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Les Compagnons de l'Amitié [1]

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  12:50:57 (#2715958)

Voici l'histoire de mes joueurs, Guillaume le guerrier humain, Séréna la magicienne Elfe et Raptou le voleur Nain.
J'espère qu'elle vous plaiera !

PROLOGUE

Dissimulé dans lombre dune petite ruelle, un homme de taille et de musculature impressionnante parlait avec un nain. Le premier jouait nerveusement avec la garde de son épée, pendue à sa taille. Sa carrure mise à part, le pourpoint de cuir quil portait treillissait ses véritables activités. Lautre était muni de vêtements sombres daspect pratique, seule une petite hache était visible à sa ceinture. Ils épiaient les étals du marché installés dans lavenue adjacente. Il régnait dans limpasse où ils se cachaient, un cloaque obscur et nauséabond. Malgré latmosphère saturée et la crasse ambiante, ces deux quidams ne semblaient pas être le genre de larron qui rôdent habituellement dans ces bas-fonds. Perdus dans leur conciliabule, ils se donnaient un air mystérieux et comploteurs. Aucun des badauds ne leur adressait le moindre regard et daprès leur comportement, ce devait être ce quils cherchaient. La conversation portait semble-t-il sur un étal, dans la rue marchande adjacente. La foule, en cette belle matinée printanière, assaillait les étales plus sûrement dun raz-de-marée. Devant les colifichets et un vendeur plutôt bavard, une jeune elfe aux traits aussi fins que mystérieux, fixait les bijoux quon lui présentait De longs cheveux blonds savamment attachés par de fines lanières de cuir, des yeux clairs et intenses, une taille fine et élancée, lélégante jeune demoiselle avait de quoi faire tourner la tête. Tout en elle rappelait la grâce et la volupté.
Le nain se tourna vers son acolyte, extasié :
_ Guillaume, regarde la taille de sa bourse !
Dans un état second, celui-ci lui répondit évasivement :
_ Oui, oui , magnifique, je dirais mĂŞme Ă©blouissante !
_ Nest-ce pas ? Reprit le nain enthousiaste. Je nai jamais eu une pareille occasion.
Comme tiré dun profond sommeil, lhomme regarda successivement son ami puis létrange inconnue. Quelque chose clochait !
_ Tu as peut-être raison ! Mais elle ne doit pas être seule ! Les elfes ne viennent jamais seuls en ville. Et sils le font, leurs pouvoirs suffisent à les protéger. Dailleurs regarde, les elfes nont-ils pas les oreilles effilées dhabitude ? Cest une sorcière à nen pas douter !
_ Oui, tu as sûrement raison mais jai un plan qui ne peut pas rater !
Lincessante agitation de la rue commerçante couvrit leur départ. Rapides et silencieux, ils senfoncèrent dans lobscurité et refirent surface deux rues plus loin. Devant eux, un vieil homme, bouteille en main, était visiblement plus imbibé dalcool quun tonneau de bière. Les cheveux grisonnants, cette épave avachie dans les immondices navait que quelques hardes couvertes de crasse pour le protéger des intempéries heureusement peu fréquentes en cette saison. Le nain se campa devant livrogne et lapostropha, méprisant.
_ Tu veux gagner une pièce ?
Livrogne connaissait bien cette voix pour avoir souvent eut affaire au nain à qui elle appartenait. Les rares fois où il avait travaillé pour lui, il sétait fait rouler dans la farine. Les négociations, longues ou courtes finissaient toujours en sa défaveur. Mais aujourdhui, il navait bu quune bouteille ! Il allait peut-être pouvoir faire monter un peu les enchères.
_ Raptou, si tu me propose une pièce sest que tu va en gagner dix fois plus !
Ouvrant finalement les yeux, il posa sur le nouveau venu un regard déterminé, du moins autant quil le put. Derrière Raptou, un homme quil navait jamais vu, deux mètres pour cent kilos de muscles, le fixai dun air suspicieux.
_ Mais puisque tu as un nouvel associé, je me limiterais à deux
Comment cet ivrogne arrive-t-il même à aligner deux phrases, sinterrogea le dénommé Raptou ? Dhabitude il lui suffisait dannoncer son prix et après avoir écouté ses jérémiades pendant dix minutes, il était daccord. Mais il navait pas annoncé la couleur et encore une fois il aurait le dernier mot. Deux pièces pouvaient nen valoir pas beaucoup ! Lelfe devait avoir plusieurs pièces dor dans sa bourse et une seule dentre elle valait autant que cent de celle quil donnerait au pauvre bougre des pièces de cuivre.
_ Très bien ! Jaccepte, en souvenir des moments passés.
_Vrai ?
Cet empressement nétait pas coutumier de la personne. Et pourquoi les moments passés ? Voilà plus dun an quil ne lavait pas vu et une vingtaine quil le connaissait ! Ce petit nain était devenu rusé comme un renard.
_ Oui ! Souviens-toi, il y a vingt ans ! Javais droit Ă  plus de faveurs Ă  cette Ă©poque !
Raptou paru courroucé. Pendant quelques secondes, son regard se perdit dans les brumes du souvenir ; visiblement il avait souffert de ce temps. Puis il se donna un air sévère, sourd à toute négociation :
_ Alors ! Oui ou non ?
_ Bien sûr Le coup du vieux en manque de tendresse ?
_ Toujours !
Le dénommé Guillaume méditait encore les paroles des anciens associés quand il perçut la réponse du vieil homme. Resté silencieux derrière son ami, il prit la parole :
_ On ne lui fera pas de mal ? Hein !
_ Bien sûr que non ! Tu va juste lui faire boire quelques verres
_ Très bien, alors allons-y !
Le vieil homme sinfiltra dans la foule en titubant et en brayant des chansons paillardes. Guillaume et Raptou suivaient, quelques mètres en retrait. Arrivé au niveau de lelfe, lhomme simmobilisa comme à larrêt. Il fit profiter la belle de son haleine chargée dalcool bon marché :
_ Bien le bonjour, mamselle ! Vous me paraissez bien seule dans cette jungle hostile. Un peu de compagnie ?
Horrifiée par lapparence de lhumain qui lui faisait face, lelfe se sentit défaillir. Elle se contrôla à temps pour ne pas laisser paraître sa faiblesse. Habillée dune robe de soie blanche au buste provocant, elle se maudit davoir été aussi négligente avec sa tenue.
Mais au milieu de son peuple de telles précautions étaient inutiles ! Ah les humains !
Elle allait partir quand soudain, lalcoolique furieux dêtre ainsi ignoré, lui attrapa le poignet Faisant face, le regard venimeux, lelfe commença à psalmodier un sort.
A ce moment, Guillaume intervint. Dune chiquenaude il repoussa limpertinent.
Perturbée dans son sort, lelfe dut rompre sa concentration. En un instant, plusieurs sentiments se bousculèrent dans son esprit. Devait-elle être reconnaissante furieuse avoir peur ? Un homme de six pieds de haut lui faisait face ; les cheveux et les yeux noirs, un charme fou se dégageait de cette masse de muscle.
Finalement, larrogance de sa race lemporta sur son attirance :
_ Merci et adieux !
Une nouvelle fois, elle se fit attraper par le bras La rage sourdait de ses dents serrées, elle fixait lhomme avec la froideur dun bloc de glace et sortit discrètement un peu de souffre de sa poche.
_ Doucement ! Chuchota un nain, sinterposant.
Ses yeux verts ressortaient de son teint mat et de ses cheveux noirs. Lelfe remarqua surtout la hache qui pendait à sa ceinture. Elle avait apprit à redouter les nains, ils étaient perfides et poussés à lextrême dans lart de la guerre.
_ Lâchez-moi ou faites face aux conséquences ! Se surprit-elle à crier.
La jeune magicienne se demandait comment les quelques flammèches que produirait son sort repousseraient ses malandrins. Jai grand besoin dexpérience, se morigéna-t-elle. Comment puis-je me défendre avec les petits tours que jarrive à faire ?
Comme en réponse à ses pensées, Raptou lui expliqua de sa voix la plus douce :
_ Nous ne vous voulons aucun mal. Nous avons vu cet homme vous malmener alors, nous voulions vous aider. Je vous présente Guillaume. Il sait bien manier lépée et il sest spécialisé dans laide des jeunes femmes en détresse. Quant à moi, je me nomme Raptou, je suis serrurier. Il y a longtemps que nous ne nous sommes pas vus et nous allions fêter nos retrouvailles. Nous feriez-vous lhonneur de nous accompagner ?
_ Heu ! Oui Je mappelle Séréna.
Bizarrement, la jeune elfe se sentait plus en sécurité auprès deux. La folle agitation de cette ville humaine la mettait mal à laise. Toujours pressés, avides dor et de pouvoir, les hommes sont dangereux et les nains aussi !

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  12:54:36 (#2715990)

Se frayant un chemin parmi la foule, ils prirent la direction de la première taverne en vue. Cette progression relevait de lexploit, tant les rues étaient boudées à cette heure de la journée. Parmi les acheteurs potentiels ont pouvait remarquer de nobles quidams sur leur monture aussi étincelantes que leurs habits dapparat couleur feu, des familles de petites-gens menant leur chariot rempli on ne sait par quel miracle de dizaines de barils de vin du sud ou encore des demi-orques fendant la foule de leur imposante masse en charriant deux ou trois sacs de grain de cent livres chacun au bas-mot. On distinguait aussi un groupe de nains des montagnes, riant aux éclats dès quun imprudent ne savait éviter leurs lourdes haches dacier, posées sur leurs épaules à la manière des soldats, assommant le pauvre ère. Ils avaient beau être dune tête ou deux de moins que les humains, personne nosait troubler leurs moqueries.
Les évitant avec soin, trois elfes évoluaient avec une rapidité déconcertante au sein de la masse des passants. A en croire leurs habits et leurs armes, même dissimulées sous leurs étoffes, les lames se remarquaient il y avait un guerrier, maître-lame sûrement un sorcier et un prêtre le symbole quil portait au cou étant celui de Corellion Larethien, le dieu le plus puissant du panthéon des elfes. Ces trois là étaient bien capable de mettre au tapis les quinze nains avec leurs lourdes haches et leurs mailles de mithril, mais les elfes sont ainsi et quand ils peuvent éviter une altercation, ils le font.
La proportion dhumains dans la cité ne devait pas excéder six sur dix, moins de quatre dans les bas-fonds.
Finalement, se faufilant entre une compagnie de jeunes jouvencelles papotant auprès de létal dun bijoutier ; tout en passant le voleur remarqua que les deux tiers de la marchandise ne valait pas le dixième du prix auquel le marchand réussirait à la vendre à ces pauvres demoiselles.
Raptou, Guillaume et Séréna prirent place autour dune table encore humide et odorante de bière du Havre Chantant. Au goût de lelfe, les dizaines de conversations de létablissement se confondaient en un brouhaha assourdissant. Dune ouïe exceptionnellement fine, les elfes affectionnent les trilles des oiseaux et le ruissellement de leau, claire et cristalline, sur les rochers moussus des ruisseaux forestiers. La clameur environnante lui faisait leffet dune armée de tambours martelant ses tympans à lunisson. Dune discrète incantation, elle soulagea ses oreilles, juste assez pour suivre une conversation.
Séréna se surpris davoir suivit ces deux inconnus dans ce lieu, lun deux étant un nain qui plus est ! Comment sétait-elle fait embobiner ? Cent fois, elle aurait pu leur fausser compagnie sans quils sen rendent compte, elle avait vu des elfes dorés passer, des émissaires de la reine avait-elle remarqué. Elle aurait pu leur demander assistance, les elfes de lune comme elle, nétaient pas en bon terme avec les elfes dorés mais Amlaruil souveraine dEternelle Rencontre, le dernier bastion des elfes dans les Royaumes nétait-elle pas une elfe de lune elle aussi. De toute manière, les elfes ne laissaient jamais un de leur frère dans le besoin.
Pendant quelle y consacrait ses pensées, elle entendit ses gardes du corps commander à boire. De la bière, bien entendu ! Constata-t-elle.
_ Et pour vous senquit le nain, dune voix Ă©trangement douce.
Un tel ton sonnait faux dans la bouche dun nain. Elle sefforça de paraître convaincu de ses bonnes intentions et demanda un Elequist une liqueur au goût très fin, particulièrement appréciée des elfes ; les autres races la trouvant trop fade puis elle replongea dans ses pensées.
Comment allait-elle se sortir de ce guĂŞpier ? Mais le voulait-elle seulement ? Elle se surpris Ă  penser que non. CĂ©tait excitant !
Elle cherchait à appréhender le dénommé Guillaume. Il sétait lancé dans un récit effréné de ses exploits, épée au poing. Elle acquiesçait poliment du chef pour faire semblant de suivre la conversation, mais son esprit était à cent lieux de là.
Elle percevait les conversations environnantes comme un bruit de fond, lointain, presque semblable à la berceuse naturelle du ressac. Elle voyait bouger les lèvres comme dans un film muet sauf quaucun sous-titre nétait disponible.
Lhomme, comprit-elle nétait point à craindre. Malgré ces deux mètres et sa masse musculaire à faire pâlir un culturiste, il nen avait pas moins un cur ! Et son regard lui disait quelle lavait conquit. Il luttait contre ce sentiment semble-t-il et sa conversation, semblant tout dabord intarissable, était entrecoupée de légères hésitations. Lorsquelle souriait plus que de raison ou bougeait la tête écartant ses cheveux aux reflets dor de sa peau bronzée et de la naissance de ces seins au-dessus du décolleté de soie blanche de sa robe.
De lattirance ou de lamour ? Elle ne pouvait le dire, mais quelque chose lattirait chez cet homme ; plus que son visage ou son corps, dieux quil Ă©tait beau ! Il devait ĂŞtre plus quune grosse brute sans cervelle aux ordres du nain qui laccompagnait. Celui-ci ne lui inspirait dailleurs aucune confiance !

Plus Raptou regardait lelfe et moins il laimait, elle avait ce regard froid et calculateur des sorcières. Sétait-elle lancé un sort pour paraître aussi belle ? Probable. Il haïssait les mages, ces êtres reniaient les dieux et jouaient avec les énergies vitales. Les éléments étaient leurs meilleures armes ! Ils lançaient des boules de flammes qui vous liquéfiaient en quelques secondes, un rictus de pure haine au coin des lèvres.
Et ces elfes ! Damnés soient-ils ! Noirs, gris ou dorés, tous les mêmes ! Arrogants, insouciants, à chanter et à danser dans leurs forêts !
Pour le moment, il jouait la comédie et il la jouait bien. Ou du moins il espérait que son sourire ne perdrait pas de son éclat à cause de sa haine des elfes.
En y réfléchissant bien, il ne pensait pas à mal de cette elfe. Quelque chose lattirait en elle, le poussant à laisser son animosité pour sa race de côté. Cela avait-il un rapport avec ses oreilles, si humaine ou était-ce encore leur satanée magie elfique !
Il Ă©coutait distraitement les fables de son ami maintes fois entendues se contentant dacquiescer quand il sadressait Ă  lui.
Plus le temps passait et moins il voulait mettre son plan à exécution. Il ne pouvait se résoudre à la laisser toute seule, sans un sou, dans cette cité. Elle ne tiendrait pas une nuit. Il lavait bien étudié et ses pouvoirs semblaient limités, presque inexistants une apprentie sans aucun doute. Elle avait rompu avec ses frères, sûrement à cause de ses oreilles ! Sinon, elle aurait profité du passage des elfes dorés dans la grand rue pour leur fausser compagnie. Il avait veillé presque malgré lui à paraître distrait à ce moment là.
Sa beauté était insolente, pour sûr, qui sait sur qui elle pourrait tomber la prochaine fois ! Ny tenant plus, il coupa son compagnon au milieu dun de ses nombreux exploits, où, seul contre dix, il réussissait à sauver un enfant maltraité par des esclavagistes.
_ Mademoiselle, dit-il tout à trac, vous êtes en danger seule dans cette ville. Jai remarqué combien vos pouvoirs étaient limités et comme vous le savez, vos charmes ne passent pas inaperçus. Laissez-nous vous guider et vous protéger tant que vous naurez pas atteint votre but.
Au fond delle-même Séréna nattendait que ça ! Mais montrer trop de précipitation nétait pas dans son intérêt. Elle prit donc le temps de la réflexion tout en soutenant le regard de son vis à vis.
_ Jaccepte, finit-elle par dire, dun ton qui suggérer la légitimité de cette demande. Mais sachez le, vous ne connaissez pas mes véritables capacités et je pourrais vous surprendre !
_ Je nen doute pas ! Mais je sais reconnaître une apprentie quand jen vois une. Et même si votre formation touche à sa fin, vous navez pas lexpérience requise pour courir sans risque les rues de cette cité.
Ses paroles firent mouche et lelfe se tint coite, fixant ses nouveaux gardes du corps avec suspicion... et un zeste de crainte.

Guillaume, qui se réjouissait du tournant quavait pris la situation il répugnait à voler une si jolie jeune elfe et sétait résolu à y renoncer leva son verre pour un toast. Raptou le regardait bizarrement aussi regarda-t-il son verre ; Constatant quil était vide, il rougit jusquà la racine des cheveux, et appela la serveuse...
Raptou qui trouvait finalement cette sorcière plutôt intéressante chercha à en savoir plus. Il ne voyait quune raison pour quelle fut ainsi livrée à elle-même. Elle avait quitté Ysel une cité elfique perdue dans les Montagnes du Couchant, à lest pour suivre lenseignement de Garel, un archimage elfe qui vivait dans la cité. Sa tour, dans le quartier des nobles, état la construction la plus extravagante à plus de cent lieux à la ronde et pourtant, la région connaissait des artistes des plus... bizarres.
_ Cherchez-vous lenseignement de Garel ? Demanda-t-il pendant que les verres Ă©taient remplis.
Ce nom résonna dans les oreilles de Séréna comme une insulte. Cet elfe de lune avait renié ses frères pour la magie humaine, plus simple à appréhender. Il avait rejoint cette cité il a de çà trois ou quatre siècles une broutille pour les elfes qui avait toujours autant de haine pour ce traître et il était fortement conseillé de léviter.
_ Non, fit-elle glaciale, ses sentiments faisant surface. Je... suis en pèlerinage...
_ Et bien soit ! Conclu Guillaume surprenant tout le monde. Nous vous suivrons dans votre voyage. Il y a bien longtemps que je cherche Ă  quitter cette ville... si...
_ Humaine ! Dit alors Séréna avec dégoût.
_ Heu ! Ce nest pas tout à fait ce que jallais dire, reprit-il un peu gêné.
Réalisant son embarra, lelfe se sentit désolé pour lui et essaya de se rattraper tant bien que mal :
_ Non, je... ne parlais pas pour vous...
_ Ne vous en faites pas, les hommes sont ainsi quils peuvent être les pires et les meilleurs ! Mais les réunir napporte pas toujours du bon, car la mauvaise herbe a tendance à sétendre vite et à pousser là où on attendait les plus belles plantes.
Je le savais, pensa Séréna, cet homme est tout sauf un imbécile, cest pour ça quil mattire tant.
Raptou semblait occupé par autre chose que les divergences philosophiques de son ami. Depuis deux minutes, il avait le regard dans le vague, la tête penchée en arrière. Guillaume linterpella doucement, interrogatif. Nayant aucune réaction de sa part il lui donna une légère tape dans le dos qui le projeta sur la table manquant renverser sa chope.
_ Eh ! Sécria-t-il consterné mais non en colère. Je técoutais, fit-il se massant lépaule. Mais...
Sa voix devint soudain un murmure et il sétait penché en avant pour se rapprocher de son auditoire.
_ La conversation dà côté était plus intéressante, dit-il mystérieux. Connaissez-vous un certain Tycrhin, continua-t-il, avec le sourire de quelquun qui connaît un secret et samuse à en faire tarder la mise à jour.
_ Et bien cet homme est en fait un seigneur. Il possède des terres à lest dici. Et il a aussi un trésor à en faire pâlir un dragon ! Il paraît quil exploite les quelques paysans qui sont à son service.
Perdus à ses lèvres depuis quil avait dit trésor, Guillaume et Séréna le fixaient, un éclair de convoitise dans les yeux.
_ Votre pèlerinage passe-t-il par ces régions ? Demanda Raptou, presque sûr de la réponse.
Largent nintéressait pas Séréna outre mesure mais lArt nom donné à lutilisation de la toile, lénergie magie omniprésente demandait dimportantes ressources, quelle ne possédait pas. De plus, les meilleurs enchanteurs parcouraient le monde en quête de nouveaux sortilèges et tout trésor qui se respecte, contient un ou deux anciens manuscrits, perles rares dans le domaine de la magie. Et le nain navait-il pas parlé de paysans exploités par le dit seigneur ? Si son cur avait à redire à ce pillage, voilà qui y remédierait.
_ Oui, non loin, fut sa réponse. Mais un petit détour nest pas exclu !
Elle leur sourit et comme un seul homme, ils se levèrent, brandissant leurs chopes et crièrent en chur :
« A la Richesse et à la Gloire »
Leur enthousiasme fut vite douché par une centaine de regards avides braqués sur eux. Il nen fallait pas plus pour les persuader de lheure... un peu trop tardive. Ils posèrent leur dût sur la table ; juste là point pour ne pas paraître trop riche. Peine perdue ; lElequist fit sortir une jolie pièce dor de la bourse de lelfe. A nen pas douter, ils avaient leur réputation.
Raptou leur fit signe de se presser. En quelques secondes ils furent dehors, sentant dans leur dos une foultitude de regards, pour le moins inquisiteurs.
Le guerrier leur désigna lenseigne dune auberge, quelques maisons plus haut. Le soleil était déjà bas dans le ciel. A vu dil, il devait être six ou sept heures. Le temps passe vite quand on discute autour dune bonne boisson. Les ombres sétendaient dans les rues de la cité, bientôt les cris des marchands séteindraient. Pourtant le silence nexistait pas par ici ! De tout côté on entendait les rumeurs des auberges et des tavernes, joyeuses et bien arrosées. De temps en temps, un cri de terreur déchirait la nuit, preuve de toutes les atrocités perpétuées sous le couvert de Shar déesse de lobscurité insondable et de la perte.
Du coin de lil, Raptou vit sortir deux ivrognes derrières eux. Il sut vite que cétait eux qui les intéressaient.
_ Séréna, chuchota-t-il, lui faisant un signe imperceptible. As-tu un tour, du genre impressionnant ? Dun mouvement de la pupille il désigna les deux soiffards qui sétaient assis devant la taverne, une bouteille à la main et un il sur eux.
La magicienne lui rendit son regard, espiègle. Elle fourragea dans une petite besace de cuir à sa ceinture et en sortit une petite luciole quelle prit dans ses mains jointes. Elle ferma les yeux et sembla souffler dans ses mains. Raptou comprit quelle psalmodiait un sort.
Derrière lui, il vit les indésirables se recouvrir de lumières vives, telles autant de petites lucioles multicolores. Une voix doutre-tombe résonnait faiblement alentour :
« Appréciez en ce moment, le baisé de Shar qui sétend ! »
Le visage déformé par la terreur, les deux hommes partirent comme des dératés, manquant sécrouler plusieurs fois sur les pavés, laissant derrière eux leurs bouteilles à peine entamées.
Prit de fou rire, Raptou les regarda détaller comme si la faucheuse était sur leurs talons. Il donna une tape dans le dos de lelfe, étouffant un dernier rire :
_ Ah ! Ça ma plait, peut-être nous entendrons-nous, finalement.
_ Peut-être ! Lâcha-t-elle dans un souffle. Peut-être.

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  12:57:05 (#2716008)

Ils remontèrent lentement la rue. Les derniers marchands pliaient leurs étals sous les yeux vigilants de leurs gardes, la main sur le pommeau de lépée. Les rares clients qui restaient nétaient pas ceux qui avaient le plus de moyens...
Lauberge savéra être la Licorne du Sud. Lenseigne en fer forgé, représentait lanimal légendaire. Son oeil, taillé dans un morceau de verre émettait une faible lueur. Elle rappelait vaguement la lune qui éclaire légèrement le ciel au travers des lambeaux de brume matinaux.
_ Une lumière éternelle, remarqua Séréna, vos mages connaissent aussi ce sort ?
_ Bien sûr ! Quand un commerçant a quelque sous, il se paie ce petit luxe. Celui-ci nétait pas bien riche ! Jai vu des monuments entiers éclairés de cette manière.
Lelfe voulait bien le croire, dans sa cité la nuit venue, toutes les rues silluminaient par ce moyen.

Lintérieur de lauberge contredisait le sieur Raptou. De lourdes tables de chêne, un bar cuivré, un éclairage des lus recherché et plus encore les vêtements de soie des clients, la note promettait dêtre salée.
A cette vue, Séréna compris le picotement caractéristique de la magie quelle avait ressentit en entrant. Lil nétait pas seulement un éclairage mais aussi un système de surveillance et même sûrement de sécurité ! Elle se garda bien den faire part au nain. Vu le regard quil avait porté à la Licorne le même quil avait eut lorsquelle avait lancé le sort contre les alcooliques il ne devait pas vraiment apprécier la magie quoi quil en dise.

