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La p'tite bulle qui monte, qui monte ....

Par Darhtagnan-MdS le 22/6/2002 à 4:10:18 (#1693372)

"Et les bulles non plus monteront, mais descendront
Dans le verre des buveurs, dans la chope des licheurs
Et ainsi elles périront, au fond elles eclateront
Aux heures amères, temoin muet rempli de rancoeur
de la sourde disparition
du dernier litron"

Prophétie MdS.



Une après midi de printemps, sur Arakas.
Le soleil triomphe, il est partout.
Les chemins de terre se liqu√©fient en une boue mouvante et floue ruisselante de chaleur. L'air, charg√© d'une humidit√© etouffante, para√ģt fig√©, comme emprisonn√© sous une chape de plomb.
Plus un mouvement. Plus un souffle. On attend.

Geena, vétue simplement d'une étamine de soie (cadeau d'un ex-pensionnaire de l'etablissement aux jours sombres pendant lesquels il ressassait la mort d'un proche), fait sauter l'ultime bouton qui retenait la chemisette de s'abandonner au vent tiède qui souffle depuis les sous sol.
A l'ombre brulante des murs de la taverne, elle rédige un cours sur la tenue des liqueurs mousseuses par temps sec, et c'est avec une expression de souffrance qu'elle mordille son crayon, à la recherche du mot juste, de l'adjectif adéquat. De même que l'unique client, lui aussi, revasse, sur la grace de sa cambrure, satiné moiré de la douce peau cuivrée ... la dentelle lache et pudique qui d'un air mutin semble decouvrir plus que cacher le capiteux cadeau perlé de chaleur que la serveuse s'entête à masquer au pauvre hère.

-HOLA ! Geenaaaa ! Une bière, pour un assoiffé, crébondieu ! ..
Il a craqué, le bougre.

Mais Elle ne fait même pas attention à lui. Elle a finit son travail, et s'en va le livrer à son commenditaire.
Incrusté dans le parchemin qu'elle tient à la main, ficelé d'un ruban rouge, on pourra y lire, délicate ecriture, ceci :
" La bouteille est ouverte. Regardez, les fines bulles montent √† la surface, elles √©maillent le vin limpide et scintillant. Or ? jaune paille ? ros√© ? ... La robe d'une vin de baie en dit deja long sur ce que vous allez decouvrir : une p√©tillance, des ar√īmes, des go√Ľts, une √©motion attendue ou surprenante, jamais vraiment la m√™me, jamais vraiment une autre. [...] Son bouquet m√©rite toute votre attention.
Au dessus de la chope, passée la première effervescence, humez ... lentement, longuement ...recommencez. Ces senteurs appartiennent elles à la grande famille des fleurs ? ou des fruits ? A celle des végétaux ? En bouche, à présent, resistez, osez l'y garder quelques instants, faites le rouler dans votre palais. Nectar de Coeur ? d'Ame ? de Corps ou bien d'Esprit ? ...
S'en suit le reste du cours. A la fin, quelques exemples de cuvées fameuses :
-Un tonneau de Saint Efligen, Ancien Prêtre de Windhowl, est aisemment reconnaissable : Un vin tendre, à la robe teintée d'or vert, sablée et brillante, suave en bouche. Une dentelle de bulles généreuses, embaumant la belladone et l'ecorce de démoniaque. Un vin scintillant et moelleux.
-Une barrique de l'Auberge de Stonheim la lointaine, o√Ļ officie Daran : Puissance, nervosit√©, c'est une liqueur ent√©tante, d'un ros√© flamboyant.
-Une coupe de vin des montagnes de Jarko sera lumineuse, parfaite, d'une finesse inégalée, reflet de brioche tiède, exhalant des senteurs de Redempteur et de Seraphin, parfait pour les cérémonies officielles et autre rituels requiérant à la fois classe et simplicité."

Bravant la chaleur sous un petit voile, Geena s'enfuit vers la forêt. Elle croise Arael, plongé dans un tonnelet vide, préambule précoce aux joies de la plongée. Plus loin, c'est d'un salut de tête amusé qu'elle dépasse Erika, furibonde, cherchant manifestement quelque chose de fort précieux voir même de fort capricieux. Arrivée au premier carrefour, passé le pont de Lightaven, elle coupe sans hésiter à travers les bois, peu farouche et manifestement pas inquiète des hordes gobelines qui patrouillent aux environs. Après une heure de marche, elle s'arrête.
Et un sourire aux lèvres, elle disparait.

