long moment avant de se remettre à s'essuyer les mains avec le bout de tissu. Je me détournais et regardais vers l'entrée de la courette. Alors que je m'avançais, réfléchissant à l'idée de tenter de partir de la ville tout de même, elle s'approcha de moi et vint à mes cotés. " Je ne crois pas que tu devrais tenter le coup. Les rues vont être dangereuses, ils t'ont vu avec moi et il devait y avoir des guetteurs à l'extérieur.
- Qui étaient ils?
- Des meurtriers. De vulgaires meurtriers.
- Je m'en doutais. Des assassins auraient agi différemment. Par exemple en diffusant un poison gazeux dans la pièce avant d'entrer. Ou alors en piégeant l'endroit. Je veux de véritables informations. Comprends tu? Je n'ai pas l'habitude de me faire remarquer et... " je m'interrompis en entendant des pas proches. Soit ce n'était qu'une fausse alerte, soit... nous dégainâmes tous deux notre poignard...

... pour le ranger quelques instants après lorsque les pas se furent éloignés. Nous nous renfonçâmes dans l'ombre de la courette, et elle commença à me raconter son histoire.

" Je suis une ex-maitresse d'arme, vois tu...
- Je l'avais remarqué à ta maîtrise, et à tes mouvements... tu n'as pas la technique des voleurs de rue.
- ... Quoi qu'il en soit, j'ai enseigné quelques temps sous l'égide d'un maitre bon, Jagar Kar de Lighthaven... Il m'enseigna son art et je me mis en route pour gagner ma vie... C'est dans cette ville que...
- Que?...
- Hé bien arrivée dans cette ville, j'ai été engagée par une de ces "nobles" familles " fit elle avec dégout. " On me demanda d'entrainer le fils de la famille aux arts de l'escrime; c'est habituel pour nous. Souvent nous devons satisfaire les envies de gloriole de noblaillons qui s'imaginent que secouer une épée ou un fleuret avec prestance c'est savoir se battre.
- ...
- Il s'avéra que le fils, Fredegar, n'était rien d'autre qu'un immonde porc, sans doute habitué à voir tout un chacun lui obéir de par sa naissance... Il tenta de me séduire d'abord, puis, voyant que ses efforts misérables étaient insatisfaisants, il voulut me posséder par la force "

Elle sourit mauvaisement, et dans ses yeux je compris que Fredegar avait du amèrement regretter cette décision. Je retins un sourire, songeant que même si la punition avait été exemplaire, la chose n'avait rien de comique. Elle poursuivit...
" A ton avis, comment estimer la colère d'une famille dont le rejeton vient de voir disparaitre toute possibilité de poursuivre la lignée? Depuis ce jour, je me cache, survivant tant bien que mal à mes poursuivants. Heureusement que je ne suis pas dans une grande ville: les seuls chasseurs de primes et autres mercenaires qui passent ici ne sont que la lie de leur profession. Heureusement...
- Et tu ne peux pas repartir?
- Ils ont posté des espions à chaque sortie. Je suis sûre que toute les maisonnées à la ronde ont reçu promesse d'espèces sonnantes et trébuchantes s'ils m'aperçoivent... "

Elle baissa la tête tristement... Je palpais doucement les pièces enveloppées dans la poche dissimulée sur mon habit.
" Si... si tu avais le moyen de partir, ou irais tu?
- Je ne sais pas. Loin d'ici. Loin de cette petite ville minable. " cracha t'elle.
Je me décidais soudain et plongeais la main dans ma poche. J'allais en sortir les pièces lorsqu'un bruissement au dessus de nous me fit relever la tête. J'eus le temps de faire une roulade en arrière pour éviter le filet plombé qui s'abattit sur la fille, et me retrouvais dos à l'entrée de la courette. Mes instincts me firent me retourner immédiatement, et c'est pour cela que le coup de merlin ne me frappa que sur l'épaule. Je ne pourrais pas utiliser mon bras gauche pendant un moment, mais quelle importance? J'avais toujours la main droite dans la poche, et je l'en extirpais en faisant tomber l'argent sur les pavés.

L'homme qui venait de me frapper arma à nouveau son bras. Je pouvais distinguer derrière lui deux autres hommes, dont un de ceux que j'avais laissé en vie le matin même. Ils portaient tous deux des lances. Je n'aurais aucune chance contre eux, mais en voyant que la fille essayait toujours de se dégager du filet en le coupant, je me décidais soudain. Ma main droite brandit la lame devant moi, et je me préparais à l'affrontement.

L'homme abattit son merlin vers mon visage mais je parais de la seule manière possible. Ma main armée se tendit devant moi à l'horizontale, et le poignet de l'homme frappa contre le mien. La douleur me fit grimacer, mais je poussais vers l'avant. Ma lame courut sous le bras de l'homme et vint le couper à l'épaule. Il ne pourrait plus se servir de ce merlin avant un moment. Je poursuivais ma poussée et bousculais l'homme en pleine poitrine, il tomba en arrière et je me jetais à nouveau dans la courette.
D'un coup d'oeil rapide je vérifiais que la fille se dégageait toujours. Elle se démélait les jambes du filet... lorsque un coup sourd se fit entendre. Elle s'écroula soudain, et je vis la flèche assommante retomber. Le petit sac de sable à son extrémité laissa échapper comme une poussière dorée...