Daccortes serveuses leur apportèrent le dîner pendant quils discutaient. Le voyage quils voulaient entreprendre navait rien dune partie de plaisir. Et le danger quils voulaient affronter leur remémorait les légendes et les ont-dits qui peuplaient leur mémoire. Les héros de ces aventures, elfes, nain ou humain, terrassaient des dragons, des armées dorques ou de puissants sorciers. Qui dans les Royaumes ne pouvait se vanter davoir assisté à ces combats épiques ?
Une semaine plus tôt, deux mages sétaient affrontés dans les cieux, à plusieurs dizaines de mètres au dessus des toits de la cité. Le spectacle était impressionnant, tant de puissance destructrice entre les mains dirresponsables, capables de mettre en danger la vie de centaines de personnes uniquement par fierté.
« Une explosion, des flammes rugissent, les vitres les plus proches sont soufflées ! Le thaumaturge, prit au milieu des fumées engendrées par lexplosion nen a cure, il lance un éclair qui crépite. Bleu-blanc, les arcs électriques rebondissent sur un mur invisible et se dissipent un peu plus loin. Un rayon dénergie fend lair ; le premier mage plonge en piquet et lévite de justesse. Une épaisse fumée lentoure bientôt, un nuage blanc se forme et flotte à quelques mètres à peine des plus hautes maisons. Lautre mage, resté plus haut, fouille dans une sacoche accrochée à sa ceinture, il porte une large robe rouge sang qui flotte comme un étendard derrière lui. Soudain une rafale de vent se lève, dissipant lentement la fumée. Mais le thaumaturge ny est pas, du moins il nest pas visible. Un silence de mort règne dans la rue, les fenêtres sont closes, la place du marché est déserte les étals des marchands sont restés seuls, la moitié de la marchandise renversée dans la précipitation du départ. Tous attendent la fin de la tempête en espérant quaucun feu ou explosion ne quittera le ciel... Un murmure résonne dans les airs, des carreaux enflammés sont projetés. Ils sifflent, plusieurs rebondissent comme léclair mais le dernier passe, le mage rugit de douleur, il dessine à la hâte détranges arabesques dans les airs. Les carreaux renvoyés ont disparus aussi vite quils avaient vu le jour. Lair miroite entre les deux adversaires. Mais qui peut savoir en réalité où se trouve le mage invisible. Ah ! Il vient de passer la zone chatoyante, il réapparaît. Lautre disparaît à son tour ! Non ! Il est plus haut maintenant, un point rouge, loin dans le ciel. Il est apparu face au soleil de façon à ce quil soit impossible de la fixer. Une pluie de boules dénergie fond sur le mage à la cape bleue celui qui sétait rendu invisible. Toutes heurtent une sphère, qui apparaît une seconde, parcourue de centaines de petits éclairs. Les énergies se dissipent, la sphère disparaît. Même du sol on peut deviner le sourire de lhomme, sûr de lui, décidé à détruire son adversaire. Il sort diverses poudres dune besace et incante, lentement afin de savourer sa victoire.
Le mage à la robe rouge a semble-t-il compris ce que va tenter son adversaire, il incante à son tour aussi vite quil le peu et termine en premier. Deux horribles créatures un croisement entre une chauve-souris et un lion apparaissent aux côtés du mage. Imperturbable, celui-ci ne cille même pas quand ils fondent sur lui, toutes griffes dehors, un affreux rictus de haine sur leur face. A quelques centimètres, alors quelles déploient leurs ailes pour mieux le lacérer de leurs puissantes griffes noires, suintants quelque terrifiant poison, elles se heurtent à un mur invisible, se consument en une seconde et disparaissent dans un affreux cri dhorreur.
Le mage à la cape bleue a terminé dincanter. Sur une cinquantaine de mètres autour de son adversaire, lair sembrase. Un immense brasier flambe sans combustible, la chaleur est perceptible cent mètres plus bas. On entend hurler le supplicier. Il apparaît à la base du nuage de flamme, il est en feu. Il frappe, désespéré, un mur de force translucide qui entoure les flammes. Dun peu plus près, les spectateurs aurait pu voir son corps se liquéfier sous lintense chaleur. Pendant une minute encore, les os apparaissant sous la peau carbonisée, lhomme se débat, puis sécroule, tas de chair sanguinolente et noire... »
_ Quelle horrible fin, murmura Séréna ! Personne ne mérite davoir une mort aussi atroce.
Mais au fond delle-même elle savait quelle serait amenée à ôter la vie, de cette manière ou bien pire encore.
Quand Raptou et Guillaume montrèrent leur accord à sa remarque dun signe de tête entendu, elle se sentit mal à laise, comme si elle cherchait à se mentir à elle-même. Connaissait-elle seulement un mage qui navait jamais tué ? Mais ce nest pas la mort de cet homme qui leffrayait autant. Le récit de ce combat dune précision impressionnante, Raptou avait dût assister à ce combat lui avait montré ses faiblesses. Si elle avait bien compté, quinze sorts au moins avaient été lancés pendant le combat. Un seul était à sa portée, la pluie de boules dénergie, à la différence quune seule était projetée par ses soins elle navait pas la concentration nécessaire, pas encore.
Etait-elle assez forte pour entreprendre ce voyage ? Elle nétait encore quune apprentie ! Son mentor lui-même possédait à peine assez dexpérience pour affronter le mage dont les derniers instants lui avait été contés.
Il ne lui avait jamais traversé lesprit quelle puisse avoir à protéger sa vie par le sang. Navez-t-elle pas mis en déroute ces deux traîne-misère tout à lheure ? Mais elle venait de répondre à sa question. Des alcooliques, de pauvres ères sans le sou ! Oh oui ! Ceux-là elle pouvait les effrayer ! Et quen était-il des orques ou des hommes prêts à tout, comme ce mage à la cape bleue ? Elle avait presque envie de renoncer tout dun coup.
A ce moment, Guillaume prit la parole :
_ Je te remercie Raptou pour cette histoire tout à fait affreuse, mais riche en enseignement à nen pas douter ! La mienne, je la tiens de mon père, qui la tenait du sien... Son origine se perd dans la mémoire des anciens.
« Dans la lointaine contrée des Vaux, aux temps glorieux de Mith Drannor, un demi-elfe, ou un impur comme vous les appelez il porta un regard lourd de reproches à Séréna a fait résonner son nom parmi les communautés humaines

La lassitude monta lentement avec les heures de récits et un peu après lheure où les jours se succèdent, ils allèrent se coucher. Les lits de la Licorne du Sud aux draps propres et à la senteur de lavande avaient le chic de vous bercer dans votre sommeil. Aussi sendormirent-ils vite, Séréna dans une chambre, ces partenaires dans une autre les deux ayant été payées par lelfe bien entendu. Ce repos fut le plus doux quils eurent avant longtemps !

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  13:04:08 (#2716070)

VoilĂ  le prologue, la suite est Ă©crite ou en court d'Ă©criture ou remaniement ! En attendant vous pouvez poster vos impressions, vos conseils !
Attention, ceci n'est pas un Rôle Play mais une histoire plus ou moins déjà écrite dans ma tête...

D'ici quelques jours, le chapitre I...

Par Frohnir le 5/12/2002 Ă  13:44:24 (#2716401)

Jolie plume, j'aime beaucoup.

Par Sano Rong le 5/12/2002 Ă  17:34:25 (#2718221)

pareil beau très beau

je vais bientĂ´t mettre la mienne des histoires

Chapitre I : Arrivée à la seigneurie !

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  17:44:48 (#2718349)

Parce qu'il serait domage d'attendre...

Ils partirent le lendemain, dans laprès-midi. Dès potron-minet, Séréna avait parcouru les marchés, dépensant ses dernières pièces dor pour préparer leur route. Sen était suivit, dinterminables heures de marchandage avec des interlocuteurs chevronnés. Elle avait prit des vivres surtout mais aussi une toile de tente ou encore un briquet et de lamadou.
Raptou avait lui aussi arpenté les rues encombrées de la cité. Mais ses courses furent toutes différentes.
Dans la foule, il nest pas rare de se faire bousculer par un nain un peu pressé, un grognement sourd séchappant de sa barbe pour seule excuse. Il est alors déconseillé den demander plus, car il est de la nervosité des nains comme de lappétit des dragons, on évite de la susciter.
Quant à celui-ci, moins hargneux que ces congénères ? Peut-être ? Mais allez leur dire aux nobles quidams bousculés par cette brute. Le principal est finalement que le poids de leurs bourses ne leur manque pas au point daffronter la légendaire hargne des nains. Parmi ceux-ci, rares sont aussi habiles pour subtiliser les pesantes propriétés des riches marchands. Plaçant leur voyage en priorité, il sétait limité à quelques pièces, de quoi parer aux inconvénients des longs trajets.
Quant à son ami, il se contenta de faire quelques passes darmes dans les sous-sols dune taverne des docks. Si le prix de la défaite est la mort, lavantage monétaire est assez conséquent pour en assurer la pérennité. Il y a toujours des adeptes pour ce genre de combats ; « sanglants sûrement, mais divertissant, pour sûr ! »

Quand ils sétaient donnés rendez-vous, pour le zénith, à la Lanterne Sourde une petite taverne du Quartier Marchand ils doutaient de jamais sy retrouver. Mais tous répondirent à lappel. Et sans plus attendre, après un rapide coup dil à ses compagnons de route histoire de deviner sils étaient toujours prêts à se lancer dans laventure ils traversèrent lavenue principale, noire de monde à cette heure de la journée. Celle-ci passait sous larche de la Porte de la Lumière. Les pierres de nacre sculptées dune multitude de symboles ancestraux irradiaient une lueur bleutée, diffuse, témoignant de lomniprésence de la magie dans les royaumes. Ce phénomène était luvre des prêtres de Séluné, la déesse de la Lune. Dans mille ans encore, la douceur de son éclat nimberait les restes du prestigieux monument.
Les gardes, occupés à contrôler la marchandise dun négociant en vin Aquafondais une immense cité du nord ne firent pas attention à eux. Pourtant, une telle compagnie aurait de quoi intriguer. Les nains et les elfes ont des différents qui les opposent depuis plusieurs générations ; Et cest peu dire, les uns atteignant deux à trois siècles, les autres, dépassant le millénaire. Quant à Guillaume, un humain - mercenaire à en juger par sa lame et son surcot de mailles il nétait pas rare de les voir sassocier avec dautres races.
Certains frayaient avec les orques ces répugnantes créatures à la face porcine. On parlait même dentente avec des elfes noirs, la plus malveillante des races que Toril ait portées en son sein. Cest aussi la race qui maîtrise le mieux les arts du combat et de la sorcellerie. Il est dautant plus étonnant de les voir en compagnie dhumains, car dans leur puissance, ils haïssent et combattent toutes autres créatures intelligentes. Celles quils ne tuent pas, ils les réduisent en esclavage.

Sous les remparts de la cité, les moins chanceux avaient planté la tente ou dressé deux ou trois planches, en attendant que le seigneur de la cité sémeuve de leur condition et les laisse rejoindre les rues pavées des quartiers bourgeois ; un rêve irréalisable à en croire Raptou. Il nétait pas rare que des rats ou des loups-garous viennent la nuit y chercher leur repas. Dans lombre, des cris dhorreur résonnaient hommes, femmes ou enfants déchirant le silence de la nuit avec le futile espoir quon vienne leur porter secoure. Tous se cachaient sous les toiles priant pour que leur heure nait pas sonné. Les gardes nosaient bouger. Aucun naurait prit la responsabilité douvrir les portes. Ils ne restaient guère longtemps à ce poste, les supplications des victimes hantant leurs rêves et chassant à jamais la moindre envie de fermer les yeux.
Plus loin, une large route menait à travers les collines après plusieurs jours de marche jusquaux citées portuaires du royaume. Tout au long de la journée, les caravanes de marchands se succédaient aux portes de la ville et Raptou du se faire violence pour ne pas profiter de laubaine. Ce nétait pas le moment de se faire prendre ; dans ce labyrinthe de toiles, tout le monde épiait les voyageurs. Le nain avait entendu dire que les voleurs étaient attachés et offerts en pâture aux métamorphes. Les bêtes laissaient ensuite les miséreux tranquilles pour cette nuit là. Le seigneur de la citée avait ordonné à ses gardes de fermer les yeux sur ces pratiques.

La jeune elfe avait pris la tête, dun pas léger elle laissait échapper sa joie davoir enfin quitté lenfer de cette cité humaine. Marcher sur la terre et non dans la fange nauséabonde des rues surpeuplées, sentir le parfum de lherbe et des fleurs après le pandémonium dodeurs quelle avait enduré. Pour son odorat sensible, les parfums capiteux des demoiselles de la noblesse lagressaient autant que lhaleine pestilentielle des alcooliques qui cuvaient leur bière, affalés dans la boue des ruelles sombres. Une ombre avait quitté son cur, elle recommençait à vivre.
Rapidement distancés, Raptou et Guillaume évoquaient deux escargots tentant de rattraper un rossignol chantant. Ce nétait point dût à leur chargement car le nain ne devait pas porter plus de dix kilos et son ami, malgré ses trente kilos de tente, aurait pu en porter deux ou trois fois plus sans sourciller. Non ! Les elfes suivent leur cur et à son égal, Séréna avait le pied léger. Raptou jugea quelle devait tenir les sept ou huit kilomètres à lheure.
Cette journée put se résumer aux attentes de lelfe. Lorsque, atteignant le sommet dune colline, elle risquait de les perdre de vue ou quelle remarquait un phénomène digne dintérêts et ils étaient légion. Elle fixait, curieuse et émerveillée, les oiseaux lançant leurs trilles à la face azurée du ciel.
Le soir venu ils avaient les pieds en feu, parcourir les rues toute la journée ne les avait pas préparés à une longue journée de marche. Même Séréna avait ralentit lallure au fur et à mesure de leur progression. Et ce nétait que le premier jour. En cette saison le soleil, généreux en chaleur, les gratifiait de sa lumière jusque tard dans la soirée. Daprès Raptou, ils avaient dût parcourir une quinzaine de kilomètres, gardant le soleil dans le dos. Une bonne moyenne sachant quil était partit à la mi-journée. Il ne pensait pas quils puissent tenir le rythme et doubler la distance parcourue le lendemain, mais il espérait bien être aux portes de la seigneurie le jour suivant.
Perdu comme il était dans ses réflexions, il ne vit pas Séréna se glisser subrepticement derrière lui. Elle portait un long pantalon de lin et une chemise de cuir qui mettait en valeur ses formes généreuses. Guillaume, qui entassait des brindilles pour allumer le feu, la fixait intensément, son regard trahissant son attirance. Il samusait de voir avec quelle facilité le voleur quil avait vu réagir au son dune arbalète à une centaine de mètres se faisait abuser par cette jeune elfe sans expérience. Pourtant, pas un souffle, pas un crissement de sable sous ses pieds nus, en cet instant elle avait tout dun spectre flottant à quelques centimètres du sol.
Séréna était à cet instant à quelques centimètres du visage pensif du nain, son souffle pouvant la trahir à tout moment.
_ FATIGUE ? Cria-t-elle, retenant un Ă©clat de rire.
Elle simmobilisa, une lame sous la gorge.
_Ne refait jamais çà ! Grogna son propriétaire. Ou tes dieux taccueilleront plus tôt que prévu.
Lelfe déglutit avec peine, la peur la tétanisait. Un cheveu de plus et son sang maculerait le sol. Comment avait-elle pu croire un instant quelle pourrait sentendre avec un nain ? Elle rêvait maintenant de ne jamais avoir quitté ses parents, sa cité. Quelle pouvait être sotte !
De son côté Guillaume entraîné à lart du combat avait vu ce qui sétait passé, mais en restait bouche bée. Son ami avait sursauté, de manière imperceptible certes, mais cela signifiait quil avait été surpris. Au même instant, par pur réflexe, il avait effectué une torsion du poignet, projetant une dague dissimulée dans sa main et lavait porté à la gorge de son ennemi.
Il avait été prit par surprise, dans la cité se laisser surprendre ainsi, signifiait être tué ! Quelque part, le guerrier comprenait le geste du voleur, il aurait fait la même chose sil avait passé vingt-cinq années dans ce coupe-gorge quest la cité.
Séréna regarda Guillaume, suppliante et au bord des larmes, mais celui-ci savait quintervenir ne ferait quaggraver les choses et il renvoya le regard de lelfe à son ami. Raptou le vit et se détendit. Il se sentait stupide. Comment avait-il pu menacer une femme ? Une elfe, bien sûr ! Mais une femme quand même ! Il aurait voulut se perdre en plates excuses, mais sa fierté len empêcha. Il remit lentement la lame au fourreau puis séloigna sans un regard pour lelfe qui nosait plus bouger, hagarde, son visage exprimant un mélange de peur et de colère.
Et ben ! Le voyage promet dêtre long ! Murmura Guillaume qui finit par obtenir des étincelles de son briquet et en profita pour bouter le feu aux herbes sèches.
Finalement, ils mangèrent chacun de son côté, se tournant le dos. A les voir ainsi, on eut dit deux enfants qui boudaient dans leur coin. Les bras croisés, les dents serrées, la scène avait de quoi faire sourire. Pour Guillaume qui avait fait la cuisine et devait maintenant faire le service, ces gamineries lui portaient sur les nerfs. Il dût aussi faire la vaisselle et monter la tente à la lueur du feu mourrant personne navait daigné lalimenter. Quand il eut finit son repas, Raptou quitta le camp, sa hache et une couverture sur lépaule. Lorsque le guerrier linterrogea du regard, il répondit dans sa barbe :
_ Jvais monter la garde.
Séréna de son côté, sétait assise en tailleur, elle avait les yeux fermé et respirait la sérénité. Guillaume savait quelle ne dormait pas ou plutôt pas vraiment. Cest une demi-elfe, une fille de joie quil avait rencontré lannée précédente juste avant Raptou qui lui avait expliqué. Cétait la fille la plus belle quil ait jamais vu du moins avant quil rencontre cette mystérieuse magicienne. Elle sappelait Linhy, fille dun marchand elfe mort cinq ans plus tôt pour une affaire de gros sous et dune prostituée terrassée par une infection à la naissance de sa fille. Selon elle, les elfes sadonnaient à la Rêverie, une sorte de long rêve éveillé où ils peuvent se ressourcer au plus profond de leur être. Un moyen dêtre en paix avec soi-même et avec son cur.
Après mille ans dexistence, lui avait-elle expliqué, les souvenirs sont aussi indispensables que dangereux.
Il navait pas très bien compris ce quelle avait voulu dire par-là, mais selon lui, seuls des créatures dune espérance de vie aussi élevée pouvaient le comprendre. Quel âge avait-elle ? Cent, deux cents ans ? Elle devait connaître plus de choses quil nen apprendrait jamais dans sa misérable vie. Il avait fêté son dix-huitième anniversaire quelques mois auparavant, dans une auberge médiocre, avec Raptou pour seule compagnie. Comment pouvait-il croire quune si magnifique créature, dont les premières rides apparaîtraient un millénaire après sa mort, pourrait sintéresser à lui ? Une chose était sûre pourtant, il la protégerait, jusquà son dernier souffle il la protègerait !

Comme lavait prévu Raptou, ils arrivèrent deux jours plus tard aux portes de la seigneurie. Voilà comment elle se présente, selon leurs souvenirs : Elle est encaissée dans une vallée des Montagnes Eternelles, à environ cinquante kilomètres de la capitale. En haut de la vallée, les ruisseaux qui descendent des montagnes forment un petit marais qui occupe la moitié supérieure du val, on le nomme Gobloys car des gobelins y ont élu domicile. Un seul chemin traverse le marais et monte par des sentiers de montagne parmi rocs et précipices, pour atteindre le sommet de la chaîne environnante. Une légende dit quun phénix y apparaît les nuits dorage... A part le marais, la vallée compte un petit village à son extrémité sud-ouest, abritant de pauvres paysans qui nont que leur misère à récolter. Un long sentier part au Nord, longeant les marais, pour mener aux pieds des montagnes. On y trouve un vieux moulin qui tourne encore les jours de grand vent. Le village est aussi relié par une grande voie carrossable, au château du sieur Tycrhin ; une forteresse sur un pic de granit, au sud-est du marais. Ainsi placé, le seigneur peut surveiller une bonne partie des marais, mais aussi apercevoir le village, tout en profitant dun panorama sur la forêt de Clayrvoie. Cette large et profonde forêt occupe toute la partie centrale de la vallée, du marais au nord, jusquaux collines Immaculées au sud, qui font office de frontière à la seigneurie.
Le chemin par lequel sont arrivés Guillaume et ses compagnons traverse les collines et contourne la forêt pour rejoindre, par lest le château ou par louest le village. Au-delà du chemin, de part et dautre du bois et jusquaux montagnes éternelles, une lande dherbe grasse ondule au vent comme une mer secouée par une douce brise. Nos amis arrivèrent finalement aux confins des collines Immaculées. Les montées et descentes, monotones et épuisantes le long de cette infinité de verdure, avaient fini par lasser Raptou, qui ne sétait jamais sentit aussi nostalgique davoir quitté ses montagnes. Mais les monts qui se dressèrent à lhorizon, les pics couverts de neige blanche et pure, lui redonnèrent le moral. Ce fut tout le contraire pour guillaume qui avait toujours vécu dans les plaines et qui avait les montagnes en horreur, avant même dy avoir grimpé. Quant à Séréna, elle découvrait son environnement, heureuse de tout nouvel horizon, cherchant à découvrir toutes les beautés cachées de la nature. Bien sûr ses parents lui avaient raconté maintes et maintes histoires sur les chevaux sauvages, libres comme le vent, courant dans les herbages infinis. Ou encore, les puissants aigles des montagnes, volant haut dans le ciel et scrutant au loin les minuscules formes des hommes qui courent sur la terre... Mais les voir lui procurait une source de bien être quelle ne pouvait simaginer, même dans les mots de sa mère. Ainsi sarrêtèrent-ils, à quelques pas dune large barrière, dressée en travers du chemin. Un étrange spectacle soffrit à leurs yeux. Devant eux, partant de part et dautre du chemin, une haute haie de pics de bois barrait le passage à quiconque voulait entrer, ou qui sait, peut être aussi sortir de la seigneurie. Les pieux étaient posés dune telle manière que personne ne pouvait avancer, grand ou petit sans sempaler sur les pics, soigneusement taillés et pointés vers le ciel. Au-delà, ils ne pouvaient voir que par louverture de la barrière et seule la plaine sy profilait. À côté du passage, un garde en cotte de maille était couché. Il avait son casque posé par terre auprès dune large arbalète et dune lance de métal blanc. Il sommeillait, et sil ny avait eut les tintements de larmure de Guillaume, lavancé des trois amis ne lui aurait pas été signalée... Quand ils furent à quelques mètres de lui, il se releva dun bond. Le regard encore embué et la voix rauque, il aboya : « Halte là, on ne passe pas ! Ordre de Tycrhin ! ». Après laspect de la frontière, nos amis ne furent pas trop surpris par cette réaction ; Mais ils lavaient prévu et comme convenu, Guillaume savança. La main sur le pommeau de son épée, il parla solennellement, comme sil fut un crieur sur la voie publique : « Voici la très noble dame, Christine de Guillencourt, elle a été attaquée non loin, par des bandits. Ils ont pris toutes ses possessions, seul notre maîtresse, son page, et son garde du corps moi-même avons réussi à fuir. Ma dame cherche assistance auprès de votre seigneur et maître, le très respecté sieur Tycrhin ». Puis aussi vite quil avait commencé, Guillaume sarrêta, et recula dun pas au niveau de Séréna qui avait du mal à se retenir de rire. Raptou derrière la jeune elfe avait plus de facilité à cacher son hilarité. Pourtant, tout ce manège impressionna le garde, qui visiblement, ne sentendait pas trop dans les règles de maintient de la noblesse. Et ce fut tant mieux, car bien que portant le costume, Guillaume nétait pas ce quon pouvait appeler un acteur. Avec tout le respect que le garde su trouver, il sexcusa de ne pouvoir accompagner la dame au château mais décrivit précisément le chemin à suivre : « Cette route continue sur un ou deux kilomètres et rejoint la forêt de Clayrvoie, puis elle se sépare en deux, louest mène au village et lest au château. Vous en avez pour quelques heures de marche. Mais si vous voulez attendre la fin de mon service, à la tombé de la nuit, je vous y conduirais moi-même ». A cette dernière phrase, Séréna se dépêcha de prétexter une peur de la nuit pour ne pas avoir un soldat dans les pattes... Puis elle le remercia à la manière dont son père lui avait appris, comme parlaient les rois humains. Alors la voie fut libre et jusquà être hors de vue, ils marchèrent lentement, Séréna pesant ses pas, qui auraient paru bien trop félins, pour une humaine. Bien que ses oreilles fussent, contrairement à ses frères de race, identique à celles des humains ce qui lui valu de nombreuses insultes de la part de ses anciens camarades de jeu elle devait ressemblait le plus possible à une humaine.
Enfin libérés dun tel fardeau, tous se décontractèrent, éclatant de rire au premier regard croisé. Guillaume paru sen offusquer mais il suivit bientôt ses compagnons dans leurs rires. Ils continuèrent à avancer lentement, simitant les uns les autres pendant quelques temps, oubliant presque pourquoi ils étaient là. Puis, le soleil déclinant déjà à louest, ils pressèrent le pas. Après une petite demi-heure, ils atteignirent la lisière de la forêt. Elle était claire, au soleil elle ressemblait à un bosquet darbre, comme on en trouve au milieu des grandes plaines. On pouvait voir des écureuils sauter de branche en branche ou entendre les oiseaux chanter une douce mélodie, racontant leurs histoires à qui voulait bien les entendre. Sils nétaient pas aussi pressés, Séréna aurait bien prit quelques jours pour apprivoiser ces moineaux et chercher à les comprendre, puis à leur parler. Effaçant vite cette idée de sa tête, elle regarda les deux chemins. Ses amis la regardèrent et sans mots dire, ils furent daccord. Il nétait pas question de rejoindre le château sans avoir reconnu les lieux ; lhistoire de la haute dame avait marché une fois devant un jeune soldat inexpérimenté mais sils étaient menés devant le seigneur, ce serait une autre paire de manche. Se faire loger au château aurait été un bon moyen de rechercher le trésor, mais cétait trop dangereux. Puis ils pensèrent aux geôles de la forteresse, elles devaient être humides et sales, remplies de rats et de blattes. Revenant à la réalité, ils partirent à louest, la forêt sur leur droite et une large plaine à gauche.
Lair était frais en ce mois davril et des nuages passèrent dans le ciel, couvrant le sol de leur ombre. Séréna agrafa son manteau sur sa robe de soie blanche. Pour une fois, pendant les quelques heures de marche quils passèrent sans parler, Séréna ne rêva pas du monde infini dans lequel elle errait, ni de la nature qui lentourait. Mais elle eut de sombres pensées sur sa mort possible, sur les dangers qui guetteraient à chaque pas les aventuriers et sur ses nouveaux amis quelle craignait de perdre.

