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Retour à Trandling - 93ème partie

Par Galadorn le 2/1/2003 à 22:27:48 (#2930696)

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Semblables à un bourdonnement indistinct, les sons étaient à la fois proches et lointains. Familiers dans leurs dissonances, dérangeants dans leurs tonalités, ils étaient différents des hurlements qui avaient vrillés ses tympans pendant des jours entiers. C'étaient des bruits de la vie quotidienne, des conversations anodines, des chuchotements de commères et des discussions de soldats. Un sentiment de résignation ou d'attente sans urgence régnait dans l'air. Il se savait entouré de centaines, de milliers de personnes et pourtant aucune d'entre elles ne faisait de bruit en se déplacant, ou si peu qu'il n'y prêtait pas réellement attention.

Il n'était plus attaché à la grande table de pierre. La faim, la soif s'étaient atténuées, tout comme la douleur. Quelqu'un le poussa légèrement dans le dos.

"- Ecartes toi, tu ne vois pas que tu gênes?" Puis il entendit une autre voix, d'un octave plus grave.
"- Il est aveugle... Aides le s'assoir au lieu de le bousculer. De toute manière, nous ne sommes pas pressés..."
"- Aveugle? Je m'excuse camarade... Tu faisais partie de quelle compagnie?"
"- Compagnie? Je.. Je ne comprends pas." Il secoua la tête.
La seconde voix reprit "- Tu es d√©sorient√©, c'est normal. Ici, c'est quelque part entre les enfers et le paradis... Une plaine d√©sol√©e sous un ciel de plomb, aux couleurs ternes et grises. Nos √Ęmes ont √©t√© arrach√©es √† leur repos parce que nos corps ont √©t√© relev√©s, et une parcelle de notre vie reste encore sur Althea." Il y eut une petite pause. "Je suis Pendel, pr√™tre-guerrier du monast√®re de Tornheim."
"- Je me nomme Galadorn, messire..." Il s'inclina en direction de son interlocuteur. "Je suis donc mort?"
"- Oui et non. Si tu es ici, c'est que ta vie, tes souvenirs ont √©t√© vol√©s, d√©tourn√©s par une magie impie. Ton essence est lentement absorb√©e par l'h√īte de ton corps pour alimenter sa faim inextinguible... Cette horreur d√©vore la vie sous toute ses formes jusqu'√† sa propre destruction, et lorsqu'il ne reste plus rien nous disparaissons avec elle... C'est l'antith√®se de la Source, le N√©ant, qui nous attend. C'est un sort bien pire que la mort. Je suis d√©sol√©."
La voix de celui qui avait bousculé le serveur d'auberge interrompit l'explication avec brusquerie, comme pour chasser l'idée lugubre du sort qui les attendaient tous.
"- En ce moment, je vois défiler beaucoup de gens de l'escouade du lieutenant Fersil, qui défendait la terrasse nord. Fersil était ton chef, Galadorn?"
"- De... De qui parlez vous?"
"- Attends!" fit le prêtre à l'attention de son compagnon. "Regarde le, il n'est pas habillé comme un soldat, il est presque nu. Ses blessures sont nombreuses, mais aucune ne semble profonde. D'ou viens tu, l'ami? N'as tu pas fait la route avec l'armée coalisée? Beaucoup de ceux qui sont ici viennent de mourir sur les murs de Trandling."

Trandling. Les idées se bousculaient dans sa tête. L'armée de Zeed étaient enfin parvenue à la cité forteresse et livrait bataille. Son ami comptaient sur lui pour neutraliser la Porte des Morts. Le champion de Cymod ignorait que l'ennemi l'avait capturé et savait quels étaient leurs plans. Galadorn devait trouver un moyen d'avertir le paladin et organiser sa fuite. Non... Ce n'était plus possible maintenant. Il était là, avec les autres, à attendre la fin. Leur anéantissement.
"- Il ne répond pas... J'ai connu des soldats qui après un choc à la tête ne se souvenaient plus de rien."
"- Non, ce n'est pas cela. Il a l'air perdu dans ses pensées." La voix du prêtre s'adressa au jeune aveugle. "Galadorn? Quelque chose ne va pas?"
Puis les sons autour de lui semblèrent s'évaporer.