Je n'avais plus aucune chance, et rageur je chargeais vers ceux qui étaient à ma portée, les deux hommes armés de lance. De toute manière, je n'eus pas le temps de les atteindre. Le vrombissement sourd de la flèche m'atteint, et je m'écroulais à mon tour dans une obscurité inquiétante.

Par Vrittis le 28/2/2002 à 17:00:08 (#1039991)

Je repris conscience alors que j'étais soutenu sous les épaules par deux bras solides. Je me gardais bien de montrer que j'étais réveillé, et prenait soin de peser de tout mon poids. J'entendis une voix désagréable parler: " ... sera "accueillie" dans la cave. Elle verra ce qu'il en coute de blesser un Francquard!
- Et lui, messire?
- Emmenez le dans la rue derrière et égorgez le!
- Mais la garde?
- Du moment que vous restez discret, la garde ne se souciera de rien. Allez. J'ai à faire."
J'entendis une porte se refermer, et les hommes qui me portaient repartirent en arrière après avoir changé de bras.

" Bon sang, il ne plaisantait pas le Francquard quand il parlait de se venger. Tu as vu comme il l'a frappée?
- Oui... Remarque, il ne pourra plus la violer pour se venger, à moins que ça repousse! " répondit l'homme en éclatant d'un rire gras; son compagnon tenta de contenir son rire puis répondit en ricanant
- Oui, mais il va le faire faire par ses hommes, peut être même qu'on en aura un bout.
- Ils sont quatre dans la cave, ils seront fatigués rapidement je gage. Si on se présente au bon moment, on aura ce qu'on voudra. "

A ce moment les deux hommes s'arrèterent de marcher, et l'un d'entre eux demanda à l'autre de me tenir pendant qu'il ouvrait une porte. "Tu crois pas qu'on ferait mieux de le buter à l'intérieur avant de le balancer dans la ruelle. On aurait moins de chances d'être vus, non?
- Oui, mais si la garde est dans la poche du patron, on a aucune raison de s'en faire, et autant ne pas salir la cour.
- Ouais. "
La porte grinça en s'ouvrant, et dès que je me sentis passer le porche, je réagissais...

Mes deux pieds s'enroulèrent autour de ceux de celui qui se trouvait à ma droite, et de mon bras gauche j'entourais la gorge du plus dangeureux, celui dont la main droite me portait. Puis je me jettai de toutes mes forces en arrière. Tiré par le coup, l'homme à ma gauche ne put résister; le choc de mon bras qui portait une partie de mon poids sur son cou l'immobilisa. Si il ne mourait pas du choc, alors il était hors d'état de nuire pendant un moment.
L'autre homme ne me lacha pas ni ne tomba, et il me dominait de toute sa hauteur en tentant d'attrapper sa dague. Je mesurais l'espace d'un instant les différentes options qui s'offraient à moi, puis je choisis la plus simple. Alors qu'il se plaçait à l'endroit idoine, je relevais brusquement les jambes et le frappait violemment au bas-ventre. Même si je mourais, en voila un qui ne violerait personne avant un long moment.

En me relevant, je sentis la tête me tourner, et je retins le haut le coeur. Je n'étais pas en état de me battre... et pourtant je voulais sauver cette femme. Sans aucune raison, je ne lui devais rien, mais mon coeur me soufflait cela. Ma raison me disait de ramasser les armes des deux hommes de main de ce Francquard et de fuir... je l'écoutais suffisament le temps de prendre les deux dagues qui pendaient aux ceintures de ces deux hommes. Puis je me redressait et fit face à la maison... avant de me plier en deux pour vomir un long trait de bile. Un ex-assassin malade et a moitié incapable contre quatre hommes... Je n'avais pas prévu cela pour ce trajet...
Au diable tout cela. Je partais vers la maison en marchant de manière de plus en plus assurée.

La porte d'entrée se révela aisée à franchir: elle n'était pas fermée et je pénetrais dans un hall magnifiquement meublé... Je n'accordais que peu de temps à examiner la décoration cependant, mais cherchais des yeux les portes qui étaient présentes... Deux portes de chaque coté de la pièce conduisaient sans doute dans des salons ou salles à manger. Un escalier double vers le premier étage, non... Soudain j'aperçus deux portes derrière l'escalier. Sans doute l'une d'elle conduisait elle vers les cuisines, et du diable si des cuisines on ne pouvait accéder à la cave!
Je me dirigeais vers la première porte, et l'entrouvrait discrètement. Je m'étais trompé et découvrait un long couloir percé de portes à intervalles réguliers. Sans doute les logements des domestiques. J'allais à l'autre porte que j'ouvrais...
La cuisine, vide. Sur le carrelage j'aperçus des traces de pas boueux qui me confirmèrent que j'étais sur la bonne piste. Je fonçais en suivant les traces et me retrouvais face à une porte... Plus le temps d'hésiter à présent... j'ouvrais la porte, découvrit sans surprise les escaliers qui s'enfonçaient sous terre et commençait ma descente en m'appuyant au mur pour éviter de dégringoler...