Chapitre II : Une bien étrange réception

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  18:54:52 (#2718997)

Ils marchèrent ainsi pendant presque deux heures sans rencontrer âme qui vive. Ce nétait que mieux car ils appréhendaient leur prochaine rencontre, qui sait ce sur quoi ils pouvaient tomber. Cette pensée les préoccupa longuement et chaque pas semblait les rapprocher dune mort certaine. Ce nétait plus un jeu dans leur jardin mais une véritable histoire où une erreur pouvait être fatale. Le poids des responsabilités se faisait de plus en plus sentir à chaque pas. Et bientôt ce quils craignaient arriva.
Au détour de quelques arbres, la forme allongée dun chariot se révéla. Deux hommes en armes se tenaient debout à son côté et un autre était assis sur une souche. Les premiers étaient vêtus à la manière du garde de la barrière. La lance faisait place à une longue épée, portée à la ceinture par un fourreau de cuir, décoré des armoiries du seigneur. Quant à celui qui se tenait assis, ce devait être un homme riche, car ses habits étaient de soie. De nombreuses bagues brillaient à ses doigts comme autant de lumière, dans lombre des grands arbres. A leur arrivée les gardes les fixèrent suspicieux, une main anxieuse auprès de la lame. Le troisième se leva calmement et prononça quelques paroles pour rasséréner ses gardes du corps. Il se tourna vers les nouveaux venus et ouvrit grand les bras, comme sil eut voulu les y serrer. Il parla en commun et entama une longue série de politesses relatives aux races humaine et naine que représentaient les trois compagnons. Tout se faisant, il les dévisageait poliment. Ils en furent heureux et Séréna compris vite quil devait sagir dun marchand. Elle se demanda si elle pouvait révéler sa véritable nature. Finalement, cet homme devait être suffisamment cultivé pour accepter la race elfique, il venait de donner à Raptou une sensation dimportance quil navait pas connu depuis fort longtemps. Elle se risqua donc à rectifier auprès du marchand :
_ Vous nous honorer mon cher monsieur. Voici Raptou, le nain le plus habile que je connaisse. Cet homme que vous voyez à mes côtés se nomme Guillaume, il sait manier larc ou lépée et nous protège de ses talents. Quant à moi, je suis Séréna, enchanteresse elfe de la citée de
A peine eut-elle fini sa phrase que le visage du marchand passa de létonnement à la colère puis à la rage. Il recula vivement derrière son chariot et cria à ses gardes de semparer de cette traîtresse elfique. Séréna soffusqua et chercha à sexpliquer. Elle se réfugia tout de même à labri du guerrier et du voleur qui portèrent la main à leurs armes... Pendant quelques passes, ils se contentèrent de parer adroitement les coups, tout en cherchant à prouver leur innocence. Mais les gardes sentêtaient dans leur folie et le marchand ne fournit aucune explication. Finalement Guillaume fut touché par le fer, et le sang coula. Loin dêtre réduit à limpuissance, il força la cadence. Il obligea ses assaillants à se défendre au prix de nombreux efforts, les acculant dangereusement vers le chariot. Raptou entra alors en scène avec sa vieille hache et donna des coups vicieux aux jambes. En quelques minutes les gardes gisaient là, morts pour de bon. Séréna quant à elle, sétait rapproché du marchand. Il paraissait maintenant aussi apeuré quun enfant devant la main dressée de son père...
_Quavons-nous fait ? Demanda encore la magicienne dans un dernier appel.
_Vous nêtes que des voleurs, des démons qui ne connaissent que le goût du sang ! Cria-t-il comme sil cherchait à appeler quelquun à son secours.
Puis il frappa sur larrière train de son cheval qui cabra et partit au triple galop vers la plaine. Il essaya désespérément de sy accrocher mais il ne réussi quà tomber dans lherbe, la tête en avant et le reste du corps par-dessus. Remplit dincompréhension, Séréna savança lentement pendant quil se relevait, péniblement. Lorsquil la vu se rapprocher de lui, il fit une horrible grimace et mis la main devant son visage, comme sil eu été face à un monstre hideux. Mais comme elle ne manifestait aucune agressivité, il reprit une position plus descente. Il se dirigea vers le chariot, contournant lelfe à distance respectable. Arrivé au niveau des roues, il sortit une fiole de sa poche et la leva dun air de défi. Le soleil couchant filtrait à travers le liquide incandescent émettant une faible aura rouge autour du récipient. A ce moment il cria :
_Vous naurez rien de moi, démone ! Comme pour se répondre, il lança la fiole dans le bric-à-brac entassé dans le chariot. Une explosion retentit, projetant des morceaux de fer, de verre ou de bois à des mètres à la ronde ; le feu vint finir le travail. Séréna, Guillaume et Raptou furent projetés en arrière par le souffle.
Guillaume se releva le premier en jurant ses grands dieux. Il découvrit le marchand, couché à deux pas des restes du chariot. Daprès sa position, il en déduit quil était mort ou il le plaint si ce nétait pas le cas. Après sêtre assuré de la santé de ses compagnons, il se rapprocha et eu lhorrible vision dun corps à demi brûlé, les os du visage à nu.
_Mais quelles terribles histoires circulent sur les elfes pour quun homme soit ainsi prêt à détruire ses possessions et sa vie ? Se lamenta Séréna, détournant les yeux du cadavre.
_Je ne sais pas ! Je nai jamais rien vu de tel, répondis calmement Raptou. Mais je conseille que tu caches le plus possible tes origines, ma chère.
_Du moins jusquà ce quon découvre ce quil se trame ici, renchéri Guillaume.
Il fixait son confrère, pour lui faire remarquer la dureté de ses paroles.
_Ne ten fais pas trop, continua le voleur, nous pouvons peut-être récupérer le cheval...
_Tu es vraiment impayable, lança le guerrier pour détendre latmosphère.
Comprenant à peine ce qui venait de leur arriver, les trois compagnons prirent la piste du cheval et marchèrent vers le soleil couchant, scrutant lhorizon à la recherche de la silhouette de léquidé.

*
* *

Ils continuèrent à marcher jusquà ce que le soleil disparaisse derrière les hautes montagnes à lhorizon. Au fur et à mesure quils avançaient, les ombres sétendaient sur la plaine, et lanxiété les gagnait. Lidée que les elfes pouvaient être autant craint les emplissaient deffroi plus sûrement que ne laurait fait une armée de trolls. Ils ressassèrent ainsi ses pensées quand Séréna sarrêta. Elle fixait la ligne verte des hautes herbes qui commençaient à se couvrir de gouttelettes dhumidité. Elle finit par signaler à ses compagnons quun cercle de pierres levées était visible au loin. Guillaume et Raptou eurent beau écarquiller les yeux, avec lobscurité qui limiterait bientôt leur vue à vingt mètres au plus, ils ne distinguaient rien du tout.
_Peut ĂŞtre pouvons nous nous y reposer cette nuit, dit soudain Raptou.
_Au milieu dun cromlech, tu veux rire ou quoi, cest là que reposent les anciennes puissances des royaumes ! Dormir près dune telle entité, quelle soit bonne ou mauvaise ne me dit rien du tout, répondit sèchement Guillaume.
_Pourquoi pas ? Finit par dire Séréna, après ce que jai vu aujourdhui, je serais prête à dormir dans lantre dun dragon, pour peu que je sois abrité du vent et de lhumidité qui règne ici.
_Compte pas sur moi pour veiller sur toi, ma grande, sortit le guerrier sans aucune conviction.
_Alors sest réglé, conclu adroitement Séréna.
Les trois amis sapprochèrent du cercle en silence. Ils observèrent longuement les lieux avant dy pénétrer.
Cétait un large cercle de pierres de granit, elles mesuraient jusquà trois mètres, et aucune ne manquait. Daprès ce quils virent, le cromlech ne devait pas dater de plus de cinq ou six cent ans. Malheureusement, aucune inscription ne venait infirmer ou confirmer leurs déductions. Bizarrement, le sol au centre du cercle était dépourvu dherbe. Sur la terre, claire et molle, une poussière noire couvrait toute la surface. Au centre de ceci il y avait une pierre, plus grosse encore que les autres. Elle était couchée et rappelait une table, bien que même guillaume neut pu y manger sans se tenir debout. Rompant un silence pesant dappréhension, Séréna savança au milieu du cercle et posa son sac à dos contre la pierre centrale.
_ Quattendez-vous ? Demanda-t-elle dun air moqueur.
_Quune main squelettique te tire sous terre, répondit Guillaume avec tout le sérieux quil put trouver.
La nuit se passa sans ennui daucune sorte. Raptou donna lieu à un concert de ronflement à lui tout seul ; Comme si les pierres cherchaient à jouer avec lécho de sa respiration ! Séréna de son côté, sadonna tant bien que mal à la rêverie quotidienne des elfes. Guillaume quant à lui ne ferma pas lil, et il resta à veiller toute la nuit, se retournant vivement dès quun coup de vent faisait chanter la vaste étendu dherbe de la plaine environnante. Au levé du soleil, Guillaume fut gagné par le sommeil. Séréna eu beaucoup de mal à empêcher Raptou de le réveiller pour lui expliquer ce quil pensait de son attitude. Pendant les premières heures de la journée, la magicienne passa son temps le nez dans son grimoire et le voleur affûta sa hache qui sétait ébréché sur larmure des gardes.
Vers la fin de la matinée, le soleil incliné au-dessus des montagnes de la large vallée, tombait droit sur les pages de Séréna. Elle avait du mal à lire à cause des reflets ; elle tenta de faire le tour de la pierre centrale. Cest alors quelle aperçut un point brillant dans la terre, juste sous la table. Elle laissa ses sorts et se rapprocha de léclair de lumière. Elle nen cru pas ses yeux : de lor, cest de lor qui dépassait de la terre ! Elle entreprit de le dégager, bientôt rejoint par son compagnon. Quelle ne fut pas leur surprise quand le morceau dor se révéla être plus long ! Il était sculpté de nombre runes et visages dune précision qui surpris même Raptou. Quand ils eurent fini de déterrer lobjet, Séréna le brandit au soleil. Une lueur vert émeraude baigna les environs, reflet des rayons du soleil sur une gemme grosse comme le poing, trônant sur un bâton dor de quarante centimètres de long.
_Cest magnifique, fini par dire lenchanteresse, cherchant comment qualifier cette étrange lueur. N'as-tu jamais vu pareille merveille demanda-t-elle à Raptou qui navait pas quitté le sceptre du regard. Ce doit être magique, continua-t-elle.
Puis comme pour illustrer ses propos elle chercha à déchiffrer les runes du manche. Elle parcourut les formes quelques temps sans reconnaître aucune lettre quelle ne connut. Finalement elle vit deux syllabes quelle avait déjà vues dans de vieux livre, au fin fond de la bibliothèque de ses parents.
_Oui, ces mots doivent se dire, gor ! du !
A ces mots, le joyau sembla capter la lumière du soleil pendant un quart de seconde, puis un éclair vert pulsa, les aveuglant tous deux. Lorsque Séréna rouvrit les yeux, Raptou fuyait en dehors du cercle, criant comme sil était poursuivit par un monstre. Guillaume choisit ce moment pour se réveiller en sursaut.
_Quoi ! Nous sommes attaqués ! Les femmes et les enfants dabord ! Aux armes !
Il finit par se calmer, Séréna lui expliquant en quelques mots ce qui sétait passé. Guillaume courut rejoindre Raptou, criant à lelfe :
_ Tu vois ce que je tavais dit !
Séréna rangea le sceptre dans son sac à dos et entrepris de traîner ceux de ses compagnons pour les rejoindre. Déjà, ils étaient petits parmi les hautes herbes. Elle cria pour les appeler puis fini par sasseoir dans lherbe, se maudissant davoir découvert cet objet. Elle réfléchit aux mots quelle avait prononcés : Gor, et du. Si elle avait bonne mémoire, il sagissait de Sindarin, un langage elfique très ancien. Le premier devait vouloir dire horreur ou terreur et le second, ombre ou nuit. Elle devait avoir réveillé quelque magie ancienne qui servait à effrayer les personnes assemblées autour du propriétaire du sceptre. Jespère que Guillaume rattrapera Raptou, pensa-t-elle, que je suis sotte, jamais je naurais dut dire ses mots à voix haute. Et comme elle cherchait des explications au phénomène, ses amis revinrent, les yeux pleins de rancur.
_Je nen savais rien, dit-elle pour se défendre. Comment pouvais-je deviner les pouvoirs de ce sceptre ?
Pour toute réponse ils intensifièrent leur regard. Séréna se sentit tout dun coup bien seule et regretta davoir quitté sa citée. Au visage piteux de lenchanteresse, Raptou et Guillaume éclatèrent de rire et sexcusèrent. Mais Raptou demanda quelle le prévienne la prochaine fois quelle utiliserait un tel objet. Elle le jura et leur tendit leur sac à dos, demandant ce quils pouvaient bien pouvoir faire maintenant. Guillaume lui expliqua quils avaient vu le cheval vers le nord et quen quelques minutes ils pourraient être auprès de lui pour tenter de lattraper. Séréna acquiesça mais demanda que ce soit elle qui en ait le privilège.
_Accordé, lui répondit le voleur qui avait toujours craint les chevaux.

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* *

Ainsi repartirent-ils en direction du nord, laissant le cromlech derrière eux. Tandis quils avançaient parmi les herbes vertes, ils parlèrent de choses et dautres cherchant à effacer les souvenirs de la veille. Au zénith, ils parvinrent à quelques mètres du cheval. Séréna posa son sac et sen approcha lentement, sarrêtant pendant plusieurs minutes quand lanimal semblait préoccupé par sa présence. Elle entonnait un air doux et apaisant qui charma ses compagnons et rassura la bête. Finalement, elle passa ses bras autour de lencolure et caressa la tête par des gestes longs et calmes. Aussitôt Guillaume sapprocha, félicitant lelfe de sa prouesse. Mais un rayon de lumière se refléta sur la lame du guerrier et le cheval fut comme fou, il cabra, manquant de peu décraser la jeune magicienne et partit comme une flèche vers les montagnes. Se relevant péniblement, Séréna cria après Guillaume :
_Mais quas-tu fais pour que cet animal te craigne autant ?
_Rien du tout, il me semble que cest ma lame qui la effrayé, répondit-il pour se défendre.
_Guillaume a raison, reprit Raptou, jai bien vu la réaction de cette bête, lorsque le soleil sest reflété dans sa lame.
_Ses anciens propriétaires devaient le battre mest avis, renchérit le guerrier.
_Tous ceci est fort intéressant, mais quallons nous faire maintenant mes amis ? Interrogea Séréna.
Après délibération, ils décidèrent de poursuivre le cheval, il les mènerait bien quelque part et même sûrement dans un endroit où il se sentait en sécurité. Ils partirent donc dans la direction prise par le cheval. Leurs pensées étaient accaparées par le souvenir de leur premier contact avec les habitants de la seigneurie. Quallait-il pouvoir se passer sils rencontraient un groupe de paysans, un prêtre ou encore un corps de garde... Tout se bousculait dans leurs esprits. Lair frais porté par le vent, sengouffra dans leurs cheveux et le calme revint doucement dans leur esprit. Le soleil brillait au-dessus deux et une odeur de nature renouvelée emplissait latmosphère, forçant à la sérénité. Les heures pendant lesquelles ils avancèrent leur parurent durer des siècles. A chaque pas ils se rapprochaient davantage des montagnes et bientôt son pied fut à lhorizon. Séréna demanda à ses compagnons darrêter ; là-bas, dans la roche, lentrée dune caverne linquiétait. Après un instant, elle finit par montrer du doigt une masse noire qui dépassait de lherbe, non loin de la grotte.
_Quoi ? Que nous montres-tu ? Demanda Raptou, la main protégeant ses yeux de lintensité lumineuse. Je ne vois rien que des ombres et de lherbe...
_Il y a là une grande créature, de deux ou trois mètres je dirais. Elle est proche du cheval et se tient immobile. Daprès mes connaissances, je dirais quil sagit dun ogre ou dun jeune géant. Mais ce qui est le plus bizarre, cest quil semble vouloir apprivoiser le cheval, expliqua lenchanteresse.
_Si tes yeux ne peuvent te tromper, poursuivit Guillaume, sest quil cherche là un bon repas ! Que suggérez-vous que nous fassions ?
_Allons lui parler, proposa Séréna.
_Coupons-lui la tête, continua Raptou, le plus sérieusement du monde.
Ils leur parut clair quils devaient aller à la rencontre de la créature, même si chacun avait sa propre raison.
Lorsquils furent à portée de voix, les compagnons sarrêtèrent. Logre ne semblait pas soccuper deux et il tenait maintenant lencolure de lanimal le flattant de caresses.
_Seigneur ogre ! Risqua Séréna.
Linterpellation lui parvint puisquil tourna la tête vers les nouveaux venus. Il beugla quelques paroles dans son langage guttural. Séréna tenta alors de parler en commun, mais lexpression de leur interlocuteur marquait seulement de lincompréhension. Finalement après le nain et le kobold elle tenta une forme grossière de gobelinoïde, un langage roque, principalement former de claquements de langue et de grognements :
_Nous venons en amis, traduisit-elle pour ses amis.
Logre répondit aussitôt avec les mêmes moyens. Raptou et Guillaume furent vite perdu, et même avec les grimaces de leur amie, ils ne parvinrent à suivre la conversation. Le nain mal à laise devant un ennemi de sa race tapotait nerveusement le manche de sa hache. Finalement, Séréna se tourna vers eux, un grand sourire sur son visage. Elle demanda à ses compagnons de la suivre avec logre dans sa grotte. A lair retissant de ses amis elle consentit à des explications :
_Il se nomme Goldur, il vit dans cette caverne depuis plus de cinquante ans et naspire quĂ  la paix.
_Ouais ! Et moi je suis Dumathoïn, le Gardien des Secrets Sous la Montagne, reprit le nain dun air de mépris. Il attend que nous entrions dans sa caverne pour appeler ses copains et ils nous tomberont dessus par derrière.
_Mais, répondit Séréna presque colérique ! Puisque je te dis quil vit seul, quil est en paix avec les habitants de la seigneurie et que la seule raison pour laquelle il veut attraper ce cheval, cest pour le ramener à son propriétaire !
_Cest ce quil ta dit... enchaîna Raptou toujours sur la défensive.
_Tu ne changeras donc jamais, le coupa Séréna, il sait pourquoi ces hommes ont réagit violemment hier. Viens avec moi et il nous expliquera la folie qui sétait emparée deux. Et puis que tu viennes ou pas, jirais de toute façon...
_Et bien nous te protégerons malgré ta folie, finit calmement Guillaume.
La grotte dans laquelle ils entrèrent était large et lintérieur était magnifiquement travaillé. De longues journées de travail minutieux avaient du être nécessaire pour obtenir des murs et un plafond aussi lisses. Contrairement à ce que les compagnons sattendaient, une odeur de fleurs fraîchement coupées envahit leurs poumons. La salle contenait une table de chêne, deux chaises à la taille de Goldur et un grand lit dherbes sèches. Il les invita à sasseoir sur le lit et pris place sur une chaise. Aussitôt il repris la conversation avec Séréna, qui traduisit au fur et à mesure des paroles :
_Vous êtes chez moi. Voilà quelques temps que je suis arrivé ici. Comme vous me voyais là, je suis sur ma cent vingt cinquième année. Avant que je minstalle dans cette vallée, jétais en compagnie dun puissant mage. Il avait ôté tout ce qui faisait de moi un être agressif et mavait apprit à vivre en communauté. Malheureusement il neut pas le temps de menseigner sa langue car il fut tué lors dun combat avec un autre thaumaturge. Jessayais de le sauver à mes risques et périls mais je fut capturé. Je servis desclave pendant quelques temps mais je fut libéré par un grand guerrier nain du nom de Roïn. Nous mîmes longtemps à nous supporter mais finalement, dans chaque combat, hache et massue firent des ravages dans les rangs ennemis. A mon plus grand chagrin, Roïn succomba dans un rude combat face à un sorcier. Je réussis à tuer lhomme mais je vins trop tard pour secourir mon ami. Ses derniers mots me demandaient de remettre sa hache à un nain que je jugerais digne et de renoncer à la violence... Cette promesse je lai tenu dans sa plus grande partie ; mais je nai pas encore trouvé de nain capable de maîtriser cette arme.
Il montra alors une magnifique hache dargent, pendue au mur. Elle brillait à la lueur des torches ; Son manche décoré de nombreuses runes portait une lame au tranchant vif et au profil fin. Lensemble paraissait incroyablement léger et solide. Raptou comme sous le charme porta un regard presque suppliant à Goldur, celui-ci lui répondit dun geste de la tête. La main tremblante, le voleur sempara de la hache et fit quelques moulinets.
_ LĂ©quilibre est parfait ! Dit-il contemplant la merveilleuse lame dans ses mains.
Alors Goldur se leva et parla à Séréna qui sempressa de traduire à son ami :
_Lance la hache sur la bûche là-bas, expliqua-t-elle en désignant un morceau de bois de lautre côté de la pièce.
_Elle est bien trop petite, protesta Raptou Ă©valuant la distance du tir quon lui demandait deffectuer.
Il devait y avoir vingt mètres et la bûche ne devait pas faire plus de dix centimètres de diamètre. Au regard insistant de logre, Raptou sexécuta. La hache vola dans les airs, en une trajectoire rectiligne et vint briser la bûche en deux, tombant bruyamment au sol. Le voleur fit mine daller la chercher espérant ne pas lavoir endommagé. Mais Goldur len empêcha et dit quelques mots à Séréna. Ne comprenant visiblement pas le sens de ce quon venait de lui dire, la magicienne répéta mot pour mot à Raptou :
_ Concentre-toi sur la hache !
Linterpellé obéit et construisit lentement limage mentale de la hache dans son esprit. Soudain, celle-ci fit demi-tour et revint vivement dans les mains de son lanceur. Un sourire sur les lèvres, Goldur se redressa, une lueur profonde dans les yeux. Séréna reconnu la lumière du devoir accomplit, un sentiment fort quelle navait pas observé depuis longtemps. Raptou sapprêta à rendre la hache dun air résigné, mais Goldur lui fit signe de la garder.
_Jamais vous nauriez pu me faire meilleur cadeau, murmura le voleur, je ne dirais plus du mal des ogres et je jure solennellement de prendre soin de cette arme comme si mon dieu men eu fait don !
Avant même-que Séréna lui traduise, logre répondit comme sil eut toujours parlé la langue des nains :
_ Jen suis sûr, Raptou fils de Balin, roi sous la montagne.
Puis comme par enchantement, Goldur disparut sous les regards éberlués des trois compagnons.
_Peut-être était-ce vraiment un dieu que nous avons vu là Raptou, finit par dire Séréna.
_Je ne sais pas, lui répondit-il franchement. En tout cas, jai là la meilleure hache que ma famille ai été donnée de porter. Cest là un honneur bien grand pour un jeune nain comme moi !
_Nous ne sommes vraiment pas au bout de nos surprises dans cette aventure, dit le guerrier qui avait assisté à la scène comme on observe une pièce de théâtre.
_Vivement quon continu, cria alors Raptou brandissant bien haut sa nouvelle hache.