C'est à ce moment précis qu'une petite bulle décide de fuire le tonneau bouillonnant dans lequel on la retient prisonnière depuis trop longtemps. Elle force sur le bouchon et exerce sa divine pression, avec l'aide salutaire d'une fermentation embalée par la température surélevée.
Plop ! ... le bouchon a saut√©, et personne pour le remarquer. La bulle s'envole, ivre de joie, s'extasiant de la magnificience des vo√Ľtes travaill√©es √† la main et sous lesquelles elle file √† pr√©sent en direction d'une enorme porte en bois vermoulu.
Une petite bulle, ca se faufile partout, et ca sait eclater pour mieux rebondir.
Une péripétie après l'autre, la voila dans la grande salle déserte d'un vieux chateau. Aux murs pendent de grandes draperies, or et blanc.
Au centre de la salle, tr√īne une table, garnie d'une unique chopine. La bulle h√©site, mire le verre et fonce tout droit, forte de son instinct naturel, mais d√©vie √† gauche, m√©fiante: en effet, le boc est vide ... et elle a remarqu√© une fen√™tre ouverte un peu plus loin. Et la petite bulle de flotter energiquement vers cette lucarne inond√©e de soleil.
Dehors, pas un bruit, mais un silence respectueux de la beauté du lieu. Le parvis dallé de marbre gris fait face, légerement surelevé, à un immense jardin s'étendant à perte de vue. Cinq colonnes de chaque coté et une demi douzaine en face de la monumentale entrée délimitent ce parvis, au centre duquel triomphe la statue haute de 100 pieds représentant le Premier Vendangeur.
La delicatesse d'un odre corinthien flamboyant donne à la petite bulle l'impression de dominer tout ce qui, elle s'en rend compte maintenant, devrait en réalité être un temple.
En fr√īlant le sommet des pilliers, elle distingue l'astragale en feuilles de vigne, la rosette delicatement cisel√©e qui devient une frise de chopines debordantes de mousse. Elle traverse ainsi au gr√© des courants la herse de marbre blanc. Un berceau de vigne invite √† p√©netrer dans le parc.

La bulle, qui s'assèche sous le soleil tapant, apprécie l'ombre bienfaisante et la grace des bassins suspendus baignés de vin bordant le petit passage. Plus loin, en lieu et place des caryatides, des tonneliers, portant leur barral a même l'epaule, forment une haie qui conduit aux premières marches d'un escalier s'enfonçant au tréfond d'une petite chapelle. Prudence, prudence...

La petite bulle souffle... malheur! ... le courant l'emporte dans une brusque farandole, direction les sous sol. Sa vivacité s'étiole dans l'exiguité du corridor.
Au bout, une petite lueur tremblottante.

-Olaa ! malepeste ! à ton tour, Portos ! s'ecria Landri, enervé par la facheuse manie du mousquetaire à préferer jouer du goulot plutot que du gobelet.
- *des grognements* ... Haaa mais enfin, je joue, je joue, sangdieu.. Laisse moi donc le temps de me désaltérer, voleur, avec cette secheresse, bientot je le sens je tituberai et vacillerai de faiblesse, alors hého ! tu devrais plutot me passer la bouteille qui traine a tes pieds, assassin !

A quelques pas de là, confortablement allongés au pied d'un gros chêne et protégés de la chaleur par ses frondaisons, Darhtagnan et Siretouanou ronflent d'aise, gorgés de villageoise.
(la villageoise est une boisson ! nda)