Par Vrittis le 1/3/2002 à 12:12:26 (#1043658)

J'arrivais en bas de l'escalier lorsque j'entendis le premier claquement de fouet. La cave était en fait une enfilade de pièces ouvertes que je franchissais tour à tour sans m'arréter. Je fus un instant désorienté par l'écho qui s'y répandait, et serrait les dents en entendant les coups se répercuter. J'avais l'impression de ne plus contrôler mon corps mais de le laisser se guider le long d'une piste sonore. Le sang battait à mes tempes aussi violemment que milles tambours assourdissants. J'arrivais enfin à une porte en bois poussée. Au moment ou je posais ma main sur la clenche, j'entendis le bruit sourd d'un coup contre la chair et le ricanement de deux hommes...

Je perdis le contrôle et laissait le voile rouge tomber devant mes yeux. La douleur qu'elle devait ressentir me submergea, ainsi que le priapisme malsain des hommes qui la torturait. Je devins un bloc de rage contre tous, tout... L'univers était injuste, mauvais, pourri, et quoi que je fasse je ne ferai que le rendre meilleur... et c'est en pensant cela que je rentrai dans la pièce les dents serrées, prèt à massacrer tout opposant...
Ils étaient tous les quatre tournés vers elle. Elle était enchainée face à un mur, et deux hommes portaient un fouet. Au moment ou je rentrais, l'un d'entre eux leva le fouet et l'abattit sur le dos déjà ensenglanté de la fille.
Ce fut le premier qui mourut, la nuque percée par le premier poignard que je lançais. Aussitôt les trois autres se retournèrent. Je soupesais ma deuxième arme, me demandant s'il fallait tenter un deuxième jet ou bien me défendre. Le deuxième homme qui portait un fouet me regarda et parla d'une voix désagréable.
" On dirait bien que voila un galeux quelconque qui refuse de mourir " dit il d'un ton moqueur, quoique enervé. Je ne répondais rien, canalisant la rage dans l'espoir de la déclencher brusquement. " Hé bien, pauvre loque, qu'attends tu, jette toi sur nous! " se moqua t'il. Si c'était la le fameux Francquard, alors lui avoir supprimé ses attributs masculins étaient une si bonne chose que la fille aurait du recevoir une médaille...

Absorbé dans mes pensées et ma rage, je ne fis pas attention à ce que trafiquaient les deux autres hommes, et ce n'est qu'en surprenant un mouvement du coin de l'oeil que je m'écartais par instinct. Un tonnelet vide vint s'écraser à quelques pas de moi, et je me retournais pour voir les deux hommes me sauter dessus. J'eus le temps de brandir mon poignard devant moi, et l'un des deux hommes se retrouva avec la lame dans le ventre. L'autre fut sur moi l'instant d'après et me frappa violemment au visage. Je m'écroulais en retirant ma lame du ventre du premier homme, et me retrouvais sur le dos, le sang rendant le manche de mon arme glissant; mon adversaire était au dessus de moi et commença à m'étrangler.
Il existe différentes manières de se débarasser d'un étranglement. Certaines supposent que l'on est pas armé, ou bien sur le dos, sur le ventre, sur un sol dur ou mou... La situation ou je me trouvais étais la plus simple, l'homme était un débutant et j'avais encore une arme. Je frappais latéralement à son visage, au niveau des yeux; il me lacha instantanément, même si je n'avais pas touché ma cible et lui avais entaillé le front...

Je le renversais et me jetais de toutes mes forces contre lui. Je levais mon bras pour le poignarder lorsque un coup de fouet m'enlaça le poignet. Francquard venait d'intervenir pour éviter à son homme de périr et tira violemment vers lui. Mon poignet se tordit brusquement et je lachais le poignard sous le coup de la douleur. L'homme sous moi commença à remuer, et je me sentais faiblir...

...
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Je reste songeur un moment en me souvenant de ce moment. Ce moment ou je m'étais dit, clairement, calmement, que si je me laissais aller à la fatigue, si je me couchais à ce moment la, je ne me relèverai jamais...
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D'un coup brusque, je tirais à mon tour sur le fouet, et malgré la douleur je réussissais à entourer le coup de l'homme sous moi avec la lanière du fouet. Puis je me jetais de toutes mes forces en arrière. L'homme se débattit quelques instants avant d'arréter de bouger... haletant je me redressais et fit face à Francquard, blème de rage...