Chapitre III : Le village

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  23:04:59 (#2720816)

Comme le soleil se couchait, ils dormirent dans la grotte, profitant du lit de paille. Au réveil, Guillaume se rendit compte quil avait roulé sur le sol de la caverne. Raptou regardait le soleil levant par lentrée et Séréna était encore plongée dans sa rêverie. Il la réveilla doucement et ils sortirent à la lumière matinale. Rien navait changé depuis leur dernier passage ; si Raptou navait pas sa nouvelle hache, étincelant comme un miroir à sa ceinture, ils auraient pu croire avoir rêvé les dernières vingt quatre heures. Ils marchèrent toute la matinée le soleil face à eux, pour enfin arriver à la forêt et au chemin qui la suivait.
_OĂą sommes-nous par rapport au chariot du marchand, demanda Guillaume ?
_Nous devons être plus au nord, répondit aussitôt Séréna, nous navons cessé de nous y diriger ses derniers temps et je ne reconnais pas lalignement des arbres.
_Tu veux dire que tu te souviens exactement de tous les bois que nous avons déjà suivis ! Sétonna Raptou.
_Et bien oui ! Continuons donc Ă  avancer, nous devons rejoindre le village avant que la faim ne nous fasse mourir sur place !
Ils marchèrent pendant deux heures avant de percevoir lagitation caractéristique dun village humain. Les rires des enfants qui courent dans la rue, le marteau du forgeron qui frappe en rythme le fer chaud ou encore les rumeurs dune dispute dans une taverne ; tous ce qui fait de la vie en communauté quelque chose de pas si ennuyeux. Les sons saccompagnèrent bientôt de la vue. Au détour dun virage, un clocher se dessina au travers des branches qui penchaient sur la route et répandaient une ombre rafraîchissante sur les passants. Puis la fumée de la forge apparue à son tour. Tantôt blanche comme la neige, tantôt rouge comme les flammes de lenfer. Des étincelles accompagnaient les volutes multicolores à chaque coup de marteau. Les trois amis se firent accueillir par les regards insistants des badauds. Avec lil de linquisiteur, ils cherchaient ce qui pouvait amener trois étrangers dans leur petit village tranquille. Séréna ne fut guère surprise mais elle sentit langoisse monter à mesure quelle avançait au milieu de tout ce monde. Ses amis suivant de près ses pas, elle les entraîna tout au long de la rue principale. Le village nétait pas bien grand : Le plus au sud, la forge côtoyait un patté de vieilles maisons, presque en ruine. De lautre côté de la rue, quelques échoppes affichaient dans leur devanture des produits de première nécessité. En remontant, on trouvait une auberge ; son enseigne en fer forgé représentait une chope de bière et portait le nom de Lysolye. Juste en face, une grande façade toute de pierres de taille portaient, sur ses deux étages, des dizaines de vitres aux carreaux colorés. Ce devait être la demeure dun riche marchand ou dun noble. Sinon, le village ne comportait rien de plus remarquable que son temple, dédié visiblement à Ilmater, le dieu de lendurance et de la persévérance. Séréna rentra directement à lauberge, ne voulant pas sattarder dans la rue. On pouvait y voir une large foule de curieux, rassemblé à distance raisonnable des nouveaux venus.
Lintérieur de lauberge était plutôt médiocre. Sur la gauche en entrant, un bar de chêne massif formait un demi-cercle. Le plafond était très bas et Guillaume le touchait presque. Dans le reste de la salle on pouvait apercevoir une dizaine de tables branlantes autour desquelles deux ou trois personnes - des paysans à leurs vêtements et surtout leur odeur - finissaient leur bière. Au fond, Séréna remarqua quatre gardes, qui à force bruits faisaient une partie de poker. Les compagnons sassirent au bar et demandèrent ce qui était disponible. Un homme de forte stature, la mine austère et une large balafre sur la joue, leur désigna un panneau accroché au pilier central visiblement il naimait pas les étrangers. Raptou regarda les inscriptions gravées dune main maladroite, puis rejoignit ses amis. Tous prirent la bière la moins chère ; à un moment ils se demandèrent ce qui pouvait bien y avoir dans leurs verres. Ils allaient repartir lair sombre, quand une magnifique jeune femme aux yeux clairs passa dans la salle pour parler à laubergiste. Elle avait le visage fin, une peau douce et satinée mais ses mains trahissaient ses véritables activités. Séréna tendit loreille et perçu des brides de conversations tandis queux-mêmes sétaient rassis autour de la table.
_Jai fini la vaisselle et la lessive papa,... sont ces gens ?
_... ailleurs,... marchand !
_...peut leur parler ? ...
_Non ! Va dans ta chambre !
Au même moment, les compagnons furent hélés par les joueurs de poker. Il semblait que lun des leurs y avait perdu sa chemise.
_ Venez jouer dirent-ils en coeur ! Lun dentre vous risquera bien une ou deux pièces ?
Raptou tenté, réfléchit à lenjeu, puis se lança. Avant de prendre place autour de la table circulaire, il demanda quelques pièces dargent à Guillaume et sinstalla à sa place, se frottant les mains avec avidité. Le voleur savait visiblement ce quil faisait. Sur les premières distributions, il avait déjà perdu la moitié de son argent et ses amis assis en retrait, se demandaient sil ne valait mieux pas renoncer cétait les dernières pièces quils possédaient. Mais la barre changea vite de cap, les coups de bluff et de maître se succédèrent pendant plus dune heure. Tour après tour, les gardes perdaient leur sang froid... et leurs sous. Chacun fini par devoir quitter la table, lair renfrogné mais bons perdants, ils se serrèrent la main et partirent la tête haute et la bourse vide. Séréna et Guillaume rejoignirent Raptou qui comptait ses gains, posant devant lui des tas de jolies pièces étincelantes. Vingt quatre pièces dor annonça-t-il fièrement passant tout de suite à leurs homologues dargent. La minute suivante, ils partageaient les pièces dor ainsi que trente deux dargent.
_Voilà qui tombe à point, commenta Séréna !
_Tymora le porte dans son cur aujourdhui, reprit Guillaume.
_Qui est cette Tymora, demanda Raptou au guerrier ?
_Mais la déesse de la bonne fortune bien sûr !
_Chez nous, cest Vergadaïn qui nous donne de la chance ou pas, répondit joyeusement Raptou, mais sache quaucun dieu nest responsable de ces gains. Je suis passé maître dans ce jeu et je peux dire que jen ai fait un art. Et que tous les dieux de la chance soit avec toi Guillaume, ne changera rien à lissu du jeu sil tarrive de jouer avec moi !
Séréna prit alors la parole :
_ Aucun dieu nest vénéré pour quil nous accorde bonne fortune dans ma race, ceux qui réussissent le mérites par leur expérience et non par la quelconque intervention dun être supérieur, soit dit sans toffenser bien sûr.
_Je ne le suis pas, continua Guillaume, je te connais bien assez pour savoir quil ne peut y avoir plus de méchanceté dans tes paroles que de chance dans le jeu de Raptou.
_Quinsinues-tu par-lĂ , repris le voleur suspicieux ?
Ainsi parlèrent-ils le reste de la journée sans que leur amitié neut à souffrir ni leur gorge à sassécher. Ils dormirent dans un bon lit cette nuit là et aucun mauvais rêve ne vint perturber leur sommeil de plomb.

*
* *

Au petit matin, ils se restauraient dans la grande salle quand un jeune garçon arriva à grand fracas dans lauberge. Il criait à qui voulait lentendre : « Un message pour les étrangers ! ». Séréna lui demanda dapprocher. Il sétait arrêté, fixant émerveillé larmure de Guillaume, son épée au flanc ou la hache de Raptou dont il navait jamais vu semblable.
_Quy a-t-il mon garçon, fit doucement la magicienne ?
_Ya lbourgeois qui veut vous voir, il dit quy a quvous qui pouvez laider !
_Attends, doucement, reprit Guillaume qui était plus concentré sur sa chope de bière que sur les rapides explications du petit garçon. Répète lentement et expliques-nous qui est cet homme et ce quil nous veut. Et puis comment tappelles-tu ?
_Mais, écoutez-moi, bon sang de bon soir, je vous dis que lhomme le plus riche de toute la seigneurie après Tycrhin bien sûr vous demande pour parler affaire ! Je mappelle Jean si vous voulez savoir.
Jean avait accentué ses phrases pour prendre plus dimportances ; son père lui avait bien apprit à parler joliment avec les personnes de haut rang. Séréna le remercia et lui présenta une grosse pièce dargent. Ny tenant plus, le garçon partit en courant et criant de plus belle ! «La dame ma donné une pièce, la jolie dame elle est gentille ! ». Déjà, dix de ses camarades lavaient entouré et le pressaient de mille et une questions. Loin dêtre à laise, les compagnons se demandaient si la mort du marchand, navait pas quelque chose à voir avec cette convocation ? Mais la décision fut prise ; ils finirent rapidement de manger et payèrent leur nuit et leurs consommations. Dehors, une foule sétait rassemblée devant lauberge et regardait avec autant de curiosité que la veille. Mais la crainte sétait muée en admiration. Les compagnons neurent pas de mal à se frayer un passage, un couloir se formant devant eux. Avant même-quils posent la question, dix doigts avaient désigné la large bâtisse quils avaient laissée sur leur droite en entrant dans le village. Sur le pas de la porte, ils trouvèrent un serviteur habillé en blanc qui leur demanda de bien vouloir le suivre. Ils le firent sans discuter et entrèrent. Ils arrivèrent dans un magnifique vestiaire dont nul dentre eux navait vu semblable, même dans les temples dIlmater ou de Sunie - la déesse de la beauté. Des miroirs étaient disposés de part et dautre de la salle, des portes manteaux débènes représentaient autant de mains tendues et un immense lustre or et argent se reflétait à linfini dans les glaces murales. Les pièces suivantes finirent de les époustoufler, chaque mètre carré de cette demeure devait valoir plus que Raptou nen amasserait dans une journée de poker. Le voleur du dailleurs se faire violence pour ne pas se laisser tenter par tant de luxe. Un petit vase ou même une coupe, un encensoir, cela ne se verrait pas, un de plus ou de moins, quimporte. Non ! Il ne faut pas ! Ainsi se disputaient deux parties de son esprit en un duel sans fin. En attendant leur hôte, ils reçurent du vin dexcellente qualité qui remémora à Séréna les nectars que ses frères elfique confectionnaient.
Alors apparu lhomme quils attendaient, tout de soie vêtu, de nombreuses bagues ornait ses larges doigts. A voir son, visage miné, on avait du mal à croire quil était né avec ce quil possédait. Il donnait lair dun homme qui avait travaillé dur pour en arriver où il en était et qui ne se satisfaisait jamais de ce quil réussissait à faire. Il les salua, baisa royalement la main de Séréna et sassit face à eux dans un profond fauteuil de cuir rouge. Puis il leur parla avec un air grave.
_Je ne passerais pas par quatre chemins. Je me nomme Eric, je suis dans cette seigneurie depuis que je suis né. Mon père était marchand et ma mère vendeuse de charmes. Quant à vous, je vois bien que vous nêtes pas dici. Il y eut une époque où les terres que vous avez traversées étaient fertiles et où les gens vivaient heureux et libre. Le seigneur qui y régnait était juste et bon, des elfes de lune sinstallèrent dans la forêt de Clayrvoie et commerçaient de leur art contre des produits de première nécessitée. Mais ils avaient aussi quelques vignes et en tiraient des vins dune perfection jamais atteinte chez les hommes. Soit dit en passant vous en avez eu un aperçu tout à leur. Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous parle de ceci, nest-ce pas ? Et bien je vais vous le dire. Le seigneur Tycrhin est un tyran, il règne par la force et veut de tous, une obéissance totale. A lépoque peu de gens lui résistèrent, mais les elfes nétaient pas du genre à se laissait maîtriser par un humain, fusse-t-il roi ou empereur. Alors sen suivit des batailles sanglantes où la citée des elfes fut brûlée. Cela ne les découragea pas et ils se réfugièrent dans les arbres où ils construisirent une nouvelle citée, à labri du regard et des lances de Tycrhin. Aujourdhui encore, ils sont au sein de la forêt et protègent farouchement leur territoire. Jai longtemps considéré la question et les paysans sont daccord, le pouvoir doit être renversé et les elfes doivent prendre de contrôle de la seigneurie. Malheureusement comme je le disais, personne ne peut pénétrer dans les bois sans se faire trouer de milles flèches et je nai pu les contacter.
_Et cest lĂ  que nous intervenons, coupa Raptou, une pointe dironie dans ses paroles.
_Précisément, seul un elfe pourra passer !
_Mais personne... tenta dexpliquer Séréna, reprit aussitôt par Eric.
_On ne me la fait pas Ă  moi, mademoiselle... comment dois-je vous appeler ? Elfe de lune nest-ce pas ?
_Je me nomme Séréna, répondit la magicienne, se rendant compte quelle ne sétait même pas présentée. Voici Raptou, le nain ! Et Guillaume, lhomme en armure.
_Raptou, je dirais que vous vous spécialisez dans le délestement des riches propriétaires, fit alors Eric dun air malicieux.
_Co...comment le savez-vous, bégaya linterpellé.
_Je vois bien votre regard sur les divers objets de la pièce. Vous avez le pas bien plus léger que vos frères de race. De plus, tous les nains portent de lourdes cottes de mailles ainsi quun bouclier aux armoiries de son clan, vous navez rien de tout cela. Enfin, la brûlure que vous avez sur la main est celle de lacide, celui que les voleurs utilisent pour ronger les serrures qui leur résistent trop longtemps.
_Je vois que vous êtes observateur, dit alors Raptou, piqué au vif !
_Comment croyez-vous que je suis arrivé où jen suis en si peut de temps ? Jai à peine quarante ans et jai déjà plus dargent que bien des marchands en ont vu passer dans leurs mains pendant toute une vie. Mais revenons en au fait qui nous préoccupe ! Je vous demande de parlementer avec le roi des elfes, il est vieux et sage - même pour un elfe - et comprendra mon point de vue. Voici une lettre qui explique comment doit se dérouler la reprise du château. Vous allez jouer un rôle important dans cette affaire. Tout dabord il nest pas possible dattaquer de front, les remparts son hauts situés et réputés imprenables. Si vous vouliez passer les premières défenses, une armée serait nécessaire et beaucoup dhommes mourraient pour rien. Non ! Ce que je propose, cest de frapper vite et fort, le plus silencieusement possible. Il existe un passage secret, vieux comme les montagnes, qui passe sous le château et remonte dans les soubassements du donjon. Son entrée se situe au beau milieu de la falaise que le château surplombe, une petite grimpette de trente mètres sans assurage ! Mais le problème cest quun sceau magique en protège lentrée. La légende dit que seul le roi des elfes en possède la clef. Si vous la récupérez et que vous tuez Tycrhin dans son sommeil, vous pourrez proclamer la vengeance du peuple et sortir fièrement parmi les soldats. Nous serons tous là, aux portes pour scander vos noms, nous prendrons le pouvoir et rétablirons la liberté qui a trop longtemps été bafouée. Alors quen dites-vous ?
Ce fut de longues réflexions qui suivirent, chacun regardant ses camarades pour mettre à nu leurs pensées. Puis Séréna se tourna vers Eric et parla avec la voix de la sagesse :
_Vous dites que les elfes sont acculés dans la forêt, quils tuent tous ceux qui passent sous les arbres... Qui me dit quil ne sagit là de quelques êtres maléfiques comme les elfes noirs des Tréfonds Obscurs ? En venant ici, un homme comprenant mon origine sest retourné sauvagement contre nous et a sacrifié sa vie pour détruire toutes ses possessions.
_Non ! Ne parler pas de vos frères ainsi ! Tycrhin véhicules de fausses rumeurs détruisant tout ce que les elfes avaient bâtit, tuant même ses propres hommes avec sauvagerie pour rallier les paysans à sa cause, utilisant leurs peurs contre ses ennemis ! Ne vous faites pas prendre par sa perfidie, pas vous, je vous en pris !
_Nous allons pénétrer dans la forêt, et nous verrons nous même qui sont ses archers à la si mauvaise réputation affirma Guillaume, qui regardait ses amis dun air entendu.
_Très bien, continua Eric, alors passez dabord au moulin, un peu plus au nord. Jy ai un ami, il récupère toutes les armes quil peut trouver ou que jachète secrètement au forgeron. Montrez-lui ma lettre et il vous conduira à son arsenal. Bonne chance, les paysans et les elfes ont besoin de vous !
Sur ces mots, les compagnons quittèrent la pièce. Reconduit par le majordome, ils reprirent leur manteau à lentrée et sortirent de la demeure. Ils prirent ensuite la direction du nord, très préoccupés par les paroles dEric...

*
* *

Au bout de quelques heures de marche sous un soleil de plomb, le paysage monotone dune large plaine fit place à un marais nauséabond sur leur droite. Chaque pas les rapprochait, mais il semblait que le chemin se perdait dans cet enchevêtrement de mares noires où les moustiques remplaçaient les oiseaux et une odeur constante de décomposition émanait des étangs. Le vent frais qui soufflait sur la plaine la rendait plus supportable et Séréna qui sétait tout dabord bouché le nez commençait à sy faire. Guillaume se demandait ce que pouvait bien cacher ce marais ; des monstres plus horribles les uns que les autres sûrement ! Mais quimporte, sil fallait passer par-là pour en savoir plus sur les mystérieux elfes des bois et sur le soit disant tyran, ils y passeraient ! Au fur et à mesure de leur progression, le soleil se rapprochait de son zénith. Ils voyaient les montagnes se rapprocher et se demandaient quels pouvait être le partit à prendre. Les elfes et les paysans ou le seigneur et ses soldats ? Après réflexion, ils choisirent les premiers !
Deux heures plus tard, le moulin était en vue, il sagissait plus dune ruine que dun quelconque bâtiment. Le mur ouest était écroulé et des mousses commençaient à pousser sur les rocs épars. Lendroit était désolé et on avait peine à croire que quiconque puisse vivre dans ces ruines. Pourtant certains signes ne trompaient pas ; la porte était en bon état et son embrasure avait été étayée avec soin à laide de poutres. De plus, en observant bien on pouvait voir le sol piétiné par un passage fréquent. Il fallait avoir lil, mais Séréna sy entendait très bien avec la nature et son bien être ! Aussi savancèrent-ils prudemment regardant partout alentours, guettant le moindre bruit suspect. Guillaume avait tiré son épée et Raptou sa hache ; quant à Séréna, elle passait en revus ses sorts. Soudain, quelquun se fit entendre. Du haut du mur sud, par une petite fenêtre, se voyait un visage dhomme. Il criait de fuir son courroux. Ses paroles visaient à impressionner, mais sa mine craintive les décida à baisser leur garde.
_Nous ne vous voulons aucun mal, cher monsieur. Calmez-vous. Voici une lettre dEric. Fit Séréna, la voix douce.
Elle essayait de calmer les angoisses de lhomme.
_Laissez la devant la porte, répondit-il sèchement !
Séréna sexécuta et une main vint furtivement par lembrasure de la porte pour semparer du parchemin. Puis, après quelques secondes dattente, lhomme ouvrit la porte et se tint là, face à eux, une lueur mêlée de crainte et despoir dans les yeux !
_Enfin, sécria-t-il ! Entrez donc messeigneurs, vous devez avoir faim et soif ! Suivez-moi.
Ainsi les compagnons firent-ils la connaissance de Rémy, lancien meunier. Il les fit descendre dans une sorte de cave cachée sous un meuble. Ils y trouvèrent une magnifique armoire tout en métal dans laquelle était rangé de nombreuses armes et armures. Ils y prirent une fronde, un bâton ferré et des billes dacier pour Séréna ; une claymore, une armure feuilletée et un bouclier pour guillaume et Raptou ne prit quune chemise de cuir. Sa hache lui convenait comme arme et il ne cherchait pas à sencombrer dun bouclier. Le guerrier prit aussi un bel arc long, taillé en bois dif.
Ils passèrent la journée au moulin ou ils mangèrent et dormirent bien.

Chapitre IV : La citée elfique

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  23:11:49 (#2720866)