La t√Ęche lui avait sembl√© tellement gigantesque. Elle l'√©tait plus encore √† pr√©sent. Alors qu'il avait d√©cid√© d'aider le Berseker, il ne s'√©tait pas rendu compte de toutes les cons√©quences d'un √©chec. Il avait pens√© √† lui-m√™me, aux amis et √† sa famille qu'il perdrait. Qu'il avait perdu. Il s'√©tait apitoy√© sur sa propre mal√©diction. Mais entour√© de ces innombrables fantomes, sa responsabilit√© l'√©crasait avec le poids de la v√©rit√©: ces personnes avaient travers√© maintes contr√©es pour venir s'abimer dans le N√©ant, parce qu'il n'√©tait pas parvenu √† voler la pierre de tristesse. Sa d√©faite √©tait celle de milliers d'hommes.

"- La lumi√®re na√ģtra de l'obscurit√©. Le mal na√ģtra du bien. La folie de la sagesse et la mort jaillira de la vie..." Il sursauta. Une voix sans age avait parl√©, avait prononc√© la proph√©tie √©crite dans la missive de Zeed. Dans son esprit se fit l'image d'une dame au visage dissimul√© par une large capuche blanche, nimb√©e d'une lumi√®re √©clatante. Il frissonna. "Une fois de plus, nos routes se croisent, voyageur."
"- Ma dame..."
"- Es tu prêt à payer le prix?"
"- Je... Quel prix? Pourquoi?"
"- Es tu prêt à payer le prix?"

Le monde se mit à tourbillonner, ses repères vacillèrent pour le précipiter dans une chute vers les abysses. Au bout d'un temps incertain, il se sentit ralentir, pour flotter entre deux eaux. La voix était terrible, rauque à glacer le sang.
"- Le Berseker a pos√© sur tes √©paules cette charge que nul homme ne saurait porter, R√™veur... La non vie d√©vorera les √Ęmes de tous ceux qui l'ont suivi, et cela parce que tu as √©chou√©. Tu nous as apport√© sa pierre de destin√©e. Tu nous as bien servi."

Les mains sur les oreilles, Galadorn secouait faiblement la tête pour échapper aux accusations de son ennemi. Le rire résonnait dans le vide comme sur d'invisibles murs.
"Le Berseker est mort. Tu l'as tué... Son armée se fait massacrer sur les murs de Trandling par mes Légions. C'est la fin, pour eux et pour toi." Il le savait. Il ouvrit la bouche pour gémir, mais aucun son ne sortit.

La voix mêla alors la pitié à la suffisance.
"Pourquoi luttes tu encore? Pourquoi continuer à te tourmenter avec tes noires pensées? Abandonnes! Choisis le Néant et tout disparaitra: tes remords, tes regrets, le souvenir de tes échecs. Tout sera effacé, jusqu'à la mémoire de ta ridicule existence ratée, remplie de souffrances... Cette vie misérable qui ne vaut pas la peine d'être vécue."

Puis le silence se fit, tombant comme le lourd rideau sur la sc√®ne d'un th√©√Ętre tragique. Il ne pouvait pas pleurer, mais son coeur √©tait d√©chir√©, et les sanglots secouaient sa poitrine. Ce n'√©tait pas sa faute. Il n'avait jamais demand√© √† accomplir cette mission.
"- Mais vous l'avez acceptée, Galadorn..." Tout doucement, les paroles lui étaient parvenues, par delà son horizon de désespoir. Ce n'étaient pas un reproche, juste une constatation. "Vous l'avez faite votre."
Un rire d'enfant résonnait quelque part dans le lointain.
"- Gadorn!" Il se souvint de la petite main sur sa joue, de sa douceur et de la chaleur du soleil sur sa peau. Il détourna la tête devant tant d'innocence. La honte l'étreignait, mais il cessa de trembler.
"- Ecoutez moi... S'il y a un coupable, c'est le mal qui ronge les Terres du Nord. Les soldats de Cymod savaient le danger qu'ils allaient affronter. Tout comme vous, ils connaissaient les risques et ont malgré tout suivi Zeed Mithror à Trandling. Tout comme eux, vous avez entrepris cette quête parce que vous ne pouviez rester indifférent à la douleur des autres... Contrairement à eux, votre métier n'a jamais été celui des armes. Vous y êtes allé tel que vous êtes: gentil et honnête, l'homme le plus merveilleux que je connaisse. Vous avez fait de votre mieux. Personne, Galadorn, qu'il soit dieu ou mortel, ne peut vous en demander plus." Il sentit la tendresse d'un baiser sur sa bouche, la caresse de ses cheveux sur son visage. "Je vous aime."
Il se laissa emporter par son souffle serein.