Par Vrittis le 1/3/2002 à 15:46:57 (#1044488)

Pendant un moment, il ne sut que faire. J'avais beau avoir l'épaule gauche qui m'élançait et la main droite presque inutilisable, il semblait sur le point de faire sous lui lachement. Moi tout ce que je voyais, c'était un de ces êtres que j'abhorrais et j'avançais d'un pas vers lui...
Ses yeux roulèrent dans ses orbites. J'avais beau être désarmé, il devait lire dans mes yeux rougis que j'étais prèt à le massacrer à mains nues. Soudain, il se baissa et arracha le poignard dont le manche sortait de la nuque de l'homme que j'avais abbatu en premier. Il le brandit devant lui de manière bien malhabile.
" Au lieu de chercher à te vider comme un porc, tu aurais mieux fait de profiter des cours qu'elle aurait pu te donner, chien.
- Je n'ai que faire de tes conseils " commença t'il à me dire. Je fis un nouveau pas vers lui, les yeux fixés sur le poignard. Il glapit soudain effrayé, et porta la lame vers le dos de la fille. " Si tu avances encore, elle morfle. "

Je m'arrétais instantanément de bouger. Fredegar sourit faiblement, et me regarda d'un air mauvais. " Qui es tu?
- Mon nom n'a pas d'importance...
- Dis moi. " hurla t'il, rouge de rage.
- Je me nomme... "

Au moment ou j'allais répondre, je m'aperçus que Fredegar s'était trop rapproché de la fille. Celle si prit appui grace aux chaines qui lui rentrèrent dans les poignets et jeta une jambe en arrière. Fredegar Francquard fut frappé d'un coup de genou au ventre et vint heurter violemment le mur avec un bruit sourd. Il frappa d'instinct avec le poignard qui vint s'enfoncer peu en dessous du coeur de la fille, mais elle était habitée d'une telle fureur qu'elle sembla ne pas sentir le coup. Elle frappa à nouveau du genou, et le nex de Fredegar se brisa...
Je... je ne sais pas quand il mourut, mais la fille s'arréta quand le mur derrière sa tête s'ensanglanta. Je me précipitais vers elle, sorti de ma surprise, et elle m'adressa un faible sourire.
" Les clés, ou sont les clés? " m'affolais je
- La... la bas... sur la table... " fit elle en esquissant un signe de la tête.

Je me précipitais pour aller les chercher, la détachais, et tentais de bander de mon mieux la blessure béante d'ou sortait tout le sang. Elle me sourit faiblement, puis s'évanouit...
Je dépouillais feu Fredegar d'une bourse opulente, et juchais la fille tant bien que mal sur mon dos. La remontée de la cave me parut une torture sans fin, et lorsque je surgis dans la cour de la maison après ce qui me parut être des heures, je crus que j'allais m'évanouir.
Sur mon dos la fille délirait à voix haute.
" On vole! Sur des nuages!
- Oui, on vole " répondais je en avançant dans les ruelles. " On va voler jusqu'au bout du monde. Jusqu'au bout du monde...
- Oui, le bout... la fin... j'ai soif... "

Je m'arrétais pour lui donner un peu d'eau de la fontaine devant les portes de sortie. Sa blessure avait cessé de couler, mais une mousse rose apparaissait aux commissures de ses lèvres.
Le garde qui gardait la porte fit mine de vouloir nous empécher de sortir, mais la bourse qui atterrit à ses pieds le dissuada de le faire. Nous fûmes bientôt sur la route qui partait de la ville.
" ...s...soif...
- Je n'ai pas d'eau, mais...
- ...
- ...mais au moins nous nous éloignons de cette petite ville minable. "

Je n'en suis pas sûr, mais il me semble qu'elle sourit à ce moment. Je décidais de sortir de la route et bifurquais; si des hommes nous suivaient, autant ne pas leur donner l'occasion de nous retrouver trop facilement.
Je trébuchais maladroitement dans les champs jusqu'à ce que le soleil soit haut dans le ciel. Je m'arrétais alors sous un arbre, et constatais que la fille était morte. Depuis combien de temps? Je secouais la tête et otais ma chemise trempée de sang. Je m'allongeais à coté de la fille, et m'endormais d'un sommeil peuplé de cauchemards. Lorsque je me réveillais, le soleil était tombé, et je repris ma route, la fille toujours sur l'épaule...

J'enterrai la fille à la nuit tombée, près d'un bosquet. La lune s'élevait au dessus de moi alors que je dégageais la terre à l'air d'une branche évasée. Je plaçais le corps dans la tombe et la rebouchait vaguement avant d'aller m'écrouler dans le bosquet. Mes rèves furent à nouveaux étranges. Il me sembla voir une étoile briller dans mes rèves...
Le lendemain j'érigeais un petit cairn et reprenais la route. Je me nettoyais de mon mieux dans une petite rivière, et laissait derrière moi le bosquet, sans me retourner...
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Ma voix s'amenuise, et je reste le regard plongé dans les flammes, sans trop voir quoi que ce soit d'autre. Une voix me tire de mes souvenirs...