Au petit matin, ils partirent en direction de la forêt avec les meilleurs vux de Rémy. Les derniers évènements étaient un plus clair dans leurs esprits. Longer le marais fut plus facile et vers midi ils furent en vue du village. Ils le contournèrent pour ne pas attirer lattention des villageois et senfoncèrent lentement dans la forêt. Elle était plus dense quelle ny paraissait aux premiers abords. Bien vite les rayons du soleil se firent plus diffus. Partout alentours une sensation de lourdeur suivait les compagnons. Les entrelacs de racines et les monticules de feuilles mortes en décomposition donnait au sous-bois un air triste où lhomme nest pas le bienvenu. Malgré cela, Séréna retrouva dans lombre des grands chênes plus de sérénité que sur les chemins tracés par les hommes. Elle se sentait vivante et la nature avec elle Prenant la tête du petit groupe, elle marchait avec tant de grâce quelle semblait voler sur le sol encombré. Derrière elle, les pas lourds et maladroits de Raptou et de Guillaume résonnaient dans sa tête comme une batterie de casseroles. Népargnant aucune branche morte tombée au sol, le nain semblait prendre un malin plaisir à les briser une à une. Une telle déférence mit lelfe mal à laise. Finalement ses deux compagnons sarrêtèrent et fixèrent la magicienne voyant bien que quelque chose nallait pas !
_ Pourquoi fais-tu la tête demanda Raptou, sincère.
_ Es-ce parce que nous allons voir des gens de ta race qui sont peut-être mauvais, renchérit Guillaume ?
_ Non ! Répondit-elle sèchement, surprenant ses compagnons. Ne voyez-vous pas les ravages que vous laissez derrière vous, fit-elle en regardant le parcours quils avaient déjà fait.
Elle ny vit que feuilles retournées et branches arrachées ; Eux ny virent rien qui les émeuvent autant. Mais Raptou, qui avait déjà entendu des récits de son père sur lamour prononcé des elfes pour la nature, compris vite lallusion. Il se fendit dun sourire et prit lair grave :
_ Nous sommes désolés Séréna nous allons faire de notre mieux, mais comprend bien que nous navons pas ton pas félin et ta sensibilité.
_ Merci pour ta franchise reprit-elle rassérénée, de mon côté je vais essayer de me montrer plus compréhensive.
Guillaume eu du mal à comprendre la réaction de son amie, ils navaient pas frappé d'arbres et navaient arraché aucune fleur ou branche Les elfes sont vraiment bizarres se dit-il à lui-même !
La petite troupe avança ainsi pendant plusieurs heures sans même rencontrer danimaux, quavait donc cette forêt pour quaucune créature ne sy aventure ? La jeune elfe attendait en permanence ses amis. Lents et mal à leur aise, ils essayaient tant bien que mal déviter les brindilles au sol ou encore les branches au niveau de leur taille. A mesure quils avançaient la sensation dêtre observées devint nette à Séréna. Elle surpris des mouvements furtifs dans les arbres Il était de plus en plus difficile de se frayer un chemin parmi les taillis sans jouer de lépée. La magicienne sy étant formellement opposée, ils devaient faire de grands détours. Finalement, ils sarrêtèrent et sassirent dans une petite clairière où le soleil baignait un cercle de champignons rouge à points blancs.
_ Ne les touche pas ! Cria Guillaume Ă  Raptou qui allait en prendre un.
_ Je connais ses champignons répondis doucement le voleur, je men servais pour me débarrasser des mouches dans ma sous pente.
_Ils ont bien dautres vertus, dit alors une voix venue de nul part.
Surpris et un peu effrayé, guillaume tira son épée du fourreau, Raptou sa hache. Séréna ne paru pas étonnée et se tournant vers les arbres elle dit en langage elfique :
_ Nous venons en amis !
_ Quest-ce qui nous le prouve, continua la voix dun autre côté.
_ Jai là un message dEric le bourgeois, il était un ami des elfes et je fais partie de votre race ! Il nous a envoyés pour parler avec le père de vos pères, le roi dans la forêt
_ Tu as le parlé elfique et tu te déplace comme nous mais tu nen as pas lallure.
_ Je sais ce que je suis et comment je suis, mais il y a plus important ! Nous venons pour redonner au peuple de la forêt sa vraie place dans cette vallée.
Ces dernières paroles firent semble-t-il leffet escompté. Des elfes sortirent de leurs cachettes arcs en main, pour encercler les nouveaux venus ; il y en avait une dizaine. Un magnifique jeune elfe sorti à son tour, une épée à la lame parcourue de runes en main. Il la rangea dans son fourreau aux côtés de son homologue et demanda à ce que tous face de même. Guillaume sexécuta mais Raptou fut plus difficile à convaincre.
_ Je me nomme Vangère, commença le nouveau venu, prince des elfes sous la forêt. Jai cru un moment que vous faisiez partis de ces gens qui cherchent désespérément nos richesses dans les ruines de la citée. Sil y a quelque chose que Tycrhin ait réussi à nous voler, cest bien çà ! Il ne reste rien dintéressant. Mais jai vite compris que vous nétiez pas comme les autres Votre acharnement à préserver la forêt et vos détours incessants mont conduit à penser que cest nous que vous cherchiez. Mais je regrette, vous ne pouvez pas rejoindre notre citée, cest impossible !
_ Je vous en pris, supplia Séréna, regarder ce parchemin. Bandez-nous les yeux si vous le voulez mais nous devons parler à votre roi.
Vangère réfléchis longuement, il finit par prendre le parchemin et il discuta avec les archers, jetant un regard piqué de curiosité vers les compagnons. Puis, tous se retournèrent vers eux et le prince parla :
_ Nous avons réfléchi et nous allons vous faire confiance. Nous vous emmènerons à la citée les yeux bandés. Mais le nain devra rester ici ! Mes hommes le surveilleront. Sil tente de partir, il sera abattu.
_ Quoi ! Cria Raptou vert de rage. Je vaux donc moins que lun dentre vous ! Je refuse de rester lĂ  quand mes amis vont aller dans votre ville. Pourquoi devrions-nous vous faire plus confiance que vous le faite pour nous ?
_ Non ! Mes frères naccepteraient pas sa présence. Je suis désolé seigneur nain, mais je suis sûr quun elfe serait accueilli de la même manière dans vos citées souterraines. La seule chose que je puisse faire, cest vous donner lapparence dun garçon par magie. Il men coûte de mentir à mes proches mais ils ne sont pas prêts à voir un nain chez eux. Comprenez-moi, je nai rien contre vous !
Il fallut longtemps pour convaincre Raptou, plus ou moins allergique à la magie, sauf peut-être à celle qui anime sa hache. On finit par lui donner lapparence dun enfant humain et ils partirent les yeux bandés, pour la citée elfique. Ils marchèrent ainsi à la queue leu-leu. Deux elfes surveillaient que les compagnons ne trébuchent pas sur une butte ou se cognent à une branche basse. Séréna eu beaucoup plus de facilité que ses amis ; elle prenait presque la balade comme un jeu ! Guillaume quant à lui sétait souvent entraîné à combattre les yeux bandés et il réussit bien à cette épreuve. Le voleur lui, suivit tant bien que mal les indications de ses guides. A mesure quils avançaient la magicienne remarqua que les oiseaux se mettaient à chanter. Le bruissement des feuilles sous le vent entamait une jolie mélodie que seul le parfum enivrant des fleurs pouvait faire oublier. Finalement, les elfes enlevèrent les bandeaux de leurs invités et leur montrèrent une échelle de corde cachée le long dun grand orme. Ses frondaisons se perdaient en hauteur, masquées par maints petits arbres à labondance surnaturelle. Lensemble rappelait les jungles du sud. Lascension fut rude ; Mais arrivés en haut, un spectacle époustouflant attendait les jeunes gens. Devant eux, au sommet darbres millénaires, une véritable ville sur pilotis avait été construite. Des ponts de cordes rejoignaient çà et là des maisons isolées sur un îlot de bois. Des huttes assemblées comme des palais, hauts de plusieurs mètres, prenaient des formes variées. Elles étaient magnifiquement travaillées... De tout ceci émanait une douce fragrance, envoûtante et délicieuse Partout des elfes, travaillaient aux décors dune porte, à la solidité des ponts ou à la forme dune statue de licorne sculptée dans la glaise.
_ Bienvenue chez moi, dit alors Vangère, la voix emplie de fierté.
_ Ce spectacle nest pas donné à beaucoup de gens, fit remarquer Séréna. Je vous remercie de nous avoir permis de venir. Nos maisons taillées dans la pierre pourront-elles un jour atteindre un tel niveau de beauté ?
_ Là cest vous que je remercie, reprit le prince. Un tel compliment est rare de la part dune elfe de lune. Sa citée est plus important que sa vie ; affirmer une telle déférence nest pas courant à notre race.
La conversation fut ajournée car déjà, maints elfes sétaient amassés près des nouveaux venus. Non sans leur rappeler le village des paysans, la curiosité des elfes fut plus respectueuse. Les invités furent menés par les ponts de cordes jusquà une immense maison placée en hauteur, sur le plus grand des ormes. Un vieil elfe attendait là. Séréna plongea dans son regard, mille étoiles semblèrent scintiller autour delle. Une infinie sagesse se reflétait sur ces traits, même si son dos courbé trahissait son grand âge. Il fit signe dentrer et passa le premier. Les portes furent fermées derrière le prince. Tous sassirent sur des cousins au milieu de la plus grande pièce ; un lourd silence sabattit sur le groupe.
Ce fut Vangère qui le rompit :
_ Ils sont ici pour en finir avec la tyrannie de Tycrhin.
_ Savez-vous ce qui vous attend, dit le vieil elfe Ă  lintention des trois compagnons ?
_ Peu importe, fit Raptou fixant lénigmatique personnage quil avait devant lui.
_ Que fait un si petit homme parmi nous, fit remarquer alors celui-ci, un regard interrogateur Ă  son fils.
_ Je mexcuse père, mais jai eu peur que nos frères ne lacceptent pas comme tel !
_ Tu as bien fait, repris-t-il.
Tout en parlant, il exécuta une série de geste précis qui eurent pour effet de dissiper lillusion qui affectait Raptou. Puis il dit :
_ Cest mieux ainsi.
Et bien je vais vous dire tous ce que je sais. Si vous voulez encore nous aider après, et bien soit, nous vous apporterons notre aide en retour. La citée des elfes pourra de nouveau commercer avec lextérieur et mes sujets sortir de la forêt sans risque !
Voilà, nous avons décidé de rejoindre lEternelle Rencontre, moi et les miens. Malheureusement, Tycrhin a fait construire une frontière de pics et il nous est impossible de partir sans risques de la forêt. Lautre moyen serait de passer par les montagnes, mais le danger viendrait du royaume où nous échouerions ! De lautre côté des Montagnes Eternelles, un roi du nom de Yavanhus haït les elfes plus que tout au monde et beaucoup des notre ont été fait prisonniers là-bas et travaillent dans des mines Il nous faut donc reprendre le contrôle de la région pour pouvoir partir petit à petit sans se faire occire au passage. Du temps de ma jeunesse, la forêt sétendait sur toute la vallée et nous pouvions parler aux géants des nuages dans les montagnes de louest et rejoindre celles de lEst sans quitter les bois. Puis vinrent les hommes avec leurs puissants thaumaturges et les orques alléchés par nos trésors ainsi mis à disposition. De nombreuses guerres se succédèrent, la forêt en pâtie et perdit de sa superbe. Nos arbres tombèrent un à un sous les coups des haches orques ou gobelines. Pour chacun, dix monstres moururent mais il y a plus dorques dans les royaumes que darbres dans cette forêt ! Alors voilà, nous renonçons et préférons rejoindre le havre des elfes où il est bon vivre
_ VoilĂ  qui est triste, intervint Guillaume. Nous vous aiderons Ă  rejoindre cet endroit oĂą quil soit ou du moins tuerons-nous ce tyran qui vous tien sous son joug !
_ Bien, alors écoutez car ce nest pas terminé ! Eric a du vous parler du passage secret qui passe sous le pic de garnit et rejoint son sommet sous le château de Tycrhin. Et bien il existait déjà du temps de mon père où nous vivions sur ce plateau de granit. A lépoque où nous dûment quitter ce foyer, laccès du souterrain fut bloqué par un sceau magique et mon père en garda la clef. Il me la remit à sa mort et aujourdhui se devrait être à Vangère de lavoir
_ Mais, vous ne lavez pas ! Ne put se retenir de dire Raptou.
_ En effet, je lai remise à une personne sûr, une connaissance de longue date.
_ Et où est cette personne, que nous allions lui demander la clef ? Demanda calmement Séréna.
_ Et bien, dans la montagne, au nord. Il sagit dun phénix, un ami à qui je dois la vie. Il ma promis de surveiller la clef jusquà ce que jen aie besoin. Il va falloir que vous alliez la chercher. Il vous faudra traverser le marais et prendre des chemins parmi crevasses et cols pour rejoindre sa demeure. Elle se situe sur le plus haut pic de toute la chaîne. Il vous sera facile de le repérer et je vous fournirais une carte. Mais pour linstant je vous offre mon hospitalité pour la nuit.
Ainsi se finit leur conversation. Les compagnons mangèrent et dormirent bien cette nuit là. Ils partirent le lendemain matin, au levé du soleil, alors que ses rayons jouaient encore avec les gouttes de rosée sur les plus hautes branches. Vangère les accompagna jusquà la lisière de la forêt. Il leur souhaita bonne chance et se fondit dans la forêt, aussi aisément que laurait fait un chat.

Chapitre V : La demeure du phénix

Par Frolo Xeres le 5/12/2002 Ă  23:23:24 (#2720944)

Ainsi partirent Séréna, Guillaume et Raptou à la découverte dun nouvel ami qui leur causerait bientôt plus dennuis quils nauraient pu en imaginer. Ils marchèrent pendant toute la matinée, quittant les abords de la forêt pour traverser le marais de Gobloys. Le soleil semblait plus pâle au milieu de ces mares noirâtres à lodeur fétide, prenant à la gorge les infortunés voyageurs. Dire que des êtres peuplent ces marais, pensa la jeune elfe. Comment est-il possible de supporter une telle puanteur ? Le paysage monotone naffichait que de petits arbres rabougris aux racines plongées dans le cloaque environnant. Les roseaux sonnaient au vent dune terrible chanson, rappelant les cris plaintifs des âmes perdus. Lenvironnement ne rassura guère les compagnons qui, serrés les uns contre les autres, pressaient le pas autant que leurs jambes le leur permettait. Latmosphère semblait absorber les restes de courage qui les animait. Que des gobelins leur tombe dessus et ils resteraient immobiles ne trouvant pas la force de bouger le petit doigt ! Au zénith, ils navaient parcouru que quelques kilomètres, mais il nétait pas question de sarrêter pour manger. Que cette décision fut sage ou non, peut importe ! La faim se fit cruellement ressentir vers la fin de laprès-midi. Séréna était à bout quand les premiers pics apparurent à lhorizon.
_ Nous sommes proches, fit remarquer Guillaume, courage !
_ As-tu besoin daide ? Senquit le nain à lintention de son amie. Sil te faut être porté pour continuer, je suis prêt à tout pour sortir de ce marais maudit.
Séréna choisie ce moment pour réunir des forces quelle ne soupçonnait même pas. Elle prit la tête et avec sa grâce habituelle, avança aussi vite quelle put. Etonnés mais ravis par un tel revirement, les autres la suivirent sans mot dire.
Déjà le soleil descendait sur lhorizon et les montagnes navaient pas encore révélé leurs pieds. Chaque pas leur coûtait de plus en plus mais la fraîcheur montante, le soleil disparut, leur redonna du cur au ventre. Que de bruits bizarres un marais peut-il produire dès que le soleil sest couché ! De tout côtés les croassements prirent laspect de cris de douleurs. La brise qui se leva narrangea rien et chaque branche renvoyait une ombre mouvante des plus effrayante. S en fut trop pour Séréna qui saccroupit et la tête basse fit une prière silencieuse à Corellion, le dieu des elfes. Guillaume la prit alors dans ses bras et ses deux cent livres de muscles portèrent la magicienne sur les deux kilomètres qui les séparait encore des montagnes.
Là, ils trouvèrent une aspérité dans la roche où ils purent se pelotonner. Raptou sortit dépaisses couvertures de son sac et les présentât à ses compagnons :
_ Je savais quelles nous serviraient, fit-il dun air faussement désinvolte, avec toutes ses nuits passées à lauberge, elles commencent à sentir le renfermé.
_ Elles iront très bien, merci. Jamais je nai tant attendu le moment du couché, continua Séréna plus lasse que jamais.
_ Peut-être, reprit Guillaume le visage sombre, mais il faut instaurer un tour de garde ! Te porter sur une telle distance ma mis sur les rotules, je ne pense pas pouvoir rester éveillé plus longtemps.
_ Très bien, soupira Raptou qui avait perdu son sourire, je veillerais pendant les premières heures mais gare à vous si vous vous défilez pour les suivantes.
Ainsi campèrent-ils, à labri du vent ; mais pas du froid ! Ils bénirent le nain davoir amené ces couvertures. La nuit fut agitée et malgré la fatigue, dhorribles visions assaillaient les héros en herbe. Vers quatre heures, alors que le soleil paressait derrière les chaînes de lest, Raptou réveilla ses amis. Il était soucieux et tendait loreille vers la montagne. Ce quil entendait le fut bientôt par Séréna, qui frémit :
_ Un cavalier !
_ Oui, confirma le voleur, il avance rapidement, et daprès le raffut quil fait, il doit porter une armure. As-tu une corde, demanda-t-il à Guillaume dans un éclair de génie.
_ Bien sûr que jen ai une, quelle question ! Lui répondit-il désappointé.
_ Non ! Chuchota alors Séréna, comprenant les intentions de son compagnon. Tu risque de blesser le cheval.
_ Sil sagit là dun chevalier de Tycrhin, sache quil ne nous fera pas de cadeaux. Et suppose un instant quil vienne du plus haut pic, peut-être a-t-il tué le phénix.
Laffirmation du voleur ne manqua pas de toucher Séréna, qui se campa derrière un rocher. Elle chercha à percer les ténèbres environnantes dans lespoir didentifier ce mystérieux cavalier. Au même moment, ses amis lançaient la corde sur la route et se positionnaient de chaque côté, cachés dans des buissons. Les bruits de sabots sapprochaient dangereusement quand, au détour dun virage, lhomme apparut nettement à Séréna. Haut de six pieds, sur son cheval noir, il était recouvert de la tête au pied dune armure de métal. Son heaume pendait à ses côtés. A voir son visage, il devait avoir la trentaine et son air déterminé ne leur disaient rien de bon. La magicienne vit vite le blason écarlate de Tycrhin. Son sang ne fit quun tour, dès quil fut à hauteur de la corde, elle se leva dun bond et cria :
_ Maintenant ! Allez-y !
Le chevalier crut rêver une magnifique jeune femme. De longs cheveux blonds, dansaient sur ses épaules, sa peau cuivrée ressortait de sous sa robe blanche et une étrange aura se dégageait de ses formes voluptueuse La vision ne dura quun instant mais il sen souviendrait toute sa vie. Malheureusement pour lui, le réveille fut plutôt brutal ; Le cheval qui allait bon train heurta la corde tendue de plein fouet. Guillaume tient bon mais Raptou fut projeté à quelques mètres, la tête la première dans un buisson épineux. Le pauvre cheval sécrasa au sol et jeta bas son cavalier, qui fut assommé pour son compte. Pendant que Guillaume sortait son épée et tenait en respect le chevalier, Raptou essayait désespérément de sortir de son buisson. Séréna, vécu la chute de léquidé comme la mort dun proche. Elle se jeta à son côté et regarda sil était en vie. Ce quelle découvrit la fit crier dhorreur. Les pattes avant étaient cassées et du sang coulait à flot de ses blessures. La jeune elfe éclata en sanglots et sagenouilla au sol couvrant ses yeux de ses mains.
_ Pourquoi ? Cria-t-elle au ciel implorante. Je lai tué ! Comment ai-je pu faire une telle chose ?
Raptou choisit ce moment pour se dégager et rejoindre son amie. Il mit fin aux souffrances de léquidé et vint consoler Séréna. Ce spectacle aurait eu de quoi émouvoir le chevalier sil eut été réveillé. Mais le choc lavait bien sonné et il avait de la chance de pas sêtre rompu les os. Finalement, il se réveilla. Ce quil vit avait un tout autre goût que la jeune femme dont il croyait avoir rêvé. Tenant une longue lame sous sa gorge, un colosse le tenait à sa merci. Il avait les trait fins contrairement aux tas de muscles quil avait lhabitude de voir, ce devait être un formidable bretteur. Derrière cet homme, une petite créature barbue de quatre pieds à peine, tenait une hache qui scintillait au soleil levant.
_ Que se passe-t-il ? Demanda le chevalier avec peine, un horrible mal de crâne laccablant.
_ Tu es bien un chevalier de Tycrhin, aboya le nain, la colère déformant son visage.
_ En effet, mais mériterais-je la mort pour cela ?
_ Que faisais-tu dans la montagne ? Continua Guillaume tout aussi rageur.
_ JĂ©tais en mission pour le seigneur, fit-il dune petite voix. Si je vous en dit plus, il me tuera.
_ Si tu ne le fais pas, cest nous qui te tuerons, fit Raptou le plus sérieux du monde.
Laffirmation ne manqua pas de persuader le chevalier qui leur décrit les détails de sa mission. Il avait été envoyé récupérer un livre dans le repaire du phénix et il avait réussi. Profitant du sommeil de lanimal légendaire, il avait subtilisé un vieux bouquin aux pages jaunies par le temps. Séréna fouilla la sacoche de lanimal tombé et y découvrit un magnifique grimoire. Il était relié de fer et une serrure complexe le tenait fermé. Raptou le vit comme un défi et voulu essayer ses rossignols.
_ Non ! Ne faites pas cela malheureux, intervint le chevalier. Des protections occultes recouvrent ce livre, forcez les et les feux de lenfer se déchaîneront sur vous.
_ Comment vous croire, fit le voleur, soudain moins pressé douvrir la serrure.
_ Essayez et vous verrez, continua le prisonnier qui navait rien perdu de son sérieux.
_ Attends, intervint Séréna, je vais essayer de lire les runes qui recouvrent ce grimoire.
_ Mais quest-ce qui te dit quelles ne sont piégées elles-aussi ? Demanda Raptou, craignant plus la magie quune armée dorques.
Ne lécoutant plus, la magicienne fouillait déjà sa mémoire à la recherche de quelques indice sur la provenance des dites runes. Bientôt çà lui revint, identiques à celles portées sur le sceptre, il sagissait de lettres Sindarin. Celles-ci signifiaient « Livre du pouvoir ». ; cette fois, elle se garda de prononcer les mots à haute voix et réfléchit à ce que pouvais signifier une telle nomination.
_ Que voulait en faire votre maître, demanda-t-elle au chevalier.
Celui-ci ne lavait pas remarqué jusquà son intervention pour le livre. Maintenant, il la fixait dun oeil admiratif et gourmand.
_ Je nen sais pas plus que vous, répondit-il sincère.
_ Mais il va parler le méchant chevalier, cria Raptou la rage au ventre et la hache à la main !
_ Je vous jure que je dis la vérité, sempressa de dire le prisonnier, la peur visible sur son visage.
_ Je te crois chevalier, intervint Séréna avant que le nain ne lait égorgé.
Pendant quils devisaient ainsi sur lavenir du prisonnier, Guillaume aperçu de drôles doiseaux. Dans le ciel au-dessus des marais, de petits points qui devenaient de plus en plus gros se découpaient sur le blanc des nuages.
_ Quest-ce que cela ? Demanda-t-il désignant les nues.
_ On dirait des abeilles, répondit Séréna fixant les formes grossissantes des monstres aillés.
_ Vite, aidez-moi à me lever, cria le chevalier que la peur venait de saisir. Ce sont des guêpes géantes, elles tuent et emportent leurs victimes pour nourrir leurs petits.
Forts de ce renseignement, les compagnons neurent pas la présence desprit de lui obéir. Guillaume sortait déjà son arc et Séréna sa fronde, Raptou quant à lui vit loccasion rêvée de sessayer au lancé de hache.
_ Acharnons-nous sur celle de gauche, commenta le guerrier qui avait déjà lâché sa première flèche.
Ce fut un coup pour rien, son projectile sécrasa dans la végétation du marais. La hache de Raptou fit mouche et après une demie seconde de concentration, elle revint dans les mains de son propriétaire, couverte de sang. La guêpe nen parut pas très affectée et bien que baissant daltitude, elle continua à foncer droit vers son agresseur. La deuxième flèche de Guillaume vint blesser plus sérieusement linsecte qui commençait à se poser. Une boule dénergie lumineuse vint lui griller le côté, elle sécrasa au sol et sempala sur une branche basse.
Mais il en restait une, arrivée à leur hauteur elle sattaqua au chevalier dont larmure brillante au soleil agressait ses yeux. Le pauvre navait pas darme et clopinant sur un pied foulé, il cherchait désespérément à fuir le dard empoisonné de la bête. Raptou se porta à son secours mais il fut repoussé violemment par de furieux battements dailes. A cet instant Guillaume trouva une faille et transperça le monstre de sa claymore. Mais se fut trop tard, laiguillon mortel était passé entre les plaques darmure du chevalier. La bête et lui sécroulèrent sur Guillaume qui se retrouva prisonnier sous la masse sanguinolente de la créature. Il fut vite dégagé et les compagnons regardèrent le massacre.
_ Pauvre gars, il avait un bon fond, dit Séréna dans un soupir.
Même le nain fut daccord ! Ils passèrent le reste de la matinée à dresser un cairn pour le malheureux et sa monture. Puis, après une prière silencieuse à trois dieux différents, Guillaume prit la parole :
_ Je pense quil nous faut ramener le livre au phénix. Que penseront les elfes si nous avons gardé un tel objet, après avoir su à qui il appartenait ?
_ Tu as raison, confirma la magicienne. De plus, nous navons pas encore la clef
A lapprobation générale, ils prirent le chemin des montagnes. Un long moment, ils suivirent un sentier bien tracé, le long des pentes dune vallée herbeuse. Les quelques arbustes firent place à des épineux vers la fin de la vallée. Doù ils étaient, ils dominaient la longue descente dun ruisseau. Au centre du val, il était rejoint en maints endroits par des filets deau. Ils venaient de la fonte des neiges sur les hauteurs. En ce mois de tarkash ( avril ), les froids rigoureux de lhiver avaient depuis longtemps laissés place aux brises légères du printemps. Les nuits restaient fraîches, mais au pied dune chaîne de montagne qui montait à plus de neuf mille pieds, ce nétait pas étonnant. Malgré tout, la vallée était calme. Quelques marmottes montrèrent le bout de leur nez, redonnant du baume au cur aux trois aventuriers. Il était déjà tard quand ils arrivèrent au fond de la vallée. Là, la pente douce faisait place à une série déboulis où de magnifiques cascades reflétaient les derniers rayons du soleil couchant. Le sentier se frayait un chemin parmi les rochers éparpillés, alignant épingle sur épingle.
_ Il nous faudra quelque temps pour faire une telle ascension, dit le voleur. Il fixait avec appréhension le haut de la pente. Dormons ici et repartons à laube.


*
* *
Ainsi fut fait. Cette nuit fut plus calme que la précédente et Raptou qui navait pas dormit depuis plus de deux jours profita pleinement des échos de son ronflement sur les parois rocheuses. Cela permit à Guillaume dassumer son tour de garde sans fermer une seule seconde les paupières. Quand se fut le tour de Séréna, elle eut lirrésistible envie de lui jouer un tour à sa façon. Puis elle pensa à la dernière nuit où son ami avait veillé sur elle sans broncher plus quà son habitude et toute velléité de vengeance disparut de son esprit.
Le lendemain, après un petit déjeuné frugal, il partir à lascension ! Elle prit toute la matinée ; un tel dénivelé ler obligeait à marcher lentement pour ne pas sessouffler. Arrivé en haut de ce terrain découvert, ils virent que leur déboire ne faisait que commencer. Devant eux sétendait une petite plaine encaissée à lintérieur de hautes falaises de granit. Au centre le ruisseau avait formé un étang et le sentier le suivait vers le fond du défilé.
_ A quelle distance somme-nous du sommet, demanda Raptou le souffle court.
_ A mon avis fit le guerrier lair songeur, je nen sais rien !
_ Moins de dix kilomètres, reprit lelfe, mais la pente compensera la faible distance, soit en sûr. Peut-être pourront nous arriver avant la nuit si nous avions plus dentraînement !
Il repartirent le long du sentier, faisant confiance au tracé qui devait être aussi vieux que le roi des elfes. En une heure à peine ils avaient traversé le défilé et ils arrivaient au pied dun antique escalier taillé dans la pierre.
_ Du travail de nains, commenta Raptou en expert.
_ Y aurait-il eu des nains dans ces montagnes ? Demanda Guillaume qui sattendait Ă  entendre le voleur raconter la colonisation des Montagnes Eternelles par des ancĂŞtres Ă  lui.
_ Partout où il y a de la roche, il a des nains prêts à la travailler, répondit-il fièrement.
_ Alors pourquoi le roi ne nous en a-t-il pas parlé, continua Séréna plus sérieuse.
_ Les elfes naiment pas beaucoup les nains je te rappelle intervint Guillaume qui se souvenait de la réaction de Vangère face à Raptou.
_ Oublions çà, concéda lelfe, nous verrons bien sil reste de tes congénères dans les parages, mes avis quil y longtemps quils ont quitté les montagnes si jen gage par létat des marches.
_ Tu as peut ĂŞtre raison, finit son ami nain
Ils commencèrent la montée des marches. Leau qui coulait sur la roche avait ruiné le travail des nains plus sûrement que laurez fait un tremblement de terre. Il était difficile de ne pas glisser sur la mousse qui y avait élu domicile ; une chute aurait été fatale. Heureusement pour eux, il ny en eut pas ; Mais les compagnons arrêtèrent de compter les marches après mille et il nétait alors quà la moitié de la montée. Quand ils en eurent finit, ils navaient plus de jambes. Assis sur les premiers rochers quils trouvèrent, ils se regardèrent, reprenant leur souffle.
_ Il faudrait que vous inventiez un moyen plus pratique de monter pareils pente, sortie Séréna entre deux inspirations.
Même une elfe qui marchait dun pas léger, était à bout de souffle. Le nain ne répondit pas, il avait le regard fixé sur les hauteurs. Bientôt imité par ses compagnons il observait un immense nid qui eut put être celui dun aigle sil ne faisait pas plus de vingt mètres de diamètre. Emerveillé par lorganisation presque envoûtante des branchages, ils restèrent quelques temps ainsi.