"- Ne crois tu pas que je me sois posé la question également? Avoir sur ma conscience ton sacrifice? De regarder chaque jour ces hommes tomber les uns après les autres, en me demandant si les conséquences de mes décisions auraient pu être différentes?... Tu me l'as dit toi même, mon ami. Etre un homme, c'est s'accepter. Accepter ses défaites comme ses victoires. C'est vivre, vivre avec son passé, vivre avec ses choix, avancer non pas avec les chaines de ses échecs mais l'expérience de ses erreurs..."
"- Zeed? C'est bien toi?"
"- Bien sur que c'est moi! Qui veux tu que ce soit? Le spectre du roi Théodore?" Galadorn ne put s'empêcher de sourire au ton léger de son ami dans une situation aussi dramatique. "J'ai tant de choses à te dire. Mais tu dois retourner sur Althea. D'autres ont encore besoin de toi..."
Et il fut de nouveau seul pour une éternité.

"- Nous sommes dans le Coeur du Destin. Je suis l'Oracle." L'ironie √©tait cruelle. Il l'avait cherch√© pendant si longtemps. Il avait essay√© en vain de p√©n√©trer dans le sanctuaire des s√©raphins. Il avait risqu√© sa vie sur l'√ģle maudite pour le rencontrer. A pr√©sent qu'il se trouvait devant le proph√®te, la question qu'il voulait lui poser n'avait plus d'importance. "Les Dieux ont jug√© de ta valeur. Le moment est venu de faire ton choix."

Sur ses lèvres flottait encore le parfum de Diona. Comme toujours, la réponse était évidente.

Un battement de coeur: faible, irrégulier. Le sien. La douleur revint aigue, lancinante, dans ses bras, ses épaules, pour remonter à la tête. Il était écartelé sur l'autel de pierre.
"Galadorn?" Une main le secoua insistance. Il reconnut la voix. C'était celle d'une femme qu'il n'avait plus rencontrée depuis des années, une alchimiste et une érudit, versée disait-on dans les arts obscurs. Il n'en avait jamais eu la preuve. Pour autant, aurait il retiré sa confiance à celle qui l'avait défendu à de si nombreuses occasions? Celle qui le faisait réfléchir par ses piques acerbes et l'amusait de ses expériences saugrenues? Acyde de Nor était son amie. Jamais elle ne s'était moqué de sa maladresse, et si elle souriait rarement, elle partageait volontiers avec lui ses réflexions ironiques sur l'absurdité de la vie.

Son visage fatigué sembla se tordre sous l'effort d'un maigre sourire. De toutes les personnes qu'il aurait imaginé venir à sa rescousse, elle était la plus improbable. Que faisait elle au milieu de ces morts dans le Labyrinthe Obscur?

Il se demanda brièvement si les rumeurs que les paysans superstitieux racontaient au Kulgan's étaient vraies. Le doute réapparut, plus fort et plus insistant. Acyde de Nor était elle la servante des forces maléfiques à l'oeuvre sous la montagne? Etait elle venue se moquer de lui, le narguer au lieu de le sauver? Le rêve tournait il au cauchemar? Il n'avait plus rien à perdre. De ses lèvres craquelées, couvertes de sang séché, un souffle presqu'imperceptible s'échappa.