" C'est une histoire vraie, Vrittis? "

Je ne sais que répondre pendant quelques instants. Puis décide de ne pas répondre du tout... quelle importance. Les histoires... Mes histoires sont miennes, et les blessures qui viennent avec elles aussi. Je me lève...

" Bonne fin de soirée à tous... "

... et m'éloigne du feu...
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The end
Ce conte a été écrit en écoutant:
- Chrono Cross BGM
- Secret Of Mana BGM
- Prodigy
- Garbage
- Starship Troopers' Klendathu Drop
- et autres... :)

Par Mekere le 1/3/2002 à 15:50:28 (#1044502)

J'ai écouté cette histoire sans un mot... et le moment n'est pas encore venu de parler...
La douleur et la tristesse restent encore dans les airs.. suspendus dans le vide... je me leve en silence et m'eloigne dans l'obscurité

Par Red Death le 1/3/2002 à 18:32:00 (#1045225)

Une fois le conteur partie, il laissa quelques instants les images dans son esprits lui remémorer toute la scène puis il descendit de la branche sur laquelle il était perché depuis le debut du conte et s'en retourna dans la forêt, seulement accompagné de son ombre.

Par Cyran le 2/3/2002 à 0:59:11 (#1047663)

Des larmes coulent sur les joues de celui qui écoutait la narration, dissimulé dans l'ombre.
Les mots ont bien plus de pouvoirs que quoique ce soit d'autres. Et le conteur qui les manie avec tant d'aise est susceptible de bien des choses... y compris d'éveiller des sentiments que l'on pensait à jamais oubliés...

Par Cyran le 4/3/2002 à 17:15:54 (#1062195)

Les nuits se succèdent… les cauchemars aussi. Les paroles de Vrittis me reviennent sans cesse, telle une triste et lascive mélopée. Pourquoi ces sentiments d’injustice et de tristesse ? Moi qui me sentait me détacher peu à peu du monde, voilà que mes pensées ne quittent plus cette inconnue… Les rêves ont-ils donc tant de pouvoir ou ne suis-je guère plus qu’un enfant marqué par les talents du conteur dont on savoure avidement le récit ?

Inlassablement, je retourne le problème dans ma tête… cela ne peut se terminer ainsi ! Une résolution naît peu à peu en moi… un curieux sentiment de devoir… celui de la sauver coûte que coûte… Vrittis… je dois le trouver, lui seul peut me comprendre… et m’aider je l’espère. Je me mets en route, le teint livide dû au manque de sommeil et le regard doté d’une lueur de folie.

Les environs de Windhowl… mes pas ont tellement foulé ces lieux que même dans cet état second je reste inaperçu aux yeux de tous. La douce lumière de la Lune met en exergue la paleur des murailles de la ville. Je secoue violemment la tête… tout se mélange… le rêve… la réalité… comment faire la différence ? Il faut que je le trouve… vite…

Ma prière a-t-elle été entendue ? Là-bas une silhouette se découpe, tache sombre se distinguant de la pierre blanche… Ce pas léger de promeneur rêveur… cela ne peut être que lui. Allongeant mes foulées, j’ai tôt fait de le rejoindre. Le flot de mes idées est bien trop important pour que je puisse exprimer quoi que ce soit de clair.

« Vrittis ! je… tu… nous… il faut… »

Je m’interromps devant son air interloqué.

« Nous devons la sauver ! »

Par Vrittis le 5/3/2002 à 17:03:07 (#1067342)

Je reste un moment interdit devant l'apparition soudaine de Cyran, n'enregistrant qu'après coup ses paroles. De quoi peut il bien me parler... un effort de concentration me permet de voir au "travers" de lui. Je redevient témoin de la scène qu'il réinvente sans cesse depuis des jours et qui le torture tant...

Je comprends et mes lèvres se serrent en deux minces lignes... Il ne sera pas le premier que j'ai vu possédé depuis que j'ai découvert les nouveaux pouvoirs qui sont en moi. Je suis d'ailleurs moi aussi toujours aux prises avec mes démons... et je sais comme il importe de s'en exorciser...


Mon frère, si tu désires entamer cette tache, je ne pourrais pas t'aider. Je serai trop occupé à maintenir ce dans quoi tu te déplaceras, vivras, agiras...

J'hésite un instant, puis décide d'être tout à fait honnète.

Si seulement nous avions eu l'appui d'un Maitre réveur. Ilan... Ilan aurait pu nous aider bien plus efficacement, d'autant qu'il aurait été extérieur à notre action...
Tu désires néammoins tenter ta chance?

Je me demande s'il réalise ce dont il s'agit. Prendre ma place, revivre ma vie... la modifier peut être... Je ne pourrais que peu l'aider, et il devra agir seul...
Néammoins quels risques cours je? Et quels gains en tirerons nous? J'attends sa réponse, ne sachant vraiment ce que mon coeur désire...
Mais déjà au sein de ma mémoire le souvenir se déplie lentement du sommeil dans lequel il était retourné, étire ses tentacules mentaux et se rappelle à moi...