*
* *

Soudain réveillés par un cri perçant, ils tournèrent le dos pour faire face à un spectacle plus saisissant encore. A quelques mètres deux, les ailes déployées, un oiseau de feu de quinze mètres denvergure se posa sur un promontoire rocheux. Ses plumes étaient violettes, rouge vif, rouge cramoisi ou encore orange. Ses yeux fixaient les visiteurs dun éclat de rubis. Son bec et serres impressionnants de par leur taille était indigo. Il paraissait calme et son regard ne treillissait aucune colère ; connaissait-il la mission des compagnons. Une étrange sensation de bien être les envahit auprès de lui, comme un sentiment dabsolue sécurité.
Mais ils ne purent desserrer les dents avant longtemps paralysé par la peur. Ce fut le phénix qui parla la premier ; dans leurs esprits, ses visiteurs comprirent son message.
_ Bienvenue chez moi ! Je sais ce que vous venez chercher, je vais vous le donner, mais promettez-moi den faire bon usage. Aucun des sujets de Tycrhin nest vraiment responsable de ses actes. Sil vous faut tuer un homme, que ce soit ce tyran et aucun autre.
_ Nous ferons de notre mieux, lâcha Séréna, le souvenir du chevalier devant les yeux. Nous avons là un livre qui vous appartient, nous lavons trouvé sur un chevalier du tyran.
_ Je sais ce quil vous ai arrivé, fit le phénix compatissant, vous ne pouviez faire autrement. Ce livre entre les mains de Tycrhin aurait pu être la fin des elfes de Clayrvoie.
Rassérénée par ces paroles la magicienne savança vers loiseau de légende et lui tendit le livre. Il le prit dans ses serres et se baissa pour que lelfe puisse prendre la chaîne qui pendait autour de son cou. Le contact des plumes redonna à Séréna une énergie folle. La chaleur qui lenvahit fut pour elle comme une semaine de repos.
_ Nous faisons le serment dutiliser cette clef dans un esprit de justice, dit alors Guillaume le genou Ă  terre.
Il fut bientôt imité par ses amis. Le phénix les regarda encore quelques instants et il leur dit ceci :
_ Au revoir mes amis, il viendra un jour ou je vous devrais plus encore que ma vie !
Sur ces paroles Ă©nigmatiques, une arabesque bleu azure se dessina autour de lui et il disparut en quelques secondes.
_ Bon, il nous faut repartir maintenant, dit alors Guillaume, pas tout Ă  fait convaincu par ses paroles.
_ Dormons ici cette nuit, proposa Raptou, montrant le soleil qui disparaissait derrière les pics de lest.
La proposition fut adoptée et ils sortirent les couvertures pour une nouvelle nuit en montagne. Aucun tour de garde ne fut donné, la proximité du phénix leur donnait une sérénité peu commune.

Chapitre VI : Les marais sont habités

Par Frolo Xeres le 6/12/2002 Ă  12:46:29 (#2723639)

Le lendemain, lorsquils se réveillèrent, le paysage avait changé. Ils nétaient plus sur les sommets mais dans lanfractuosité de roche où ils avaient dormit plusieurs jours avant. Pendant quelques instants ils se demandèrent sils navaient pas rêvé les derniers jours dans la montagne. Mais le cairn, était bien là et Séréna trouva le médaillon à son cou avec la clef. Il ny avait plus de doute possible. Le phénix les avait téléportés pendant leur sommeil. Se fut un soulagement pour tous, qui appréhendaient la descente des deux mille marches de granit. Leur joie partit vite quand ils pensèrent quils leur faudraient tout de même traverser le marais pour rejoindre la forêt des elfes. Une longue marche en perspective et pas des plus réjouissantes ! Quant à Séréna, la peur lavait quitté depuis quelle avait touché le phénix. Se fut la première à prendre la route, quand rassasiés, ils se décidèrent à partir.

*
* *

Gordag grogna de plus belle, chef dune patrouille gobelinoïde, ils attendaient depuis trois jours que ces maudites gens quil avait vu passer dans le marais tantôt, veuille bien revenir. Quétaient-ils allés chercher dans la montagne, il nen avait cure. Mais les pesantes besaces de ces trois là valait bien que lon sattarde dans les mares noires de son territoire. Ses hommes sennuyaient terriblement et ils menaçaient de rompre les rangs à tout moment. Leffluve du parfum caractéristique des elfes fut la bienvenue.
_ Silence grogna-t-il à lintention de ses congénères, ils arrivent !
Restés sur leur faim depuis quelques temps ses frères ne se firent pas prier pour prendre leurs places autour du chemin.
Le vent est avec nous, pensa Gordag, le nez sensible des elfes les auraient repérés sans mal, même au milieu de la pestilence ambiante des marais. Bientôt les bruits des bottes confirma les suppositions du chef, tous se léchèrent les babines au délicieux repas qui les attendait.
En quelques minutes, le repas fut sur eux. Un grand gars de deux mètres de haut mis mal à laise le vétéran ; Sil savait aussi bien manier son épée quil était musclé, il leur poserait des problèmes. Bien quils fussent à un contre trois, la partie nétait pas jouée davance. La taille de Raptou nétait pas pour le mettre en confiance, Gordag savait à quoi sattendre avec un nain. Quand à la frêle jeune elfe, elle serais facile à maîtriser. Généralement il évitait autant les elfes que les nains, mais celle-ci navait aucune épée !

*
* *

Il donna le signal de lassaut, un hurlement guttural sortit de dix groins affamés. La surprise fut totale, munis dépées courtes les gobelins, ces petites créatures aux faciès porcins étaient féroces quand elles avaient lavantage du nombre. Le chef se jeta sur lelfe, dont lodeur lui promettait un vrai délice. Raptou sinterposa avec sa hache à la main, il para aisément la première attaque. Guillaume avait affaire à plus forte partie, six gobelins sétaient massés autour de lui et jouaient de la lame pour percer ses défenses. Il avait fort à faire face à des adversaires aussi rapide ; sa claymore, lourde denviron vingt livres était mortelle mais difficile à manier. Le premier assaut coûta au guerrier de jolies estafilades et deux morts à ses assaillants. Le nain sen sortait merveilleusement bien, poussé par la haine atavique de sa race pour les gobelinoïdes, il repoussait trois créatures avec force moulinets. Lun de ses adversaires avait une large blessure à la jambe et il avait du mal à éviter les revers de hache. Séréna navait quant à elle quun ennemi mais, Gordag nétait pas un amateur. Sa première attaque avait été repoussée par le nain mais ses collègues avaient tôt fait de loccuper. Maintenant il sapprochait dangereusement de la jeune elfe. Mais que faisait-elle avec ses mains, jamais le chef navait entendu tel langage. Il en fut pour ses frais quand une lumière rouge le frappa en pleine face lui grillant une partie du visage. Sorcellerie, pensa-t-il pendant quil se relevait !
Gordag regarda autour de lui, deux nouveaux gobelins étaient tombés sous les coups du guerrier, et le nain avait achevé le blessé. Aucun de ses adversaires navait de grave blessure. La rage au cur il sélança vers lelfe qui était à cours de sort. Lagilité naturelle de Séréna ne lui permit pas déviter les feintes éprouvées du chef des gobelins. Elle seffondra mortellement touchée. Dans sa rage Gordag navait pas vu le nain qui sétait rapproché de lui. La mort de lelfe lavait mis hors de lui et il lança sa hache à la face du gobelin, qui ne put léviter. Gordag seffondra à son tour, le crâne fendu.
Lorsque la hache revint entre les mains du nain assoiffé de vengeance, sen fut trop pour les quatre survivants qui senfuirent sans demander leur reste.

*
* *

Guillaume se précipita auprès de Séréna, elle avait les yeux fermés et son cur battait faiblement. Il utilisa toute sa science pour soigner sa blessure. Le sang coulait abondement et il mis du temps à arrêter lhémorragie. Raptou le regarda les larmes aux yeux :
_ Elle ne respire plus !
_ Non ! Ce nest pas possible, on doit faire quelque chose !
_ Mais quoi ! Quoi ! On ne peut plus rien pour elle ! Cria le voleur cherchant Ă  raisonner son ami.
_ Si ! Les elfes, cest la seule solution. Il faut lamener dans la forêt, ils ont des prêtres, ils peuvent soigner les blessés, haleta Guillaume désespéré.
_ Les blessés, oui ! Pas les morts ! Continua Raptou de plus en plus apeuré par la réaction du guerrier.
_ Elle nest pas morte ! RĂ©pondit Guillaume dun ton qui ne permettait aucune protestation.
Puis il la prit dans ses bras et se mit à courir sur le chemin avec lénergie du désespoir. Le nain le suivit comme il put, persuadé que ce nétait que pure folie. Quels entêtés ces humains, pensa-t-il. Néanmoins il se raccrochait aux dires du guerrier comme à un fil dAriane. Portée comme elle létait lelfe perdit beaucoup de sang par sa blessure encore ouverte. En une heure seulement, le guerrier parcouru les six kilomètres qui le séparaient encore de la forêt.

*
* *

Que se fut le hasard ou le destin, Vangère se trouvait à la lisière de la forêt regardant le soleil se coucher sur les cimes des hautes montagnes de louest. Il vit arriver les compagnons comme on sent venir la mort. Il se précipita aux côtés du guerrier qui tomba à genoux à bout de forces. Guillaume lui demanda dune voix cassée par leffort :
_ Emmène-la à tes prêtres, ils doivent la sauver !
Sans ouvrir la bouche, il compris dans le regard du guerrier que cette supplique ne devait souffrir de refus. Il sen fut donc avec la magicienne dans les bras, courant à perdre halène parmi les arbres de sa forêt. Talonné de près par Raptou qui navait jamais autant couru, il arriva à léchelle de corde et cria si fort quon eut put lentendit à plusieurs lieues à la ronde :
_ Un prĂŞtre vite, il faut la sauver !
Pendant que tous sagitaient sur les ponts de cordes, Vangère posa délicatement Séréna sur une couche de feuilles vertes et pria les dieux dépargner, cette jeune elfe. Je laime, se dit-il, les yeux clos, les larmes aux yeux
Se fut son père qui descendit le premier. Il regarda longuement la blessure de la magicienne, puis il regarda le regard suppliant de son fils ; alors il dit :
_ Il ne peut en être ainsi ! Séréna vivra, elle portera le bien et la justice là où elle passera et deviendra une grande enchanteresse.
Le roi demanda à Vangère de sécarter et sous le regard émerveillé de son fils et de Raptou il posa sa main sur la blessure qui se referma presque aussitôt. Il mit ensuite sa main sur la tête de Séréna et tendis bien haut le symbole de Corellon - le dieu des dieux dans le panthéon elfique. De la sueur vint perler sur son front et il entra en transe ; Débitant une série de mots de pouvoir à une vitesse folle, il finit par tomber inconscient aux côtés de sa patiente. Son fils se jeta à son côté pour voir ce quil en été. Il vivait mais, son pou était très faible.
La jeune elfe ouvrit les yeux et regarda autour delle. Que se passait-il ? Pourquoi était-elle là, et pourquoi Vangère se trouvait-il à son côté, portant le roi comme on porte un mourant ! Elle vit Raptou puis Guillaume qui arrivait haletant ! Décidément elle ne comprenait rien ; elle sombra dans un sommeil réparateur.

*
* *

Quand elle rouvrit les yeux, elle était dans un lit, dans la hutte du roi. Raptou et Guillaume étaient à son chevet, ils la fixèrent comme on regarde une miraculée et lui sourirent. Vangère nétait pas loin, il était assis à côté dun autre lit. Les yeux couverts de larmes, il regardait un vieil elfe quelle reconnût. Elle se releva dun bond et cria horrifié :
_ Il est mort !
_ Non, nest crainte Séréna, il est au bout de sa vie. Il va rejoindre Arvandor, répondit le prince, étrangement serein.
La jeune elfe avait déjà entendu parler de lArvandor, cest là que tout elfe allait quand il quittait le monde des vivants tel que lentendent les humains. Ny tenant plus elle reprit :
_ Alors pourquoi pleurs-tu ?
_ Cest toi que jai pleuré, jeune magicienne !
Laffirmation laissa Séréna dans une situation embarrassante. Guillaume avait du mal à contenir sa jalousie et le regard de braise de son concurrent navait rien pour arranger la situation. La magicienne demanda à rester seule et elle fut obéie. Elle réfléchit longuement aux paroles du prince, mais elle compris vite quelle avait dautres aventures à vivre avant de prendre ainsi époux. Elle nétait pas sûr de ses sentiments pour le jeune roi. Elle attendis le surlendemain pour annoncer sa décision, quand la cérémonie fut terminée et que lâme du défunt roi fut libérée par lincinération de son corps. Il y eut beaucoup de chants, car aller en Arvandor est vraiment la meilleur chose quil peut arriver à un elfe Même le nain fut convié à la fête et on parlerait encore longtemps de ce roi fier et brave qui donna sa vie pour rendre à ce pays son ancien aspect.

Chapitre VII : Visite de courtoisie

Par Frolo Xeres le 6/12/2002 Ă  13:06:53 (#2723826)

La décision de Séréna fut bien prise, à sa grande surprise et Vangère demanda que les compagnons reprenne leur quête. Cest ce quil firent, en mémoire de son père.
Ils prirent ainsi la direction de lest, dans les plaines entourant la forêt des elfes. En quelques heures ils furent sur la route, en vue du château de Tycrhin. La vue de cette forteresse avait de quoi impressionner. Sur un plateau granitique de presque cent cinquante pieds de haut, des murailles hautes de dix donnait sur le vide. Un unique sentier monté du côté sud, sur une pente plus douce. Une avancée de bois avait été construite devant la porte faite de deux lourds battants de chêne. Derrière eux, une herse barrait encore le tunnel dentrée. Au centre de lédifice et malgré langle de vue, on voyait plusieurs étages dun donjon dépasser au-delà des remparts.
_ Heureusement que nous navons pas à prendre ce château dassaut, fit remarquer Guillaume maître dans lart de la guerre, ce serait pure folie. Si nous navions pas cette clef, je ne donnerais pas chère de nos chances de succès.
_ Mais de quel côté se situe cette entrée, demanda Raptou pas tout à fait convaincu de ses capacités descalade. Le granit nest pas la meilleure roche pour trouver des prises sexpliqua-t-il.
_ Cest à nous de la découvrir, fit Séréna coupant court la conversation.
A ce moment, un homme apparût sur la route, il avait un chariot à buf et à son allure, se devait être un chasseur. Quand il se rapprocha, lodeur du sang frais confirma cette idée. Arrivé à hauteur des compagnons, il sarrêta et fixa les nouveaux venus :
_ Quest-ce que vous faites là étrangers, demanda-t-il lair intrigué.
_ Nous avons fait un long voyage par la montagne, expliqua Séréna, nous cherchons à rejoindre la capitale et on nous a conseillé de traverser les Montagnes Eternelles !
_ Je ne sais pas quel est le bougre de con qui vous a dit çà, fit le chasseur décidément très poli, mais il vous a roulé dans la farine. Passer par les sentiers de montagne fait perdre deux jours au moins par rapport à la grand route qui contourne la seigneurie de Tycrhin.
_ Soyez indulgent, mon seigneur, continua la magicienne, nous cherchons un endroit pour passer la nuit avant de reprendre notre route.
_ Le château ne vous accueillera pas Ma Dame, dit lhomme visiblement embarrassé ; ce soir, le seigneur reçoit des invités de marque et toutes les chambres sont occupées. Allez voir laubergiste au village qui se trouve à louest dici, dites-lui que vous venez de la part du vieux Dimspeau, il vous fera un prix !
_ Nous vous en sommes très reconnaissants, finit Séréna très fière de sa ruse. Mais que transportez-vous là !
_ Se sont quelques ripailles pour la fĂŞte de ce soir, le seigneur en manque et paye grassement ceux qui lui en livre ces jours-ci. Au revoir voyageurs, que Tymora veille sur vous !
_ Adieux ! Conclu Guillaume, un sourire forcé sur les dents.
_Quel gros niais, cria Raptou dès quil fut assez loin.
_ Il a été gentil, sempressa dajouter Séréna.
_ En tout cas il nous a bien renseignés, finit par dire le guerrier Et si nous apportions un sanglier à ce seigneur affamé. Peut-être sera-t-il là pour nous remercier !
Lidée de tuer le seigneur dans la cour, avec des dizaines de gardes autour deux, neffrayait pas Guillaume outre mesure qui voyait là un moyen idéal de rapidement finir toute cette aventure.
Bien que désespéré lidée du guerrier fut suivit et ses compagnons et lui partirent en chasse. Ils passèrent ainsi laprès-midi dans les bois à essayer de débusquer un sanglier ; une telle chasse nétait pas sans risque. Guillaume avait souvent entendu parlé de chasseur qui avait été mortellement blessés par les défenses dun sanglier. Le jeu en valait-il la chandelle ? Toujours est-il quil ne trouvèrent ni sanglier, ni biche, ni cerfs malgré leurs recherches incessantes. Alors que le soleil descendait bas à louest, ils arrêtèrent là avec pour seules prises : Deux lapins, un peu abîmés par la hache du nain.
_ Au moins mangerons-nous bien ce soir, fit remarquer Séréna.
_ Il métonne que tu dises cela, ma chère, taquina Guillaume, après avoir goûté les mets de tes semblables, une telle nourriture paraîtra bien fade.
_ Tu as raison, mais laventure me sied mieux que la vie à la cour, répondit-elle comprenant lallusion.
_ Je propose que nous offrions ces lapins aux fermiers qui logent là-bas, proposa Raptou désignant une vieille bâtisse dans la Plaine de lEst.
_ Je ne te reconnais pas dans ces dires, lui fit le guerrier surpris par sa remarque.
_ Je suis plein de ressource, conclut-il un grand sourire sous sa longue barbe noire.
Comme Séréna il avait les yeux vert émeraude, mais ce devait être la seule chose quils avaient en commun. Ils avancèrent donc vers la maison quaucun chemin ne rejoignait. A quelques mètres de la porte, une voix les interpella :
_ Qui va lĂ  ? Les Ă©trangers ne sont pas bienvenus ici !
_ Nous sommes des amis dEric et nous apportons deux lapins pour le repas de ce soir ! Soffusqua Raptou.
_ Quest-ce qui me dit que vous nêtes pas des bandits de grands chemins qui nous égorgerons dès notre sommeil, continua la voix dun air suspicieux.
_ Il faudrait que vous ayez de quoi être volé pour que de tels gens se présentent chez vous. Intervint Séréna avec une pointe dironie. Je me présente, Séréna, magicienne elfe de mon état, voici Raptou un nain de la meilleure trempe et enfin Guillaume, un guerrier qui vaut bien deux chevalier ! Nous laisserez-vous entrez pour partager ses belles prises avec vous ?
_ Peut-être es-ce la dernière chose que je fais, entendirent-ils tout bas, mais entrez !
La porte souvrit sur un homme en haillons, il avait le regard triste, son visage miné par les épreuves devait avoir être beau dans sa jeunesse ; De grands yeux noirs-pétillants ressortaient sur ses boucles blondes. Derrière lui un jeune enfant, de pas plus de huit ans tenait encore une lourde arbalète quil avait du mal à mettre en joue. Il ressemblait en tous points à son père, si ce ne fut les années de labeur quil avait derrière lui !
_ Range la dans le coffre, dit alors lhomme sadressant à son fils. Bonsoirs messeigneurs ! Je me nomme François et voici Teddy, quest-ce qui vous amène dans cette maison isolée ?
Tandis quil parlait ainsi, une femme aux traits marqués par les ans et au visage crotté entra dans la pièce. Elle fit mine dapprocher et se rendant compte de son état, elle alla se laver le visage dans un seau deau. Quand elle revint, une blessure plus nette maintenant courait le long de sa joue
_ Quest-ce que demanda Guillaume surpris !
Il neut pas le temps de terminer sa phrase, François lui coupa la parole et sexpliqua :
_ Je vous présente Brigitte, elle est ma femme depuis vingt ans maintenant. Jeus la chance de la rencontrer le jour de mon arrivée au village. Quelques ans après je me mariais avec pour dote une vingtaine de moutons. Fous amoureux nous vînmes ici pour être à lécart du village et donner au mouton une bonne herbe à paître. Ce fut ma pire erreur. Pendant dix ans nous prospérions et le troupeau ne compta pas moins de quarante bêtes. Mais un ogre qui vit à quelques kilomètres dans les montagnes a repéré un bon moyen de manger à sa faim ! Il est venu et nous a demandés de lui donner un mouton par mois ou nous lui servirions de repas ! Je navais pas le choix et subsistais tant bien que mal, gardant deux ou trois bêtes. Mais Tycrhin envoya ses soldats prendre nos derniers moutons pour se remplir la pense à une fête qui est donnée ce soir ! Rien que dy penser jai envie daller légorger dans son sommeil ! La blessure de ma femme est dût à un garde, elle voulait défendre les pauvres bêtes et se fit repousser sans ménagement. Quant à moi, je coupais du bois dans la forêt Si javais été là, jaurais
_été tué, fini Séréna, calmant le pauvre diable. Je sais ce qui vous accable vous et tous les sujets de ce tyran. Eric nous a engagés pour tuer le seigneur et vous redonner votre liberté.
_ Ah ben çà ! Cest bien la première fois que jentends une chose pareil ! Vous allez prendre le château dassaut et tuer le seigneur à vous trois ? Fit le paysan avec une pointe dironie mêlée despoir.
_ Nous allons être plus subtils que çà, continua Raptou, mais si jai bien entendu votre histoire, nous avons un ogre à aller voir avant de soccuper de votre seigneur !
_ Brigitte je te présente les chevaliers de la liberté ! Dit alors François tout sourire.
_ Nous préférons « Les Compagnons de lAmitié »., rectifia Séréna dun regard entendu.
_ Et bien soit, Teddy, va chercher mon couteau, nous allons festoyer ce soir ! Je vais aller chercher du bois dans la remise pour allumer un feu digne de ce nom !
La soirée se passa avec force rires et bonne humeur. Toutes les peines passées furent oubliées pour quelques heures et trois races qui ont entraîné les pires guerres se retrouvèrent autour dune table et célébrèrent lamitié entre les êtres.
A laube, les compagnons repartirent sans réveiller leurs hôtes laissant sur la table quelques pièces dor.