La bande d'amis √©tait partie depuis un bon mois du bourg de Windhowl afin de visiter leurs coteaux, √©parpill√©s sur toute l'√ģle. Un passage au nord de Lightaven, non loin du village d'Holybottle, fameux pour son auberge tenue par l'ancien Maitre Queux du Roi, aujourd'hui reconverti avec fortune dans l'Hostellerie de luxe; sur les rives toujours ensoleill√©es du lac central d'Arakas, et en d√©finitive ils avaient au bout d'une huitaine de lunes rencontr√© les quatres points cardinaux d'Arakas, constatant avec une joie non dissimul√©e que les fameuses grappes de baies m√®re du vin se trouvaient toutes fournies et de bonne allure.
Alors, √† l'instant du retour, ils avaient convenu d'une pause, recompense pour services rendus √† la Sainte Chopine. S'aventurant au coeur des for√™ts de dessous les monts de Jarko, une charmante petite clairi√®re, bord√©e de collinettes leur offrit le g√ģte et le couvert.
D'halte l'arrêt se fit campement, et de campement il devint etablissement. Mais n'oubliant point leur devoir, ils avaient décidé cette journée de reprendre leur marche. Seulement l'astre capricieux, au zenith, chauffait de toute ses forces, les clouant au sol, impuissants qu'ils étaient à aligner deux pas d'affilée sans chuter.

- Que le Lac me noie, Landri ! hurla en se relevant Portos. Pince moi si je rêve ! Or cà ! Une barrique, là !
Et Landri de jurer, en s'arrachant avec difficulté de la position allongée pour se retrouver menton face à l'horizon, la narine dilatée et l'oeil humide.
-Morbleu ! C'est pourtant vrai ! Sus ! A l'assaut, mes braves ! Cette bourrique oncques n'atteindra le rivage ! Le trépas vaut mieux que la secheresse ! rugit Landri, qui s'était élancé déja sur les traces de l'ennemi.
Aux cris de : Barrique, Bi√®re, Boire ! Darhtagnan et Siretouanou subitement s'eveill√®rent, grommelant tout en enfilant bottes, armet et pourpoint leur indignation de n'avoir √©t√© plus t√īt prevenu.

La barrique roule. Elle trébuche et ricoche contre les bosses du petit chemin de terre qui fait son lit.
Elle craque, tournoie dans l'air, avant de rebondir gaiement, toujours plus bas.
On apercoit derri√®re, une petite troupe ahurie, courant dans un nuage de poussi√®re √† la poursuite du tonneau. Grotesques, les personnages se bousculent et se marchent dessus, distribuant moult coups de chausse, force coups de coudes, tra√ģtres pointes d'estoc. Des rugissements haineux succ√®dent √† des cris indign√©s, le cliquetis des armes et le fracas des chopes envahissent la campagne, tandis que l'echo du bois cercl√© de fer, contre la pierre sertie de mousse resonne sourdemment dans la vall√©e. Et c'est ainsi que nos amis parcoururent plus de trois lieues, derri√®re le barral. Au final, la rencontre d'avec l'assise d'un pilier fracassa le bolide, qui explosa dans une gerbe de bi√®re au grand d√©sespoir de ses poursuivants.

Sit√īt pass√© le temps des regrets, on examina le reste de la construction assassine. Un temple... dissimul√© en partie sous un epais manteau de branchages divers. Flairant quelqu'antique sanctuaire, il fut d√©cid√© de s'aventurer plus en avant.
Quelques pas, et que le Malt m'emporte ! un Chateau ! immense, éblouissant, singulièrement posé au beau milieu d'une chênaie... recouvert d'un voile de brume.
-Magie ! mes amis, assemblons force courage et bravoure. M'est avis que ce castel n'est point là par hasard. Êpluracas orega ! lanca Portos.


Mais les meurtrières se trouvaient fleuries, le pont levis abaissé et scellé, les douves remplies de vin dans lequel flottaient quelques tonneaux. De la tour seigneuriale on devinait accrochée, à la manière d'une barbacane un linge blanc recouvrant la totalité de la haute cour.
Le chemin de ronde était parsemé de jarres débouchées, dont l'utilité à cette place aurait pu être discutée autre part que dans cette enceinte bénie des Dieux.
Les Mds, intrigués, passèrent la herse, relevée, et la bretêche fissurée, pour arriver finalement au beau milieu des préparations d'un gigantesque festin.
Et puis tous se figèrent, frappés de stupeur.
Partout ou que l'on portasse le regard on ne voyait qu'animation, ici on apportait des victuailles, là on finissait d'accrocher des
flambeaux, la aussi on dressait un enième bout de table, posant sur les tretaux une nappe blanche, immédiatement recouverte de porcelaine, de chandelier, de coutelas et de bocs. Les gens couraient, se bousculaient mais le sourire aux lèvres. On crie des ordres, et le brouhaha qui règne enveloppe les mousquetaires, avançant ébethés, ne sachant ou donner de la tête, au centre de la grande cour. Ils croisent trouvères, jongleurs et autres nomades... la vielle tourne... merveille parmis les merveilles, une gigantesque foudre délivre sans discontinuer son precieux liquide dans les vases et les cruches.
Epinglé au barral, le Menu, éblouissant, élaboré avec gourmandise, calligraphié de ronds et déliés :