Cyran, surtout il faudra que tu te souviennes: même si tu n'y changes rien, tu n'auras pas à te blamer...

bien belle histoire.. qu'elle soit pure création ou vécu...

Par Galadrielle le 5/3/2002 à 20:35:50 (#1068810)

*reste interdite alors que le recit prend fin. Les mots de Vrittis l'ont profondément touchée*

Par Galadrielle le 5/3/2002 à 20:37:58 (#1068821)

(arf fausse manip)

Par Cyran le 6/3/2002 à 16:50:28 (#1073219)

Un instant j’éprouve la curieuse sensation de sentir mes pensées fouillées. Mais je n’en ai cure, Vrittis n’a pas dit qu’il était impossible de la sauver ! Il reste donc une chance…

« Je n’échouerai pas Vrittis… je la sauverai… quoiqu’il m’en coûte… »

J’essaie de donner le plus de conviction possible à mes paroles.

Les souvenirs du récit affluent dans mon esprit, de plus en plus vivants. Une image s’impose à moi… un visage calme et paisible… mais un visage mort… je sens un vertige me prendre tandis que je lutte pour redonner vie à cette figure…

Par Vrittis le 6/3/2002 à 17:58:10 (#1073662)

Il bascule déjà, attrappé par le souvenir. Je m'approche de lui et lui entoure les épaules d'un bras que je trouve soudain faible. Si seulement...

Je secoue la tête. Le temps n'est pas aux doutes. Cyran a besoin de moi...

Je tends mon esprit vers le sien, et lie mentalement les pensées qui vont nous guider. Il va vivre et agir dans ce qui est mon souvenir. Pour ma part je vais tenter de retenir ma mémoire et ses flots tulmutueux, de les empécher de se précipiter sur l'esprit de Cyran...


*étend Cyran le long de la muraille de Windhowl*
*s'assied à ses cotés*
*regarde une dernière fois le ciel pailletté d'étoiles*

Bonne chance mon frère.

*se concentre...*

Par Cyran le 28/4/2002 à 20:07:11 (#1364913)

Je repris connaissance au sommet d’une colline surplombant une ville inconnue. Une douleur sourde résonnait entre mes tempes. Mais où étais-je ? Cette confusion perdura quelques minutes où je restai assis, trop hébété pour entreprendre quoique ce soit. Le voile obscurcissant mon esprit commença à se déchirer peu à peu. Cette cité… Valbourg ! Tels une vague, les souvenirs me submergèrent. Vrittis… cette femme…

Le soleil était bas à l’horizon et la ville bien plus vaste que mon imagination ne me l’avait suggérée lors du récit. Mon ami devait sans doute déjà se trouver quelque part dans ce dédale de rues. Sans plus perdre de temps je me redressai et m’élançai au pas de course, dévalant la douce pente aussi vite que mes jambes me le permettaient. Tout au long de ma course, j’examinai ma tenue. Les rêves, ou mon subconscient, m’avaient vêtu d’une armure de cuir noir et chaussé de bottes souples. Une épée était ceinte à ma taille tandis que deux dagues trouvaient refuge dans mes bottes. Une large houppelande noire couvrait le tout et dissimulait mes ailes suffisamment efficacement.

L’esprit occupé par les souvenirs de l’histoire, c’est à peine si je me rendis compte que j’arrivai dans les faubourgs de la bourgade. Le souffle court, je m’arrêtai quelques instants, à l’affût du moindre bruit suspect. Mais le vent ne m’apporta que les rumeurs de quelques conversations familiales autour du souper et les ronflements sonores d’un ivrogne. Je traversai sans encombre ces lieux emplis de l’obscurité d’une nuit sans lune.

Valbourg était entourée de grossiers remparts de pierre. Des années de négligences avaient causé le déchaussement de bon nombre de blocs, assurant autant de prises pour quiconque s’élancerait dans son ascension. Je jetai quelques regards à la recherche d’éventuels gardes ; leurs patrouilles avaient dû les mener en d’autres lieux car ils brillaient par leur absence. Sans perdre de temps, j’escaladai la muraille tout en remerciant silencieusement la fainéantise des hommes. Je ne m’attardai guère sur le chemin de ronde et me risquai à sauter dans l’obscurité. J’esquissai une grimace en sentant la dureté du sol pavé alors que j’escomptai atterrir sur de la terre battue. Ignorant la douleur de mes chevilles, je me faufilai rapidement hors de vue de l’enceinte.

Où aller à présent ? Je savais que Vrittis avait porté une missive à un clerc de notaire… mais en aucun cas cela ne me suggérait la direction à prendre. Je choisis une rue au hasard et m’y engageai en m’efforçant de ne pas troubler le silence environnant. De rares passants sillonnaient la ville, tous pressaient le pas, soucieux de leurs petites affaires.