*
* *

Direction plein ouest, il ne fallut pas longtemps traverser létendu dherbes folles. Devant eux, les montagnes de louest ; Dire que toutes les montagnes quils avaient vu jusquà présent formaient une seule et même chaîne. Quels terribles monstres pouvait-elle cacher ? Des orques, des ogres sûrement ! Ou qui sait peut être un dragon !
Tout en pensant au trésor que pouvaient receler ces montagnes, les compagnons observaient les alentours à la recherche dune entrée de caverne. Même si Séréna avait lavantage à ce jeu, ses amis essayaient de percer les ombres. Ils scrutèrent longtemps la vaste étendu de rocs, vers le nord puis vers le sud sans plus de résultats. Ils allaient renoncer quand un éclair de lumière à plusieurs kilomètres attira Guillaume.
_ Séréna peux-tu regarder au niveau de ce rocher, demanda-t-il désignant lendroit où il avait repéré léclat.
_ Oui ! Je vois quelque chose, un homme Non ! Un ogre, il doit faire deux voir trois mètres de haut, il tient une énorme épée à la main ! Ce doit être notre ogre.
_ Bien, jubila le nain, enfin un peu daction !
Et les voilà partit pour la caverne dun monstre de corps desprit. La marche les mena auprès des premières falaises, de ci de là, une pente plus douce était colonisée par la végétation. Lun de ces passages naturel paraissait senfoncer à même la roche. Ils grimpèrent donc, saccrochant aux buis qui prenait une taille impressionnante. Ils étaient totalement cachés dans lembrouillamini naturel. Il était difficile de progresser rapidement, la forte montée, le poids des sacs à dos narrangeait rien. Mais finalement en moins dune heure ils étaient en haut. Il sagissait en fait dune gorge naturelle, des petits filets deau coulaient de toute part et donnaient à lensemble une chaleur moite. La végétation était ici encore plus dense, il était difficile de se frayer un chemin et encore plus de ne pas se mouiller les pieds. Mais guidé par lelfe, ils arrivèrent à lautre bout ; là se dessinait nettement un sentier qui montait au dessus de la gorge, il suivait un filet deau qui ruisselait sur la roche nue. Nayant pas dautres alternatives, les compagnons suivirent ce nouveau chemin :
_ Je hais la montagne ! Fit remarquer Guillaume. Il ny a que montées et descentes !
_ Et moi de naime quon ne laime pas, lui cracha Raptou !
_ Du calme, vos avis sur le terrain na pas ici grande importance, nous devons être silencieux si nous voulons surprendre logre. Fit remarquer Séréna.
_ Daccord mais quil sexcuse dabord, on ninsulte pas la montagne comme çà ! Continua Raptou visiblement non satisfait.
Le regard que porta la magicienne à ses amis mit fin à toute discussion et il reprirent la route. Ils dominèrent bientôt la gorge et une bonne partie de la plaine. Non loin, une corniche donnait sur lentrée dune grotte, naturelle au premier regard !
Les armes furent dégainées et ils avancèrent avec circonspection. Le nain tenait nerveusement sa hache avec la joie toute naine de pouvoir tuer un ogre. Guillaume plus calme se préparer mentalement à un combat qui promettait dêtre difficile. La magicienne derrière se maudissait de nêtre pas plus expérimenté ; elle avait vu ses pairs griller des troupes entières dOrques avec une seule boule de feu. Ses pitoyables projectiles magiques ne pouvaient que chatouiller lennemi, elle sempara donc de sa fronde espérant rivaliser avec « David ». Elle se jura dêtre un jour assez puissante pour pouvoir défier un homme comme Tycrhin et rétablir la justice et le bien dans les royaumes.
Le combat vint plus vite que prévu, semble-t-il repérés, les compagnons virent logre surgir de sa grotte, lépée en avant, un terrible cri à la gorge. La surprise passée, Raptou évita facilement lattaque lourdaude de cette montagne de muscles. Il fit une roulade et passa entre les jambe de ladversaire donnant au passage un rude coup de hache dans la jambe. Imperturbable, logre laissa son épée avancer dun mètre obligeant le guerrier à sagenouiller retenant de ses deux mains la claymore qui bloquait limmense lame. Séréna navait aucune ouverture pour lancer sa bille et elle se reposa sur sa magie. Pendant quelle incantait, logre, décidément bon combattant, se positionna face à la paroi, décrivant force moulinets. Cette tactique força ses adversaires à se rapprocher dangereusement du bord de la falaise. Mais une boule dénergie lui grilla les côtes et il fit mine sécarter apeuré par cette sorcellerie. Guillaume en profita et lança une offensive, aussitôt bloqué par logre. Raptou eu plus de chance, occupé par le guerrier, son ennemi neu pas le temps déviter sa hache ; une large plaie saigna à la jambe. Avec lénergie du désespoir, logre attaqua le voleur et frappa de sa lame le roc granitique, des éclats de pierres jaillirent alentour blessant le nain qui avait sauté de côté. Guillaume profita de la rage de logre et lui donna un solide coup de claymore qui le fit basculer dans le vide. Un long cri de terreur résonna sur les parois, emplissant deffroi même les plus braves.
_ Je ne my ferais décidément jamais, fit Séréna horrifiée.
_ Alors tu auras encore ton humanité et ce sera préférable, assura Guillaume à son amie.
Ils rentrèrent dans le repaire, il devait bien y avoir quelques trésors ! A peine à lentrée ils furent assaillis par une puanteur indescriptible. La putréfaction se mêlait avec lodeur de la sueur, du renfermé et de la pourriture. Le nez sensible de lelfe ne le supporta pas et elle dut sortir se retenant avec peine de vomir. Guillaume mi un tissu sur son nez et regarda les alentours. Des tas dos éparpillés sur le sol donnait un air macabre au tableau, un mouton à moitié dévoré pourrissait dans un coin, des nuages de mouches volèrent au passage du visiteur. Il ne trouva la que quelques pièces dargent et il dut renoncer à fouiller plus en avant, la nausée le gagnant à chaque seconde.
_ Comment peut-on vivre dans une telle puanteur ? Cria Raptou qui était resté à lentrée.
_ Cest difficilement imaginable, en effet ! Continua le guerrier, mais javais déjà entendu parler de tels endroits. Les ogres vivent parfois en communauté et des complexes entiers de cavernes ressemblent à ce cloaque.
_ Et bien la chasse aux ogres est moins excitante que prévue, dit simplement le nain.
Tous rêves de trésors disparus, ils repartirent dans la vallée et le soir ils dormirent sous les étoiles, non loin du château.

Chapitre VIII : A l#8217;assaut !

Par Frolo Xeres le 6/12/2002 Ă  13:12:32 (#2723876)

Au petit matin, ils contemplèrent les reflets du soleil sur la paroi granitique du plateau. Le voleur cherchait une voie qui lui serait praticable. Tout en identifiant ses prises il comptabilisait le matériel nécessaire à lascension.
_ Et cette maudite entrée, pesta-t-il, où peut-elle bien être ?
_ Quoi quil en soit, reprit doucement Séréna, nous devront grimper de nuit.
_ Et prévenir les elfes de notre attaque ! Finit Guillaume qui comprenait les pensées de son amie.
_ Alors allons parler Ă  Eric, proposa le nain, qui simpatientait.
Ils partirent une fois de plus sur la route, en direction du village. Celle-ci était plutôt monotone ; la forêt sur la gauche ne présentait quune lisière unie de jeunes chênes et darbrisseaux. A droite, la plaine herbeuse laissait vite la place aux infinies mares malodorantes du marais de Gobloys. Seule lelfe trouvait une variante dans la beauté de la nature environnante ; chaque arbre paraissait pour elle comme une vie à part entière et une histoire des plus passionnante. Vers midi, ils étaient auprès du village. Lui non plus navait pas changé ; le chant des fidèles filtrait du temple aux dômes immaculés. La douce mélodie de la chorale Ilmatèrienne, apaisait les curs. Pour un peu, le nain aurait apprécié les dieux humains Ils filèrent droit vers la magnifique bâtisse du bourgeois et toquèrent à la lourde porte de chêne. Les décors, sculptés sur le bois eus fait honneur à larbre à qui il appartenait, se surpris à penser Séréna !
Le majordome les fit entrer et les annonça à son maître :
_ Que de civilités, maugréa Raptou ! Nest-il pas possible daccéder à la table en attendant son hôte ?
_ VoilĂ  qui te ressemble tout Ă  fait mon cher goinfre de nain ! Chuchota le guerrier dans un Ă©clat de rire.
_ Je vois que les nouvelles sont bonnes ! Fit Eric en arrivant. Vous mavez lair en forme. Voulez-vous un peu de vin ? Demanda-t-il les menant dans le petit salon.
Ce quy vit Raptou le laissa pantois ! Sur une table, des mets dignes dun roi sétalaient, rien que pour eux. Lelfe fut blessé de voir sétaler tant de richesse, alors quau dehors maints paysans avaient du mal à nourrir leur famille. Mais elle cacha son malaise et elle pria seulement pour que cet homme ne soit pas le nouveau seigneur de la vallée. Le voleur quant à lui, ny vit aucun inconvénient et Guillaume se garda de porter le moindre jugement.
Quoi quil en fut, ils parlèrent toute laprès-midi de leurs aventures. Eric fut navré pour laccident de la magicienne et parut un moment douter de lissu du combat qui sannonçait. Puis il leva haut son verre et porta un toast à la victoire de la liberté. Le soir venu il fit chercher la longue corde de chanvre et les pitons que le voleur lui avait demandés. Puis avant le départ des compagnons il leur décrit lemplacement de lentrée secrète. Il leur souhaita toute laffection de Tymora la déesse de la chance et les regarda séloigner dans lobscurité grandissante. Enfin il rentra, lair satisfait. Un homme sortit de lombre de lescalier et demanda dune voix roque :
_ Es-ce pour maintenant ?
_ Oui, envoie les hommes ! Dici quelques heures, le pouvoir sera entre nos mains et le trésors ! Le visage dEric avait prit un air sinistre et dévorant dambition.

*
* *

En reprenant la route, les compagnons rencontrèrent Vangère, ils regardaient les étoiles, pensif.
_ Vous y allez ? Demanda-t-il.
_ Prévient tout le monde que demain, il ny aura plus de tyran dans la vallée ! Scanda Guillaume, des rêves de gloire pleins la tête.
_ Alors elfes et humains fouleront ensemble une terre renouvelée, continua Séréna qui pensait à tout autre chose.
_ Dans ce cas, que Corellon guide vos coups, dit le roi des elfes sinclinant !
Ils repartirent, plus décidés que jamais. Un peu avant minuit, ils étaient au château, au bas de la vertigineuse paroi de granit.
_ A toi de jouer ! Chuchota Guillaume au voleur.
Celui-ci sortit la corde, enfila les pitons et posa le pied sur la première prise. Lascension fut longue et laborieuse. Plus dune fois, un roc se délogea et tomba lourdement sur le sol en contrebas. A chaque chute de pierre, la crainte dêtre découvert stoppait Raptou pendant plusieurs secondes ; loreille tendue il guettait le moindre bruit de bottes. Mais le pire narriva pas. Enfin sur une corniche, le voleur sarrêta, sondant lobscurité alentours. Il bloqua un piton dans la roche avec le moins de bruit quil put faire ! Décidément, ils dorment à point fermé dans cette forteresse, pensa-t-il heureux quil en soit ainsi. Il fit descendre la corde lentement et sarrêta lorsquil neut plus de mou. Ce devrait être suffisant, chercha-t-il a se persuader. En effet, on tira sur la corde et en quelques minutes, Guillaume fut à ses côtés.
_ Lentrée est par-là, chuchota le nain montrant un enfoncement de la paroi à plusieurs mètres sur la droite. Crois-tu que tu pourras latteindre ? Demanda-t-il à son ami.
_ Facile ! Fut sa réponse, pas tout à fait vraie.
Le dos plaqué au mur, les pieds à moitié dans le vide il progressa lentement, mesurant chaque pas. Quand il fut dans le passage, Séréna avait atteint la corniche. Elle aida le voleur à remonter les sacs à dos, attachés au bout de la corde. Puis elle rejoignit le guerrier, plus agile dans ses mouvements. Heureusement quil fait noir, pensa-t-elle, pas vraiment sûr de sa réaction si cent pieds de vide apparaissait sous elle.

*
* *
Le passage, haut de seulement cinq pieds, obligeait Guillaume à se baisser mais convenait parfaitement au nain qui se trouvait enfin dans son élément. De leur vision nocturne, lelfe et le nain guidèrent leur ami tout au long de la progression. Elle ne fut guère longue et en quelques instants ils étaient devant un cul-de-sac.
_ Malédiction ! Pesta Raptou. Tout çà pour çà !
_ Attends, fit Séréna qui vit la clef autour de son cou luire faiblement.
Comme mue par magie, un pan de mur pivota devant eux, pour leur laisser la place.
_ Voilà qui est intéressant, lâcha le nain. Comment ny ais-je pas pensé plus tôt ?
Ils passèrent par louverture et avancèrent quelques mètres encore avant de se retrouver devant une porte. Au premier aspect elle était pourrie mais de la lumière filtrait par des interstices pas plus grands quune épingle. Cela ne les empêcha pas dy jeter un il et ce quils virent ne leur fit pas plaisir.
Dans une caverne qui avait du être naturel, deux gardes, assis confortablement autour dune table jouaient aux cartes. Ce poste de garde avait été muni dépais murs de pierre. Quatre torches éclairaient lensemble de leur lumière blafarde. Malgré tout, des reflets au sol révélaient de magnifiques dalles polies. Ce devait être un lieu important pour les elfes ! Pensa Séréna, incapable de croire quil sagissait là dun travail dhumains.
_ Défonçons la porte, proposa Raptou pour qui le mot finesse signifiait rien.
_ Et moi je dis quil faut toquer ! Continua Guillaume lesprit toujours pratique.
_ Par les dieux, calmez-vous, chuchota Séréna, on va se faire repérer !
Elle risqua un il et vit que les gardes sétaient levés et regardaient dans sa direction. Ils avaient lair plus apeurés que prêts au combat. Pourquoi un tel comportement ? Mais oui ! Cette partie est sensée être condamnée et inhabitée ! Profitant de la situation elle sempressa de demander à Guillaume de défoncer la porte. Bien que surpris par ce revirement de pensé, il sexécuta et sécrasa sur le sol de marbre. Sur un cri de lelfe, la bataille sengagea :
_ Chargez !
Les lames sentrechoquèrent. La surprise passée, les gardes furent de formidables adversaires. La hache de Raptou semblait pouvoir arrêter toutes les feintes de son adversaire. Malgré lallonge de son épée longue, le garde qui lui faisait face, ne voyait jamais sa lame toucher la chaire. De son côté Guillaume sen sortait moins bien. Ses coups formidables en puissance se heurtaient à la brillante épée du soldat. La rage que le guerrier mettait dans ces coups fatiguait le combattant autant que son adversaire. Si Séréna nétait pas intervenue, le combat aurait duré jusquà lépuisement des adversaires. De sa fronde elle assaillit les gardes, mêmes si toutes ses billes ne touchaient pas, chaque coup au but permettait à ses amis de prendre lavantage. En quelques minutes sen fut finit des gardes.
Les compagnons sen sortaient avec une vilaine plaie pour le nain et une légère entaille pour le guerrier. Séréna utilisa quelques herbes pour soigner la blessure de Raptou qui saignait abondamment. Ses soins prolongés redonnèrent au voleur un semblant de vitalité. Malgré son appartenance à la race naine, Raptou navait pas la forte constitution de sa race, chaque blessure lui en coûtait terriblement. Néanmoins, la rage du combat lui était toujours acquise !
Soudain, un éclat de voix parvint de derrière une porte de bois. Les trois visiteurs se positionnèrent hors de portée et écoutèrent.
_ Ce sont des appels au secours, fit Séréna lair rassuré.
Elle fouilla dans les poches des gardes et y trouva une clef de fer rouillé. Elle lintroduisit dans la serrure et tourna lentement. Lappréhension la faisait hésiter ! Puis la porte souvrit. Il y avait là une nouvelle grotte, bien plus petite que la première, elle était fermée par une grille. Dans la prison, deux elfes la regardaient suppliants.
_ Mon dieu, sécria-t-elle !
Elle se précipita pour les libérer. Ils avaient la peau sur les os et quelques lambeaux de cuir pour touts vêtements. Ils étaient transit de froid. Guillaume et Raptou rejoignirent la magicienne. Ils sortirent les couvertures quils tendirent aux prisonniers.
_ Tycrhin est-il responsable, demanda Séréna dans sa langue, comme pour mieux se convaincre !
Les elfes secouèrent la tête dapprobation. Ils faisaient peine à voir. Ils devaient être sous-nourris depuis longtemps pour être dans cet état. Le voleur leur offrit une outre deau fraîche et quelques biscuits secs. Bientôt remis, ils sexpliquèrent avec la seule personne qui pouvait les comprendre. La jeune elfe traduisit à ses amis :
_ Ils disent quils ont été faits prisonniers dans la forêt il y a de cela un mois. Ils faisaient partit dune troupe de dix archers qui harcelaient les soldats de Tycrhin. Mais un mage a rejoins le détachement et il a tué tous ses amis sauf eux deux et un autre elfe. Pendant quils étaient sur le chemin du retour, les pieds entravés de chaîne, leur ami a réussi à semparer dune lame et a égorgé le mage. Il fut aussitôt tué dune atroce façon ! Les soldats se sont acharnés sur lui
VoilĂ , cest tout !
_ Seulement un mois ! Lâcha Guillaume, à les voir jaurais dit quils étaient ici depuis plusieurs années ! Cest affreux !
_ Une raison de plus pour tuer au plus vite cette brute sanguinaire ! La haine et la colère se voyaient manifestement dans ses yeux émeraude.
_ Le fait que des mages assistent le seigneur est plutôt inquiétant, fit remarquer Séréna songeuse.
_ Tu as raison ! Surtout que ces soldats ne sont pas les derniers des bretteurs, continua le guerrier. Il sen est fallut de peu pour que nous remportions le combat tout Ă  lheure. Et nous Ă©tions trois contre deux !
_ Nous devons continuer, cria Raptou qui bouillait de rage.
_ Très bien, décida la magicienne, mais soyons sur nos gardes. Moins nous verrons de soldats, mieux il vaudra !
_ Accepté, céda le nain.
Une bataille rangée, voilà tout ce à quoi il aspirait. Mais oblitérer les remarques de ses amis relevait de la folie, il le savait bien ! Les elfes étaient trop faibles pour leur être dune quelconque aide. Ils leur montrèrent le passage qui donnait sur la falaise. Les elfes pourraient fuir par-là dès quils en auraient la force.

*
* *

Les forces et le courage revenus, les compagnons avancèrent dans la pièce centrale et gravirent les marches devant eux. Formant un passage étroit, une centaine de marches les menèrent devant une nouvelle porte de chêne. Contrairement à la précédente celle-ci semblait récente ! Le voleur posa délicatement loreille contre le bois et écouta.
_ Des patrouilles, chuchota-t-il ! Il doivent être quatre ou cinq Cest un couloir de château à nen pas douter quil y a derrière cette porte
Il passa ensuite Ă  la serrure :
_ De très bonne facture, fit-il sarcastique !
Il sortit ses rossignols et examina la serrure quelque temps. IL choisit lun de ses instruments, le plus fin et le plus long. Dans lautre main il tenait un crochet. Au bout de plusieurs minutes dattente insoutenable un déclic fort à propos retentit.
_ Ah ! Voilà qui est mieux, je me demandais quand cette serrure finirait par lâcher !
_ Attends, larrêta Séréna qui le voyait déjà ouvrir la porte ! Ecoute sil ny a personne avant de te jeter la tête la première !
Sa fougue métonnera toujours se dit lelfe a elle-même ! Comme on lui avait suggéré le voleur tendis loreille et reconnut vite le cliquètement caractéristique des armures des gardes délites. Ils attendirent donc que le bruit se dissipe. Ecartant le battant avec prudence, ils passèrent une tête et virent un couloir similaire au leur ! Plaqués contre le mur, ils observaient leur nouvel environnement.
_ Nous devons être dans le donjon ! Supposa Guillaume. Les meurtrières donnent sur la cour.
_ Un donjon rond, fit remarquer le voleur.
_ Attention on vient, prévint Séréna ! Par la droite !
Devant eux il y avait une porte ; à gauche et à droite le couloir suivait certainement le tour du donjon formant une légère courbure. A en juger par celle-ci le bâtiment devait être dun diamètre imposant. Nayant pas dautres choix ils sapprochèrent de la porte face à eux. Quelle fut ouverte fut un grand soulagement ! Ils sy engouffrèrent sans regarder à lintérieur. Refermant doucement, le voleur écouta !
_ Il Ă©tait temps, dit-il dans un souffle.

Chapitre IX : Le Château de Tycrhin

Par Frolo Xeres le 6/12/2002 Ă  13:15:21 (#2723901)

Il se retourna pour rassurer ses compagnons. Le spectacle quil vit le laissa sans voix. Devant lui, sétalant sur tous les murs, du sol au plafond, à environ vingt pieds plus hauts, des étagères supportait des milliers douvrages. On voyait de gros livres reliés de cuir, des rouleaux de parchemins, des piles de papier La pièce était éclairée par deux larges et profondes fenêtres donnant sur lextérieur. La lueur blafarde de la lune au travers des vitraux colorés donnait un air féerique à lensemble.
_ Quelle magnificence ! SĂ©merveilla la magicienne. Il y a lĂ  plus de livres que je nen ai vu dans toute ma vie !
_ Ohgma a là un joli sanctuaire, renchérit Guillaume, faisant référence au dieu de la connaissance et des arts.
_ Oh Corellon, je passerais bien les deux prochaines années à lire ces manuscrits, murmura Séréna !
_ Eh on na pas tout ce temps ! Se renfrogna Raptou ! DĂ©jĂ  la lune est basse. Je nous donne quatre heures avant que le soleil ne pointe. On nest pas encore devant le seigneur.
Le guerrier paraissait anxieux et finit par prendre la parole :
_ Continuons comme çà et nous lui rendrons visite avec les fers aux pieds. Ce donjon est bien gardé. Comment allons nous monter à la salle du trône ?
Ces paroles lancèrent un froid et il y eut un long silence ! Tous réfléchissaient au meilleur moyen de traverser les trois ou quatre étages qui les séparaient du seigneur. Tout à leur réflexion, Séréna fut contrariée par la caresse de lair frais. Doù vient-il ? Pas de la porte, elle est trop loin. Cette tenture ? Elle la souleva et mit à jour une nouvelle porte sous les yeux émerveillés de ses amis.
_ Ah bravo ! SĂ©cria Raptou. Il mit aussitĂ´t ses mains sur sa bouche conscient du bruit quil avait pu faire !
La porte neut pas besoin dêtre crochetée. Elle souvrit dans un grincement plutôt agaçant De lautre côté, il y avait une drôle de machine ! Ils étaient dans un puits aux murs polis. Des rails de fers avaient été attachés aux murs et montaient en vrille se perdant dans lobscurité. Un plancher était semble-t-il monté sur les rails. Au centre un était relié à une roue crantée, elle était bloquée par un loquet.
_ VoilĂ  bien la machine la plus bizarre que jai jamais vu, firent-ils en cur !
Manipulant lensemble avec prudence, Raptou compris vite de quoi il sagissait. Rose de fierté il annonça :
_ Nous sommes sur un monte-charge mes amis !
_ Que voilà une drôle didée, lui répondit le guerrier, pas à laise du tout.
Il leur expliqua comment il voyait la chose :
_ En actionnant le dans le bon sens, il sélèvera petit à petit. Il doit y avoir un mécanisme pour inverser le sens de rotation quelque part, continua-t-il parlant pour lui-même.
Ses recherchent furent fructueuses en quelques secondes. Dans lembrasure de la porte il découvrit un levier recouvert de toiles daraignée. Il lactionna. Un bruit métallique de rouages se fit entendre sous la structure puis sestompa.
_ Bien, nous pouvons monter maintenant ! SĂ©cria Raptou triomphal.
_ Tu nous étonneras toujours maître voleur, le félicita la magicienne.
_ Que faut-il faire au juste pour faire marcher cette machine infernale, reprit Guillaume sur la défensive.
_ Il va falloir que tu fasses jouer tes muscles mon bon prince, lui répondit linterpellé déçu par la réaction de son ami.
Le nain montra à ses amis comment il voyait la machine et fit une démonstration. Bandant ses muscles, il poussa une traverse et doucement le monte-charge se mit en mouvement. Tournant en rond il faisait monter lénorme masse lentement mais sûrement.
_ Celui qui a fabriqué ce dispositif est un vrai génie, fit soudain Raptou qui sétait arrêté.
Un simple loquet bloquait une roue crantée au fur et à mesure de lascension. Puis observant le mur il remarqua que ses dix tours de piste navait fait monter lengin que dun petit mètre.
_ Il a démultiplié la rotation du de façon à diminuer la charge ; décidément, jaimerais bien rencontrer linventeur de ceci !
Ses amis amusés le fixaient silencieusement se demandant combien de temps il pourrait rester ainsi à se parler à lui-même. Puis non moins surpris, ils le virent descendre par lespace qui restait de la porte et foncer vers la bibliothèque.
_ Il doit y avoir des plans de cette merveille dans touts ces parchemins, dit-il pour toute explication.
_ Eh, je te rappelle quon a une mission ! Lenjoigna le guerrier.
Il nécoutait déjà plus
_ Raptou, nous viendrons te chercher plus tard, le prévins Guillaume qui contenait mal sa colère.
_ Oui, oui, lui répondit le voleur dun air absent.
Raptou avait déjà renversé plusieurs piles de parchemins et fouillait frénétiquement parmi les manuscrits.
_ Quil en soit ainsi, acheva le guerrier Ă  bout de nerfs.
Il prit le et le fit tourner aussi vite quil put ! Il eut bientôt le tournis il dut ralentir le rythme. Finalement après plusieurs minutes ils étaient en haut. Comme dans la bibliothèque, le monte-charge donnait sur un couloir puis une pièce. De petite taille celle-ci nétait pas éclairée. Seule la vision nocturne de Séréna les guida dans lobscurité. Bien sûr ils avaient des torches mais linstinct leur disait de ne pas les allumer. Il ny avait rien dans cette salle. Au fond une tenture bouchait louverture dune porte. Des éclats de voix de lautre côté ramena les visiteurs à la réalité. Ils se collèrent au mur et attendirent. Rien ne se passa, les voix navaient pas bougé et ne semblaient pas appartenir à une patrouille. Séréna tendant loreille compris à quoi elle avait à faire.
_ Le seigneur, chuchota-t-elle ! Il est là derrière ! Nous devons être dans un passage secret juste à côté de la salle du trône. Il discute avec un chevalier, il semble plutôt énervé. Vite allons chercher Raptou. Cest maintenant ou jamais !
Reprenant le monte-charge Guillaume maudit le nain et ses obsessions, sil avait été avec eux ils auraient put charger et en finir une bonne fois pour toute. Le soleil nallait pas tarder à pointer. La mort des gardes du sous-sol nallait pas passer longtemps inaperçu !