Foie gras de Gobelin chaud sur lit de belladonne
Salade de feuilles rose à l'émincée de Kraanian
***
Crème d'hammamélis aux dés de poissons à la mode Iagonite
Brochette d'Antilope sauce douce-amère

Rago√Ľt fin d'araign√©e necrite et rognons d'assassins d'obsidiens
Filet de skraugbashor Totemherbdoktor aux scalps caramélisés
***
Tome de jument mi-fait à coeur blanc, crottin de Railleuse aux herbes Druidiques
***
Crêpe soufflée au Grott farci
Mousse glacée de chevalier spectral piqué de graines à chapelet
Gratin de pissenlit et yeux de tarentules au sabayon de baies
Tartelettes de pieds humains façon Blaarg Pedista.


Troll des ponts sur canapé de crême fraiche à volonté.
Cervoise, vin fin, bière de garde, eau de vie et crême de gingembre, pisse de troll et hydromel à volonté.


La bulle, quand à elle, est epuisée, elle regrette le tonneau et son bain de bière.
Mais enfin, elle atteint l'horizon, parvient √† voguer sur l'inf√ģme brise qui la conduit au bout du tunnel. Et quel surprise ! ... ca
tournoie, ca chahute... partout dans l'air flottent ses soeurs de culte, ses soeurs jumelles, gorg√©es d'ivresse, miroitant sous le regard dilu√© de la dr√īle d'assembl√©e occup√©e √† festoyer. Elle ricoche contre l'√©paule d'une dame. Celle ci est en train de r√©citer un quatrain sur le p√©tillant du vin de table. Charm√©e, la bulle fl√Ęne, s'attarde le long de la mousseline, degringole dans le d√©colett√©, en ressort d√©boussol√©e ... avant d'√™tre gob√©e par une chopine.
Darhtagnan se lève, et récite, dans l'indifférence générale :

Alcool alcool
Dans un verre, dans un bol,
Dans une fiole, ou par terre
N'importe o√Ļ, je me sers.
Bière,bière
Un matin, dans mon verre.
Au cimetierre le lendemain
Enfermé, privé d'air
Je desespère, chaque matin
Pas de bière c'est l'enfer
Mis en bière, c'est malin ...

Personne n'a rien entendu, tout le monde rit, chante, danse...
Geena sourit, et boit son verre. La petite bulle coule, doucement, tendrement, dans le gosier de la belle serveuse devenue demoiselle d'honneur.
Portos eclate de rire, et en profite pour sortir un gobelet. Il jette les dés sur la nappe, ecuelles et couverts repoussés à l'extrémité de la table.
Landri s'approche, touanou ramène un tabouret.
Darhtagnan se penche et parie.

Dans le ciel, les étoiles s'allument, et la constellation de la Sainte Chopine brille, brille, brille...


Darhtagnan.


[hrp] Merci au Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne et à ses magnifiques carnets.
ouééé 51 en force ..brmmbl..

Par Mabelle Ylis le 22/6/2002 à 5:59:33 (#1693527)

*Salive d'avance en lisant le menu*

A quand ce met Messire Darhtagnan ? *Sourit*

http://forums.jeuxonline.info/jo/icons/icon16.gif

Toujours de beaux textes les MDS
rhaaa
Arretez de si bien écrire, ca va encore en ecoeurer plein :)

Par Yodavid le 25/6/2002 à 2:27:15 (#1706743)

Il faudrait être une fée pour ne pas le réveiller.
Shoote le benêt et part en courant.
C'est vrai que c'est écoeurant.
Bien fait !

JOL Archives 1.0.1
Par Mind