Les allées se succédaient, toutes semblables et pourtant différentes. Le désespoir me gagnait peu à peu… comment allais-je retrouver Vrittis dans une cité inconnue ? Jamais je ne pourrai la sauver… C’est alors que j’entendis les bruits étouffés d’une lutte. Un fol espoir naquit en moi : je me précipitai sur les lieux… malheureusement je n’étais pas le seul : plusieurs gardes se ruaient dans l’autre sens. J’eus juste le temps d’entrapercevoir la silhouette de mon ami et une autre dont la souplesse indiquait la féminité. Je pestai contre cette arrivée inopportune des forces de l’ordre. Saisissant un pavé, je le lançai dans leur direction pour monopoliser leur attention… ce qui ne rata pas… Je détalai avec une quinzaine de soldats sur les talons.

La course se poursuivit durant un quart d’heure. Je me cachai alors de mes poursuivants en espérant que la diversion fut suffisante. Je n’avais certes pas retrouvé Vrittis mais je me rattachais désormais à son récit. Ils allaient trouver refuge dans une petite maison ; je n’avais aucune chance de les retrouver là-bas… mais je connaissais leur destination finale.

Le ciel promettait encore une voire deux heures de nuit et je me dirigeai d’un pas alerte vers les quartiers plus riches. La demeure des Francquard devait se trouver par là-bas. L’aube s’approchait tandis que les rues retrouvaient leur animation. Tapi dans une ruelle, j’attendais de croiser la moindre personne susceptible de me renseigner. Ma patience finit par payer. Un homme à l’air passablement aviné et à la gueule de bois visiblement douloureuse se profila non loin. Mais c’était surtout sa tunique crasseuse qui attira mon attention : elle portait la livrée d’une maison… sans doute devait-il être au courant de l’emplacement de la maison recherchée. En un mouvement sec, je l’empoignai et l’attirai dans la ruelle. Le plaquant contre le mur, je posai la pointe de ma dague contre son cou, ne laissant pas la moindre équivoque.


« Où réside Fredegar Francquard ? »

L’homme eut un reniflement dédaigneux.

« Jamais vous ne me tuerez… et puis la garde aura tôt fait de vous mettre aux fers… il suffit que je crie ! »

Son hurlement s’étrangla comme il sentait perler son sang sous ma lame. Ses yeux injectés de sang roulaient désespérément à la recherche d’une échappatoire.

« Je ne plaisante pas ivrogne… te vider de ton sang comme un porc ne me posera aucun problème de conscience… où est Fredegar ? Et que je n’aie pas à me répéter ! »

Soudain devenu très bavard, il m’indiqua le chemin à suivre tout en bredouillant. Je le remerciai comme il se doit ; la peau résista un bref moment avant que mon arme ne la transperce et accède aux tissus spongieux servant de cerveau à l’ancien ivrogne. Le sang jaillit en une sinistre fontaine écarlate tandis que le cadavre glissait sur les pavés.

Sortant de la ruelle, je glissai une dizaine de pièces d’or dans la sébile de l’aveugle mendiant non loin.


« Tu n’as rien vu bien sûr… »

Jetant un coup d’œil au contenu de sa coupe, le mendiant se fendit d’un sourire.

« Bien sûr mon bon seigneur…
- Tu ferais bien de changer de quartier, les soldats ne manqueront pas de surveiller cet endroit dans les semaines à venir…
- Ne vous en faites pas pour moi messire, de toutes façons je me disais justement que ces nobliaux n’étaient guère généreux ; il est temps d’aller jouer les cul-de-jatte du côté du temple. Bonne chance à vous sire sélènite. »

Acquiescant, je partis dans la direction indiquée par ma victime. Je trouvai bien vite la bâtisse ; elle était construite dans un style ostentatoire et d’un goût douteux. Il s’agissait bien évidemment d’impressionner le passant en affichant la fortune de la famille. En en faisant le tour je découvris la porte dérobée donnant sur la ruelle dont Vrittis avait parlé… Je ne tardai pas à trouver un porche non loin, dont l’ombre m’offrit sa protection et un point de vue imprenable sur les lieux. La rage bouillait en moi… je n’aurais pas le droit à l’erreur.

Les heures se succédèrent lentement, chacune semblant plus longue que la précédente. Je pris soudainement conscience que ni la faim, la soif ou le sommeil ne semblaient avoir de prise sur moi… ma volonté entière n’avait plus qu’un but… sauver cette inconnue.

L’après-midi était bien avancé lorsque qu’un petit groupe d’hommes pénétra chez les Francquard, ils portaient deux corps inertes. Il n’y avait plus une minute à perdre.