*
* *

Le voleur cherchait toujours ses fameux plans parmi une multitude de textes.
_ Il doit bien être quelque part, pensa-t-il de plus en plus excité.
Malgré ses recherches, il ne trouva rien de concluant. Des livres sur les Royaumes Oubliés encore et encore ; Amn, Thétyr, Climshan, la lointaine Thay, la côte du Dragon Il se demandait quelle région navait pas ici son histoire. Puis un livre lintrigua. Ce nétait pas du commun quil y avait sur la couverture mais des runes elfique. Lécriture cunéiforme lui rappelait étrangement le livre de sort de son amie.
_ Voilà une belle trouvaille, fit-il fière de lui !
A ce moment, Guillaume et Séréna déboulèrent dans la pièce lappelant aussi fort quils losaient.
_ Quy a-t-il senquit le nain, le plus calmement du monde.
_ Nous avons trouvé le roi, lui expliqua Séréna. Là haut, une tenture donne sur la salle du trône. Nous devons agir vite.
_ Ah, nous le tenons ! Enfin nous allons venger les elfes
Ces paroles sonnèrent bizarrement dans la bouche dun nain mais elles nen étaient pas moins sincères. Ils reprirent le monte-charge. Tous se mirent à la tâche pour faire monter lengin.
Soudain le voleur tendit à Séréna, dun air distrait, le livre quil avait trouvé :
_ Tiens, ce te sera peut-ĂŞtre utile.
_ Mais il sagit dun grimoire ! Sexclama-t-elle surprise. Où as-tu trouvé çà ?
_ Dans la bibliothèque bien sûr ! Répondit Raptou qui ne sentendait décidément pas en magie. Est-ce que cela a de limportance ?
_ Si cest important ? Mais bien sûr ! Il y a dans ces pages des sortilèges qui pourraient nous sauver la vie.
_ Et bien utilise-les ! Se renfrogna le nain.
_ Ce nest pas aussi simple que tu voudrais le croire, continua-t-elle. Il me faut étudier les textes, cela risque de me prendre plusieurs heures ! Ensuite maîtriser lénergie nécessaire à un sort et autrement plus compliquer que de lire un livre ! Il me faudra plusieurs jours pour maîtriser les quelques enchantements que contient ce grimoire.
_ « Quelques ». ! Fulmina le nain. Ce livre de près de cinquante pages contient quelques sorts !
_ Silence ! Avertit Guillaume. Nous ne sommes pas loin de la salle du trĂ´ne.
Raptou se contint difficilement. Il sen voulait presque davoir donné ce livre à son amie. Elle le tenait maintenant sur sa poitrine comme pour protéger le précieux volume ! Les sorciers, quils soient bons ou mauvais ne lui inspirait que de la haine. Malgré tout, il se surprenait à apprécier Séréna. Ces pouvoirs ne paraissaient pas bien grand mais il savait quelle serait bientôt indispensable à la survie du groupe !
Plongés dans leurs pensées, ils avancèrent vers la tenture. Tous les muscles tendus, le guerrier ressemblait à un chat près à bondir sur sa proie. Le nain fidèle à sa race tenait sa hache haute. Il frapperait tout ce qui se présenterait à lui. Seule la magicienne semblait sereine, elle gardait la tête froide du moins en apparence .
Le rideau souvra ! Guillaume se jeta au milieu de la salle épée en avant. Raptou à ses côtés ils sapprochèrent du trône. Les chevaliers présents reprirent vite leurs esprits. Dégainant de longues épées ils sinterposèrent entre les assaillants et leur maître. Séréna se faufilât dans la pièce sans quon la remarque.
_ Tuez-les ! Sépoumona le seigneur. Montrez à ces marauds quon nattaque pas Tycrhin impunément !
Ne sy entendant visiblement pas avec les armes, le seigneur restait en retrait et observait la scène. Il ne vit pas la jeune elfe qui sapprochait de lui ! Il cherchait des yeux larbalète quil tenait caché près de son trône.
De leurs côtés, Guillaume et Raptou navaient pas la partie facile. Loin dêtre des amateurs, les chevaliers savaient manier leur lame. Les utilisant dune main experte ils frappaient de taille et destocs, prenant lavantage petit à petit. Les féroces moulinets du nain rencontraient toujours le fer et aucun ne touchaient au but. Quand a Guillaume, ces coups forts de leur puissance, nattaquaient que le vide. Agile comme un chat son adversaire jouait avec lui, travaillant son souffle.
Tycrhin sempara alors de son arbalète. Il essayait désespérément de charger son carreau quand le froid mordant dune dague se posa sur sa gorge. Il étouffa un cri mais ne se débattit pas.
_ Un mouvement et vous êtes mort ! Lavertit Séréna.
Avoir un homme, comme çà, sous son pouvoir, lui donnait la nausée. A ce moment elle aurait voulut se trouver nimporte où sauf ici, à menacer un homme. Un coup sec et elle le tuerait pour de bon. De la marche du trône, elle réussissait juste à tenir sa lame Conscients de sa situation précaire, le voleur et le guerrier lui portèrent un regard implorant ! Reprenant courage, elle cria :
_ Dites-leur de lâcher leurs armes ou je vous coupe la gorge !
_ Et après, que ferait-vous ? Vous naurez nul part où aller ! Vous navez aucune chance de vous en sortir ! Rendez-vous et je vous promets de vous accorder une mort rapide !
Perdant ses forces, Séréna retomba un peu sur ses talons la lame ainsi tirée mordit la chaire, un mince filet de sang coula.
_ Très bien, sétrangla le seigneur ! Jetez vos armes vous autres !
_ VoilĂ  qui est mieux, sexclama Guillaume ramassant les armes des chevaliers.
Il avança vers le seigneur et remplaça la magicienne qui avait du mal à tenir sa position !
_ Je ne sais pas pourquoi je ne vous tue pas tout de suite ! Sécria le guerrier fou de rage ! Vous êtes un meurtrier ! Un infâme bandit ! Vous avez détruit une paix durable avec les elfes et massacré de nombreuses familles.
_ Les elfes ne méritent pas de vivre ! Cria-t-il ! Ces faibles créatures ne savent que faire la fête ! Elles usent de magie noire !
_ Vous me faites pitié jeune seigneur ! Sécria Séréna ravalant une haine soudaine pour cet humain !
_ Jeune ! Railla lhomme, je suis sur ma cinquantième année, sale putain !
Avec leffet dune gifle, linsulte révulsa la magicienne qui eut soudain lenvi de lui transpercer le cur ! Mais un regard appuyé de Raptou len dissuada. Après tout il avait raison quand il avait dit quils navaient nulle part où aller !
Puis sortit de derrière une tenture, deux gardes crièrent comme des forcenés se jetant sur le guerrier ! Celui-ci leur fit face, plaçant le seigneur entre lui et eux. Il resserra son emprise entaillant de nouveau la peau :
_ Stop, ordonna-t-il !
Son cri fut aussitôt reprit par le seigneur qui avait la chemise maculée de sang. Même sans gravitées, ses blessures lui faisaient un mal de chien, serrant les dents il osa demander :
_ Ne seriez-vous pas de la race de ces démons aux oreilles pointus.
Il regardait Séréna, fulminant, comme si la rage de la jeune elfe pourrait lui être salutaire ! Il jouait avec le feu. Mais déjà quatre de ses meilleurs éléments se trouvaient dans la salle ; au moindre relâchement du colosse aux cheveux noirs ils tueraient ces imbéciles qui osaient le défier !
_ Il semblerait que nous soyons dans une impasse, finit-il par dire, voyant que linsulte navait pas plus envenimé la magicienne.
_ Quy a-t-il derrière cette tenture ? Demanda Raptou désignant la tapisserie où étaient apparu les gardes.
Il savança prudemment et écarta le tissu. Un escalier en colimaçon descendait au fond dun couloir. Des torches brillaient plus bas !
_ VoilĂ  notre porte de sortie ! SĂ©cria le nain.
_ Non ! Beugla le seigneur ! Je ne passerais pas par-lĂ  !
La peur se lisait visiblement sur ses traits !
_ Quy a-t-il au bout de ses marches ? Interrogea Séréna que le rictus de Tycrhin navait pas convaincue.
_ Vous mourrez, si vous descendez par-là ! Il y a la salle du trésor, mais son gardien vous empêchera de prendre quoi que ce soit !
_ Et bien sil y a un gardien, vous lui direz que nous sommes des amis ! Reprit la magicienne, faignant un sourire.
_ Non, vous ne mamènerez pas là bas ! Hurla-t-il comme si sa vie en dépendait.
Il se débattit avec vigueur mais ne réussit quà se blesser encore plus.
_ Vous nous suivrait que vous le vouliez ou non ! Sempressa dajouter le nain.
Dans un cri de désespoir à vous tourmenter toute une vie, il leva la tête au ciel et se donna la mort empoignant la lame de Guillaume. Il tomba au sol, sétalant dans une mare de sang.
Tous dans la salle furent pétrifiés. Un silence de mort accueilli la fin du seigneur. Ses chevaliers mirent un genou à terre et firent une prière silencieuse. Les compagnons restaient là sans voix ; lacte donnait à réfléchir. Comment un homme comme lui pouvait donner ainsi sa vie pour sauvegarder son trésor ? Ou du moins ce devait être le pourquoi de son suicide !
Guillaume, Séréna et Raptou regardaient le corps sur le sol, le visage défiguré par un cri silencieux.
_ Quel courage ! Finit par dire le guerrier. Voilà qui mérite le respect ; je vais dire une prière pour cet homme.
Les gardes sapprochèrent ; Guillaume releva sa lame, prêt à vendre chèrement sa peau.
_ Vous navez pas besoin de çà ! Dit simplement le premier homme. Cest finit Le seigneur Tycrhin est mort !
Dans le silence pesant qui suivit seul le bruit du sang qui coulait perçait. Séréna avait la nausée. Comment ? Pourquoi ?
_ Et bien, si nous allions visiter cette salle du trésor, déclara Raptou. Nous avons des paysans à nourrir, continua-t-il presque sincère.
_ En avant !
Guillaume cherchait à oublier les dernières minutes Séréna ne croyait pas pouvoir y arriver un jour ! Mais quimporte ! La vie continuait
Ils descendirent lentement sattendant à toute sorte de danger. Raptou, devant, sondait les murs et le sol utilisant son art pour repérer les éventuels chausse-trappe. Lescalier, long de plusieurs centaines de marches se perdait dans les profondeurs. Sur les murs, à intervalle régulier, des torches scellées dans la pierre éclairaient linterminable progression. Les flammes tout à fait naturelles ne semblaient pas consumer le bois de la torche. Quel est cette sorcellerie ? Autant ne pas chercher à savoir. Mais la pente si raide de lescalier donnait vite mal au jambes. Malgré la douleur qui piquait leurs membres inférieurs les aventuriers tinrent bon. Et à force de persévérances ils parvinrent au bout de leurs peines. Lescalier débouchait sur une large caverne, haute de plusieurs dizaine de mètres. Même lentrée vivement éclairée, on apercevait difficilement les plus grandes stalactites. De même la grotte se perdait dans lombre. Qua cela ne tienne ! Ils nétaient pas venus jusquici pour repartir aussitôt. Saisissant la dernière torche du passage, Guillaume sengagea, éclairant le passage à ses compagnons. Non sans appréhension, ils le suivirent. Ne voulant pas trop vexer le guerrier, le nain et lelfe ne lui rappelèrent pas quils y voyaient grâce à leur infra-vision. Habitué à lobscurité, Raptou pouvait distinguer un mouvement à plus de vingt mètres. De son côté Séréna pouvait se repérer dans un environnement obscur grâce à une forme de vision infrarouge caractéristique des elfes. Tout lui apparaissait en une variante thermique. Mais la lueur de la torche leur interdisait lusage de ces sens.
Et là, devant les yeux émerveillés des trois compagnons, un magnifique trésor. Un tas de pièces reposait sur le sol. De cuivre, dargent, dor ou de platine elles renvoyaient la lumière de la torche en un arc-en-ciel féerique. Il devait y avoir des milliers de pièces, mais aussi des coupelles, de la vaisselle, diverses sculptures Un trésor que bien des rois navaient même pas vu en rêve.
Un affreux crissement tira les aventuriers de leur contemplation. Se retournant, ils firent face à un spectacle effrayant. Deux immenses araignées les menaçaient de leur impressionnante masse. Larges de trois mètres et hautes de deux, elles avaient le corps aussi gros que les pattes étaient longues. Couvertes de poils noirs elles émettaient un bruit des plus sinistres. Un liquide verdâtre suintait de leurs crochets rongeant le roc. Les compagnons savaient que sils étaient touchés, ils ne pourraient rester longtemps en vie ! Epée au clair, Guillaume tenta un premier assaut. Raptou lança sa hache sur le monstre. Les deux armes touchèrent, arrachant une plainte à leurs victimes !
Mais les araignées ne savouèrent pas vaincu, elles revinrent à la charge avec une vitesse surprenante. Virant de droite de gauche, chaque coup de patte venait de tout côté. La tête au niveau du corps, Raptou ne se sentait pas très à laise. Fortement galvanisé par le combat, les nains sont réputés pour la hargne dont ils peuvent faire preuve. Devant un tel adversaire, Raptou faisait pâle figure. Derrière ses amis, Séréna incantait déjà ; de laide serait la bienvenue. Redoublant defforts, Guillaume jouait de lépée. Avec ses dix kilogrammes, la claymore traçait dans les airs une spirale de mort. Vive comme léclair, la mygale géante évitait tous les coups.
_ Peste sur ces monstres, lâcha Raptou qui envoyait sa hache en pure perte. Tel un boomerang elle revenait toujours dans ses mains. Léclair rouge frappa une des araignées ; celle-ci nen eut cure, elle continua sa course. Tentant le tout pour le tout, le nain tomba au sol au moment ou son adversaire fonçait sur lui ! Il leva sa hache, entaillant les yeux du monstre. Fou de rage, il courut en tout sens cherchant linsecte qui lavait meurtrie. Saisissant loccasion, Guillaume attrapa le blessé dun formidable coup de claymore. Laraignée, tomba au sol pour ne plus se relever. Sa sur courait déjà vers le meurtrier pour venger ce meurtre ! Heureusement Raptou sétait relevé, il sauta face au monstre qui le renversa lui plantant ses énormes crochets dans l épaule. Séréna qui armait sa fronde vit le venin couler sur la plaie. Lâchant son arme elle fouilla dans son sac à la recherche de quelques herbes médicinales. Guillaume de son côté, déchaîna toute sa hargne sur lanimal. Il finit par planter son épée, mettant fin au terrible combat.
De son côté, Raptou luttait de tout son corps pour combattre les effets du poison. De forte constitution les nains, avait plus de facilité à résister à de telles substances. Ces traits raciaux lui sauvèrent la vie. Séréna posait un cataplasme sur la blessure.
Tous sassirent, exténués !
_ Je comprends pourquoi le seigneur ne voulait pas descendre ! Sil ne contrĂ´lait pas ses monstres, il navait pas envie de finir dans leurs estomacs. Railla Guillaume.
_ De tels monstres ne vivent pas sur des toiles ? Fit remarquer Séréna.
_ Non, il existe des espèces daraignée qui vivent dans des terriers et attaquent ceux qui passent près de leur antre ! Expliqua Raptou.
_ Le trésor est donc tout à nous ! Sexclama Guillaume qui avait mystérieusement retrouvé ses forces.
_ Aux paysans et aux elfes ! Rectifia Séréna, un il sévère posé sur son compagnon.
Raptou perdit toute velléité de semparer du trésor. Les quelques pièces quil avait dans sa main tombèrent bruyamment sur la roche. La mou du voleur faisait peine à voir.
_ Mais ! Insista-t-il. Nous sommes là pour çà à la base nous venions pour ce trésor ?
_ Et bien, peut-être les elfes nous en laisseront-t-ils un peu en échange de notre aide. En attendant, nous devons retourner en haut. Les elfes doivent investir le château à lheure quil est !
La détermination dans la voix de la magicienne navait jamais été aussi forte.
Elle prit la direction des escaliers dun pas décidé.
_ Et le trésor ? Gémit le nain dont le cur été déchiré entre un besoin naturel et une amitié sans faille.
_ Il est resté ici longtemps ! Il ne bougera pas, dit alors Guillaume compatissant.

Suite et fin du livre Premier.

Par Frolo Xeres le 6/12/2002 Ă  13:17:37 (#2723910)

Ils remontèrent donc lescalier. La montée fut aussi éreintante que la descente et après ces aventures, les forces des trois amis étaient un peu faibles. Il fallut plusieurs pauses pour quils reprennent leur souffle. Même Séréna, qui avait un mauvais pressentiment, dut sarrêter à contre cur. De retour dans la salle du trône ils ne trouvèrent personne. Seule une mare de sang rappelait le combat qui avait eu lieu.
_ Descendons, proposa le guerrier, ils doivent ĂŞtre dans la cour Ă  tenir conseil.
Les doutes de la jeune elfe augmentèrent ; Que pouvait-il se passer qui la mette dans des états pareils ? Son cur battait à tout rompre, elle menaçait de sévanouir. Elle pressa le pas dans lescalier, manquant se rompre le cou. Suivie de près, elle arriva dans une grande pièce qui devait servir aux repas de fête. De grandes tables étaient encore couvertes de couverts sales.
Mais, fait étrange : Le bruit du fer résonnait On se battait au dehors. Faible, le cliquetis caractéristique des armures filtraient par les vitraux.
_ Enfer et damnation ! Hurla lelfe. Si les paysans se font massacrer !
Ils se précipitèrent à la plus proche fenêtre. Le spectacle que les compagnons avaient devant eux avait de quoi troubler. Dans la cour, deux hommes ou plutôt un homme et un elfe, ferraillaient.
Tout autour, chevaliers, paysans, elfes et mĂŞme des gens en chemise de cuir, observaient le duel en silence.
_ Vangère ! Eclata Séréna qui lavait reconnu.
Lappel distraya le combattant qui leva les yeux. Dun coup vicieux, son adversaire en profita pour le blesser au bras. Laction de lhomme le mis à découvert
_ Eric !
Tous trois surpris, les compagnons avaient reconnu les combattants. Quelle folie les avait poussés à un tel acte ?
Courant comme des dératés, ils descendirent les dernières marches qui les séparaient de la cour.
_ Quel est cette folie ? Cria Guillaume qui sétait interposé entre les duellistes. Jexige une explication !
Il regarda autour de lui fixant tour Ă  tour elfes, paysans, chevaliers Une main sur sa blessure, le prince sexpliqua :
_ Je suis venu au château avec quelques archers et tous les paysans que jai pu rencontrer. Arrivés aux portes nous les trouvions ouvertes. Les hommes aux vêtements de cuir que vous voyez là, combattaient les chevaliers. Eric, à côté, revendiquait la couronne ! Fort de leur code de chevalerie, les gardiens devaient avoir lavis du peuple sur le prochain seigneur à désigner. Mes archers positionnés, je fit arrêter le massacre. Jai ensuite tenté de raisonner Eric ; cétait lami de mon père ! Comment a-t-il pu tomber aussi bas ? De la voix du peuple, je fus élu nouveau régent de la vallée. Contestant ce choix, Eric demanda ce duel et je dois laccepter ! Je suis le seigneur maintenant.
_ Plus pour longtemps, cracha le bourgeois dont la rage déformait les traits.
Derechef, il bondit sur Vangère ne prenant pas garde à Guillaume, encore au milieu. Eviter le coup fut facile au prince, mais sa blessure le faisait horriblement souffrir. Avait-il recouvert sa lame de poison ?
Mortifiée, Séréna sen voulait davoir déconcentré le prince Quant à Eric, lhomme qui avait été leur ami avait terriblement changé. Elle ne le reconnaissait plus Mais lavait-elle un jour vraiment connu ? Il les avait utilisés pour accéder au trône. Elle ne pouvait sempêcher de penser que si les prisonniers elfes navait pas prévenu Vangère, Eric aurait prit le pouvoir. Avec ses quarante mercenaires il naurait fait quune bouché des quelques chevaliers fidèles au code. Les gardes du château auraient alors suivi le nouveau seigneur, imposant une nouvelle tyrannie sur la vallée
Tout nétait pas gagné ! Malgré lagilité du prince, Eric savouait un adversaire redoutable. De plus la blessure de Vangère ne lhandicapait que trop. Le bourgeois reprenait lavantage. Comment rétablir la balance ?
Se persuadant que sa fourberie était légitime, Séréna se concentra. Comme tous les magiciens, elle pouvait créer de petits effets sans conséquence bien pratique dans la vie quotidienne. Elle fit apparaître deux minuscules flammes rouges devant les yeux dEric. Privé momentanément de sa vue, celui-ci recula épée haute. Vangère en profita, feintant une attaque il se propulsa vers le bas et donna un puissant coup dépée dans les jambes de son adversaire.
Le sang coulait de ses plaies, Eric tomba au sol, une malédiction aux lèvres. Vangère plaqua sa lame sous sa gorge et demanda :
_ Laisseras-tu en paix cette vallée ? Quitteras-tu nos champs et nos forêts pour ne plus revenir ?
Les bras levés vers le ciel, les dents serrées, Eric jeta un regard plein de haine à son interlocuteur :
_ Jamais !!
Vangère, ny tenant plus, exécuta la sentence La tête tomba à côté du corps, la rage à jamais gravé sur le visage
Libérée de soutient, une chaînette tomba elle aussi. Le symbole quelle soutenait apparut aux yeux de tous : un crâne noir entouré de larmes, le signe dun ancien dieu du meurtre : « Baal ». Tous connaissaient ce symbole. Pendant le temps des troubles - un temps où les dieux foulaient la terre - Baal avait été tué, mais il avait laissé derrière lui de nombreux fidèles qui ne désespéraient pas de son retour.
_ Voilà qui est troublant, bégaya Séréna, qui rompit le silence. Cet homme avait lâme noire et il sest bien joué de nous ! Mais le bien triomphe et à nouveau, elfes et paysans vont vivre libre et unis !
Elle prit alors le bras de Vangère et le teint vers le ciel :
_ Vive le prince ! Vive notre seigneur !
Repris par cent bouches les phrases furent scandées par la foule.
Têtes basses les mercenaires payés par le bourgeois attendaient la sentence. Et elle arriva :
_ Quant à vous ! Commença Vangère ; si vous voulez rester, replanter les arbres, travailler la terre, vous êtes les bienvenues ! Sinon, vous pouvez partir !
La nouvelle déclaration fut accueillie par les vivats du peuple.

Conclusion

Par Frolo Xeres le 6/12/2002 Ă  13:23:10 (#2723961)

Et bien voilà un premier jet des aventures des Compagnons de l'Amitié. De nombreuses aventures sont en cours de rédaction...
J'espères être édité un jour. Dans ce but j'aimerais que vous partagiez avec moi vos commentaires, et toutes les remarques qui vous passent par la tête pour m'aider à améliorer l'existant :
Style, histoire, orthographe,...

Si vous êtes arrivé jusque là c'est que vous avez un tant soit peut aimé cette histoire je m'en doute mais n'hésitez pas à y mettre le paquet !

:merci::merci:Un grand Merci :merci::merci:

Bravo !

Par Necroweb le 6/12/2002 Ă  22:45:47 (#2728405)

[HRP]
Bien le bonjour Frolo .. il se trouve que je suis nouveau sur le forum ( je viens seulement de poster ma description ) et que attiré par le titre ce sujet est le premier que j'ai lu. :)

Je tiens tout simplement à te dire que j'aime bien et que j'attends avec impatiente la suite des Compagnons de l'Amitié :amour:

Je suis moi-même en train de rédiger un récit de ce genre prenant sein dans les mystérieux conflits Drows ( voir ma suggestion de personnage dans les propositions ) et étant pas mal documenté à ce sujet ( oui je sais mes chevilles enflent un peu ), je me proposai, si tu en avais besoin, de t'aider un peu si tu décidais de faire intervenir beaucoup de Drows dans tes récits :)

En attendant je lit les autres "topics" afin de savoir s'il y aurait un moment opportun pour faire entrer mon personnage quelque part :D ( bien sur je demanderais la permission d'abord :ange: )

Continue donc dans ta lancer et Bonne chance pour ĂŞtre publier :)
[/HRP]

Par Frolo Xeres le 15/12/2002 Ă  18:59:15 (#2795498)

Le sujet semble clos...
Du moins il ne suscite plus un flot de réaction...
Si Kelben's veut bien le rajouter à la bibliothèque d'Oghma...

Si je le mérites bien entendu !

Par Kelden's le 15/12/2002 Ă  20:58:32 (#2796470)

Caarlos habiller de l'habillement traditionnel des prêtre de Oghma: Chemise Blanche et veste noir brodé d'or. Finis de noté sans la moindre erreur l'histoire raconté par le Messire Xeres. Avant de se lever et de donner une poigné de main à se dernier.

-Merci pour ce récit, je lui avait déja réservé une place dans la bibliothèque.

Par Naphylis Amandier le 18/12/2002 Ă  17:12:56 (#2823826)

J'attends avec impatience qu'il parle enfin de moi... m'enfin il est arrivé tant d'aventure à mes compagnons avant qu'ils me rencontre que je ne serais pas étonné de voir mon nom apparaître d'ici plusieurs mois !

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