"- Il est vivant... L'ami de Zeed Mithror est vivant!"
Une jeune fille qu'il ne reconnut pas avait pris la parole à cet instant. Son timbre était haut, mais sans être désagréable à l'oreille. De nouveau, les sons se firent ténus. Une autre voix, empreinte de respect, celle d'un homme, s'éleva avant qu'il ne sombre dans l'inconscience.
"- Vous l'avez ramen√© √† la vie, dame de Nor." La n√©cromancienne s'abstint de r√©pondre. Ses pouvoirs n'√©taient pas aussi grands que ce qu'elle voulait bien laisser croire, et m√™me H√©rault aurait eu du mal √† disputer l'√Ęme du serveur aux cr√©atures de la Porte des Morts. Des forces inimaginables √©taient √† l'oeuvre. Un miracle avait eu lieu.
"- Qu'a t'il dit?" demanda l'adolescente.
"- Je n'en suis pas sure. Il est très faible et complètement déshydraté. J'ai cru entendre... Quelque chose à propos de tristesse..."
"- Détruisez la pierre de tristesse. Ce sont ses mots. Détruisez la pierre de tristesse."

Par Diona Wallace MIP le 2/1/2003 à 22:36:31 (#2930756)

Il est vivant!!!!! :amour:

Par Dodgee MIP le 2/1/2003 à 22:56:40 (#2930899)

*distribue la suite*

Allez y, demandez l'interview exclusive du gala vivant! Demandez vite après il sera trop tard!

Par Leonard Narelis le 2/1/2003 à 23:06:24 (#2930962)

Tout simplement magnifique :sanglote:

Par Leched'culd'baron le 2/1/2003 à 23:25:17 (#2931081)

éh bè!

Par L'√Ęme de Zeed le 3/1/2003 √† 0:32:55 (#2931577)

Bon bah j'ai plus qu'à mettre le site à jour moi ;)

Viva Galaaaaaa :)

Par Conrad McLeod le 3/1/2003 à 0:36:21 (#2931615)

Pis en plus, ce post a fait resurgir un revenant.... normal, avec Retour à Trandling, en un sens...

Par L'√Ęme de Zeed le 3/1/2003 √† 0:44:42 (#2931659)

vi... si je me rappelle bien on a eu une petite contribution du plus ancien mort-vivant de Feyd tout de même... Attends.. j'me souviens plus d'son nom...

Ah ben Sans-nom qu'il s'app'lait.. :)

Retour à trandling : l'histoire des morts, des vivants... et des morts-vivants.

Par Elae le 3/1/2003 à 19:09:36 (#2937439)

J'ai devoré aujourd'hui tout le debut parce que je suis tombée par hasard dessus dans la chambre de flo...
:amour: J'adore :merci: et je vous remercie pour cette, euh, on peut parler d'épopée? quoi que ce soit, c'est superbement bien ecrit et captivant...
BRAVO!!!!!!!!!!! :)

Par L'√Ęme de Zeed le 3/1/2003 √† 20:14:04 (#2937986)

Hihi tout le début ? Tu as du courage parce qu'on doit justement en réécrire une partie ;) Y en a juste un p'tit bout réécrit sur le site du retour à trandling

Sinon ben merci :)

Puis pour que ma participation à ce post ne soit pas totalement floodesque, je vous annonce l'arrivée prochaine du 94... il est en post prod :D

Zeedouille, coagulé.

Par Conrad McLeod le 3/1/2003 à 20:55:32 (#2938297)

Provient du message de L'√Ęme de Zeed
je vous annonce l'arrivée prochaine du 94...
94 powaaaaa!!!
OOps, pardon. :mdr:

Par Mongole à batteries le 3/1/2003 à 21:16:31 (#2938417)

Provient du message de Conrad McLeod
94 powaaaaa!!!
OOps, pardon. :mdr:


:mdr: :mdr: 94 vous mets tous a 4 pattes!!

Sérieusement, j'me fais imprimer tous les épisodes pour mon prochain voyage de bus, ca aide a passer le temps quand on a plus rien a lire. Vive le Retour à Trandling !!

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