Je me débarrassai de la houppelande maculée de sang et me précipitai vers le bâtiment. Sans interrompre ma course je me lançai à l’assaut du mur, m’aidant inconsciemment de mes ailes pour l’escalader rapidement. La cour résonnait de la conversation de deux hommes : ils discutaient du sort réservé pour Vrittis. Une déstabilisante sensation de déjà-vu s’instilla en moi… Il s’en sortirait… Je ne pouvais prendre le risque de perdre plus de temps. Je brisai une lucarne et me faufilai à l’intérieur.

Les appartements étaient cossus, le moindre détail criait la fortune de la famille. Pourtant je ne pris pas la peine d’admirer tout ce luxe. Je fonçai à travers les pièces. Plusieurs portes étaient verrouillées et mon cœur se serrait à tout ce temps perdu. Quand enfin j’atteignis la mezzanine donnant sur le rez-de-chaussée, j’enjambai la rambarde et sautai, négligeant l’escalier. Une piste de sang et de boue me mena vers la cave. Je dévalai les degrés de pierre tandis que les éclats d’un combat parvenaient à mes oreilles…

Trop tard ! J’allais arriver trop tard !

Je débouchai dans la pièce comme un fou. Vrittis avait déjà terrassé deux hommes ; Fredegar levait son arme vers la jeune fille… et la plongea vers sa poitrine avec une lenteur infinie… Je courus aussi vite que je le pouvais…

L’épée s’enfonça dans la chair dans un craquement d’os sinistre… la douleur fulgura dans mon bras. J’avais réussi à m’interposer Sélène seule sait comment. La lame s’était fichée dans mon épaule gauche. Je me redressai, les yeux emplis d’une fureur infinie. Je déployai mes ailes grises tout en dégainant ma propre épée…


« Tu vas mourir verrat… »

Je vis son air indigné et la colère le gagner lui aussi. J’esquissai un sourire cynique.

« Excuse-moi… J’oubliais que tu es coupé ! »

C’en était trop pour lui : il se rua en tenant maladroitement son arme. Ses gestes étaient lents et beaucoup trop amples. Je ne m’étais jamais considéré comme un grand bretteur… mais une telle maladresse dépassait l’entendement. Que cherchait-il ?

La vérité effroyable s’imposa… il ne voulait pas m’atteindre moi mais bien la prisonnière des chaînes. Il n’y avait qu’une solution pour l’immobiliser.

Le visage de Fredegar s’éclaira d’un large sourire quand il sentit sa lame s’enfoncer dans les chairs tendres… mais son expression changea bien vite en voyant sa garde fichée dans mon ventre…


« Tu as perdu Fredegar… elle vivra… et pas toi… »

D’un mouvement sec, je lui tranchai la gorge. Il ne put jamais me répondre que par un immonde gargouillis tandis qu’il se noyait dans son propre sang… Je n’eus que le temps d’adresser un bref sourire à la jeune maîtresse d’armes avant de m’écrouler à la suite de mon adversaire.

La brève conscience d’un visage penché sur moi…


« Je le devais Vrittis… Je le devais pour toutes celles qui souffriront et qui n’auront jamais personne pour les sauver… »




Je m’excuse auprès de Vrittis pour avoir mis si longtemps à répondre… entre le boulot, la flemme et le soucis de bien faire, j’ai vraiment été long… Y a plus qu’à espérer que l’attente valait le coup !

Par Vrittis le 28/4/2002 à 23:07:09 (#1366173)

Nos esprits se sont emmélés pendant la recréation de rève, et j'avais beau m'être libéré des craintes habituelles, voir Cyran agonisant me fait un choc terrible. Je me précipite en dehors du rève et l'attire avec moi; je ne veux prendre aucun risque...

*saisit Cyran par les épaules*
*parle d'un ton froid*

La prochaine fois... la prochaine fois que tu fais quelque chose d'aussi stupide, même dans un rève, je te jure que Sélène ou pas...

Je laisse planer la menace. Il comprend parfaitement ce que je ressens, j'en suis sûr...

*se redresse et s'adosse au rempart*
*lève les yeux au ciel*

Je me sens bizarre, et pendant que Cyran se redresse, le visage un peu plus blanc, j'ai l'impression que Sélène m'adresse un message quelque peu moqueur...

Allez, retournons dans la ville. J'ai besoin de boire quelque chose... et toi aussi.

*s'enfonce dans l'obscurité à coté de Cyran*
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Oui, ça en valait la peine, et pour l'attente... bah, en tant que chevalier java, je te pardonne ;)

Par Cyran le 29/4/2002 à 18:13:46 (#1370677)

Bien que blême, je m'efforce de sourire à Vrittis. Mes idées sont encore un peu confuses...

" Nous l'avons sauvée, n'est-ce pas ? C'était étrange... c'était si réel... enfin sauf pour mes talents de bretteur ! "

Je pars d'un petit rire bien vite interrompu par la toux.

" Tu sais... si c'était à refaire, je n'hésiterais pas... "

L'obscurité ne m'empêche pas de deviner une certaine désapprobation sur le visage de mon ami.

" Allons... nous avons bien mérité de nous rincer le gosier ! "

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